EPTC 2 (2018) – Chapitre 10 : Recherche qualitative


Introduction

Les chercheurs en sciences humaines – notamment en anthropologie, en sociologie, en philosophie, en psychologie, en criminologie, en administration des affaires, en science politique, en communication, en éducation et en histoire – partagent la conviction qu’il est souhaitable de tenter de comprendre les actions humaines par l’étude et l’analyse systématiques. Certains chercheurs emploient des méthodes quantitatives, tandis que d’autres optent pour les méthodes qualitatives, et d’autres encore, pour une combinaison de ces deux méthodes.

La recherche qualitative est utilisée depuis longtemps dans plusieurs disciplines établies des sciences humaines et dans de nombreux domaines des sciences de la santé (p. ex. les sciences infirmières et l’ergothérapie). L’utilisation des méthodes qualitatives progresse rapidement, tant dans la recherche en santé que dans plusieurs disciplines des sciences humaines. Dans certaines disciplines, des lignes directrices sur l’éthique ont été établies afin de régler les problèmes associés notamment à l’utilisation de certaines méthodes, technologies ou cadres de recherche. Les méthodes qualitatives ont un caractère dynamique et peuvent s’appuyer sur des prémisses différentes de celles des méthodes quantitatives. Bon nombre des pratiques et des exigences méthodologiques qui sont propres à la recherche qualitative sont semblables à celles qui s’appliquent à la recherche quantitative, notamment les préoccupations relatives à la qualité de la recherche. Cependant, comme pour toute recherche avec des êtres humains, les critères sont adaptés à l’objet et au contexte précis de la recherche, ainsi qu’aux prémisses épistémologiques quant à la nature de la connaissance dans le champ de recherche spécifique du projet.

Le présent chapitre vise à fournir des lignes directrices pour certaines questions qui touchent particulièrement la recherche qualitative. Toutefois, elles peuvent aussi s’appliquer à la recherche faisant appel à des méthodes quantitatives ou combinées. Il traite plus précisément des questions relatives au consentement, au respect de la vie privée et à la confidentialité qui peuvent présenter des particularités propres à la recherche qualitative. Certaines questions de procédure, liées à la dynamique et aux caractéristiques de la recherche qualitative, ayant une incidence sur le calendrier et l’ampleur du processus d’évaluation de l’éthique de la recherche, sont abordées plus en détail ci-après. Il faut noter que, sous réserve des lois applicables, les articles de la Politique portant sur le consentement, le respect de la vie privée et la confidentialité s’appliquent également dans le contexte de la recherche qualitative.

Les chercheurs et les comités d’éthique de la recherche (CER) devraient également consulter les autres chapitres pertinents de la Politique pour en savoir plus sur les principes, les normes et les pratiques applicables à la recherche qualitative.

A. Nature de la recherche qualitative

La recherche qualitative vise à comprendre comment les personnes perçoivent le monde et la façon dont elles se comportent et agissent dans celui-ci. Cette approche oblige les chercheurs à comprendre les phénomènes à partir de paroles, d’actions et de documents. Elle les amène à s’interroger sur la façon dont les individus interprètent et donnent sens à leurs paroles et à leurs actes, ainsi qu’à d’autres aspects du monde avec lesquels ils sont en relation (y compris les autres personnes).

Certaines études qualitatives vont au-delà des expériences personnelles des individus pour explorer les interactions et les processus au sein d’organisations ou d’autres milieux. La connaissance, tant sur le plan individuel que sur le plan culturel, est envisagée comme une construction sociale. Cela suppose que toute connaissance est, dans une certaine mesure, de nature interprétative et, de ce fait, tributaire du contexte social. Elle est aussi façonnée par le point de vue personnel du chercheur en tant qu’observateur et analyste. Les chercheurs qui adoptent une méthode qualitative s’efforcent donc de prouver la fiabilité de leurs conclusions en employant de multiples stratégies méthodologiques.

La section qui suit présente une description sommaire de l’approche générale de la recherche qualitative, ainsi que des exigences méthodologiques et des pratiques qui y sont rattachées, mais qui, dans certains cas, peuvent également s’appliquer à la recherche quantitative ou à d’autres types de recherches avec des êtres humains.

Approche générale, exigences méthodologiques et pratiques

  1. Compréhension inductive : De nombreuses formes de recherche qualitative supposent l’acquisition d’une compréhension inductive de l’univers des participants, en vue d’obtenir une compréhension analytique de la façon dont ils perçoivent leurs actions et le monde qui les entoure. Dans certains projets, cette approche s’applique aussi à l’étude de processus, d’expériences et de milieux sociaux particuliers.

    Si les méthodes impliquent une interaction directe avec les participants, la démarche vise principalement à connaître les perceptions qu’ont les participants d’eux-mêmes et des autres, ainsi que la signification qu’ils attachent à leurs pensées et à leurs comportements.

  2. Diversité des approches : Il n’y a pas qu’une seule approche en recherche qualitative. Chaque domaine ou discipline, et même chaque chercheur d’une même discipline, a des perspectives et des approches différentes quant à l’utilisation des méthodes qualitatives. La recherche qualitative fait appel à tout un éventail d’approches théoriques, de questions qui orientent la recherche, de méthodologies, d’approches épistémologiques et de techniques qui permettent aux chercheurs d’entrer dans l’univers des participants ou d’établir des relations dans un milieu social particulier. Ces approches méthodologiques comprennent, sans toutefois s’y limiter, l’ethnographie, la recherche participative, l’histoire orale, la phénoménologie, l’analyse narrative, la théorisation ancrée et l’analyse du discours. Le terme « recherche qualitative » englobe une vaste gamme de paradigmes et de perspectives qui se recoupent.

  3. Processus de recherche dynamique, réfléchi et continu : L’émergence en cours de recherche de questions, de concepts, de stratégies, de théories et de façons de recueillir et de traiter les données (p. ex. recherche émergente [article 10.5]) oblige le chercheur à réfléchir et à s’interroger constamment. La flexibilité, la réflexivité et l’adaptation exigées contribuent à la rigueur de la collecte et de l’analyse des données.

  4. Contextes variés, multiples et souvent évolutifs : La recherche qualitative se déroule dans divers contextes, chacun soulevant des questions d’éthique particulières. Puisque dans la recherche qualitative la connaissance est considérée comme étant dépendante de son contexte, les études ont tendance à cibler des personnes ou des endroits particuliers ou encore des concepts dérivés empiriquement d’autres milieux sociaux. La priorité du chercheur consiste à répondre à la question de recherche soulevée par l’étude de ces personnes dans un milieu social particulier et à un moment précis.

    Les chercheurs entreprennent parfois des recherches qui remettent en question des structures sociales et des activités qui engendrent ou entraînent des inégalités ou des injustices. Les recherches peuvent viser des participants que les circonstances rendent vulnérables dans le contexte de la recherche en raison de la stigmatisation sociale ou légale associée à leurs activités ou à leur identité. Ces personnes peuvent avoir une certaine méfiance à l’égard de la loi, des organismes sociaux ou des autorités institutionnelles. Indépendamment de l’approche méthodologique, les chercheurs qui remettent en question les structures sociales ou qui traitent avec des personnes démunies risquent de subir des pressions d’instances ou de personnes influentes. La recherche peut également toucher des participants, comme des dirigeants d’entreprise ou des représentants du gouvernement, qui peuvent avoir plus de pouvoir que les chercheurs.

  5. Collecte de données et taille de l’échantillon : En règle générale, l’accent est mis davantage sur la profondeur la recherche que sur son étendue. La plupart des chercheurs qui emploient des méthodes qualitatives privilégient la collecte de données diversifiées se recoupant sur un nombre limité de cas ou de situations, jusqu’à atteindre un point de saturation ou de redondance thématique. Dans ces études, les échantillons et les sites de recherche sont sélectionnés parce qu’ils sont jugés particulièrement utiles ou riches en information pour approfondir la compréhension du phénomène étudié, et non à cause de la possibilité d’en tirer des résultats statistiquement significatifs. Les participants sont sélectionnés en fonction de leur contribution potentielle au développement de la théorie, et la sélection est souvent guidée par les nouvelles tendances qui se dégagent au cours de la collecte des données.

    Un chercheur peut utiliser diverses sources d’information et plusieurs stratégies de collecte de données afin d’améliorer la qualité des données. Les chercheurs utilisent diverses méthodes pour recueillir des données, notamment des entrevues, l’observation des participants, des groupes de discussion et d’autres techniques. Dans certains cas, une relation étroite de longue durée avec les participants constitue la meilleure façon de recueillir des données fiables. Dans d’autres cas, les chercheurs et les participants peuvent continuer à communiquer pour les besoins de la recherche, par voie électronique ou autre, après la collecte des données sur le terrain. Diverses techniques d’analyse de contenu sont utilisées pour réaliser les études qualitatives des documents textuels et visuels, comme les livres, les sites Web, les transcriptions d’entrevue, les photographies ou les vidéos.

    Le traitement approprié des données recueillies peut varier grandement (articles 10.5 et 5.3). Lors de la discussion initiale liée au consentement, les chercheurs informent les participants éventuels de la confidentialité des données et discutent des attentes de ces derniers (articles 3.2 et 5.2).

  6. Buts et objectifs de la recherche : Les objectifs de la recherche qualitative varient grandement, tant au sein des disciplines qu’entre celles-ci. La recherche qualitative peut avoir pour but de « donner une voix » à une population particulière, de réaliser un examen critique de certains systèmes, de certaines situations ou du pouvoir des personnes étudiées, d’entraîner des changements dans un milieu social donné ou d’analyser des phénomènes encore peu étudiés afin d’élaborer de nouvelles approches théoriques de recherche.

  7. Processus de consentement dynamique, négocié et continu : Afin de pouvoir s’introduire dans un milieu particulier pour les besoins de la recherche, il est parfois nécessaire de négocier avec la population cible. Le chercheur est parfois incapable d’établir le processus avec précision avant la recherche, en partie parce que les contextes dans lesquels doit se dérouler la recherche évoluent avec le temps.

    Dans certains cas, les participants ont un pouvoir égal ou supérieur à celui du chercheur. C’est notamment le cas lorsqu’un projet de recherche communautaire ou au sein d’une organisation fait appel à un processus de collaboration pour définir et élaborer le projet et les questions de recherche, ou encore lorsque les participants sont des personnalités publiques ou occupent des postes d’autorité (p. ex. recherche sur les élites économiques, sociales, politiques ou culturelles). Dans d’autres cas, les chercheurs peuvent avoir un pouvoir supérieur à celui des participants, notamment lorsqu’ils établissent des liens avec les personnes en charge d’une population de participants éventuels afin d’avoir accès à cette population (p. ex. lorsque le chercheur s’adresse à la police pour effectuer une recherche auprès d’une population problématique, ou aux autorités carcérales pour mener une étude auprès de détenus).

  8. Partenariats de recherche : L’accès à certains milieux et à certaines populations est parfois obtenu progressivement, et les relations peuvent s’établir en dehors du cadre de la recherche. Par conséquent, il n’est pas toujours facile de déterminer avec précision où commence et où finit la relation « de recherche » proprement dite. Dans bien des cas, malgré une préparation minutieuse, il est possible que le chercheur ignore l’orientation que prendra sa recherche tant qu’il n’a pas entrepris la collecte des données. En effet, à cause du caractère émergent de nombreuses études qualitatives, il devient essentiel d’établir de bons rapports et un lien de confiance personnel avec les participants afin de produire des questions que les deux parties jugent importantes ou intéressantes, et de recueillir des données fiables. La recherche devient souvent un processus de collaboration négocié entre les participants et le chercheur, ce qui exige d’emblée beaucoup de temps simplement pour déterminer l’objet de la recherche.

    Dans certains cas, les contacts entre les chercheurs et les participants durent toute une vie, et ces personnes développent des liens qui transcendent la relation établie dans le cadre de la recherche.

  9. Résultats de recherche : En recherche qualitative, la possibilité de généraliser les résultats à d’autres contextes, ou la représentativité de l’échantillon ne sont pas nécessairement des questions pertinentes. La possibilité de transférer les résultats d’un milieu à un autre est souvent perçue comme une question théorique plutôt qu’une question de procédure ou d’échantillonnage.

B. Évaluation de l’éthique de la recherche qualitative

La présente section fournit des lignes directrices pour certaines questions qui touchent particulièrement l’évaluation de l’éthique des recherches qualitatives par un CER. La recherche qualitative est également soumise aux lignes directrices générales qui s’appliquent à la recherche avec des êtres humains. L’obligation d’obtenir le consentement et de protéger la vie privée et la confidentialité demeure, quelle que soit la nature de la recherche.

La recherche qualitative peut soulever des questions d’éthique particulières en matière d’accès aux participants, d’établissement de relations avec eux, d’utilisation des données et de publication des résultats. Les chercheurs et les CER devraient tenir compte des questions relatives au consentement, au respect de la vie privée, à la confidentialité et aux relations entre les chercheurs et les participants durant l’élaboration, l’évaluation et la conduite de la recherche. Certaines de ces questions peuvent être soulevées au moment de l’élaboration de la recherche. D’autres surgiront au cours de la recherche, ce qui obligera les chercheurs à faire preuve de discernement, de souplesse et de jugement en fonction du degré de risque et des avantages potentiels liés à la recherche. Les chercheurs devront également tenir compte du bien-être individuel ou collectif des participants.

Calendrier de l’évaluation par le comité d’éthique de la recherche

Article 10.1

Les chercheurs doivent présenter leurs projets de recherche, y compris les projets d’études pilotes, au CER pour évaluation de leur acceptabilité éthique et approbation avant le début du recrutement des participants, de la collecte de données et de la consultation de données. Sous réserve des exceptions énoncées à l’article 10.5, l’évaluation par le CER n’est pas obligatoire pour la phase exploratoire initiale pendant laquelle les chercheurs peuvent prendre contact avec des personnes ou des communautés en vue de discuter de la faisabilité de la recherche, de créer des partenariats de recherche ou de réunir de l’information pour l’élaboration du projet de recherche (article 6.11).

Application

Il est parfois difficile d’établir avec précision le début et la fin d’un projet de recherche qualitative. L’accès à certains milieux et à certaines populations est souvent obtenu progressivement, et il n’est pas inhabituel que les chercheurs s’intéressent passivement à un milieu donné ou l’observent passivement pendant un certain temps avant d’entreprendre une démarche officielle pour établir une relation « de recherche ». Des activités préliminaires, comme la prise de notes, la tenue d’un journal et l’observation, peuvent se dérouler bien avant que le chercheur n’officialise un projet de recherche. Les activités préliminaires de ce genre n’ont pas à être évaluées par un CER (article 6.11). Cependant, si le chercheur désire par la suite utiliser les données recueillies pendant cette phase, il doit l’indiquer dans son projet de recherche et préciser comment il prévoit obtenir le consentement des personnes concernées.

Les chercheurs doivent avoir la possibilité d’effectuer des visites préliminaires et d’engager un dialogue afin d’explorer les relations de recherche possibles et de définir les modes de collaboration avec les communautés ou les milieux concernés. Ils peuvent notamment déterminer les questions et les méthodes de recherche, l’échantillon ciblé et la taille de l’échantillon, ainsi que répondre aux préoccupations de la communauté quant au projet de recherche et à la collecte de données. Les CER devraient savoir que le dialogue préalable entre les chercheurs et les communautés, avant l’évaluation officielle par un CER, fait partie intégrante de l’élaboration des projets de recherche. Les chercheurs peuvent devoir consulter officieusement les CER si des questions d’éthique se posent avant la collecte des données, ou avoir à informer les CER des problèmes éthiques au cours de la recherche.

La recherche qualitative impliquant une communauté, un groupe ou une population (p. ex. groupes marginalisés ou privilégiés) comporte généralement une étape préliminaire de dialogue, d’échanges et de négociation, avant la collecte officielle de données sur les participants. Dans les recherches communautaires menées en collaboration, il peut être souhaitable d’obtenir la participation de la communauté avant de demander l’évaluation par un CER. Par exemple, dans le cas d’une recherche impliquant une communauté autochtone, il peut être souhaitable d’obtenir la permission des dirigeants, des Aînés ou des représentants de la communauté (Chapitre 9). De même, dans le cas d’une recherche communautaire impliquant des personnes dont le statut légal est précaire, il pourrait être souhaitable de consulter les services sociaux qui desservent cette population.

Modalités d’expression du consentement

Article 10.2

Les chercheurs doivent décrire dans leur devis de recherche les méthodes et les stratégies qu’ils prévoient utiliser pour obtenir le consentement et le documenter.

Application

Dans le cadre de leur évaluation de l’éthique de la recherche, les CER devraient tenir compte des diverses stratégies que les chercheurs réalisant une recherche qualitative peuvent utiliser pour documenter le processus de consentement (article 3.12). Dans diverses circonstances, le consentement écrit et signé ne convient pas aux projets de recherche qualitative. Toutefois, s’il existe des raisons valables de ne pas confirmer le consentement au moyen d’un formulaire écrit dûment signé, les méthodes utilisées pour obtenir et confirmer le consentement doivent être documentées.

Le processus de consentement devrait reposer sur une compréhension commune des objectifs du projet de recherche entre le chercheur et les participants. Les participants peuvent interpréter les tentatives visant à légaliser ou à formaliser le processus de consentement comme une atteinte à la relation de confiance établie. Les chercheurs qui mènent des recherches qualitatives peuvent faire appel à diverses méthodes pour obtenir et documenter le consentement, notamment le consentement verbal consigné dans les notes prises sur le terrain et d’autres formes de consignation (registre de consentement, enregistrement audio ou vidéo, ou autre média électronique). La preuve du consentement peut aussi être documentée par un questionnaire rempli (en personne, par la poste, par courriel ou par un autre moyen électronique).

Les CER peuvent avoir à tenir compte des relations de pouvoir qui pourraient exister entre les chercheurs et les participants, et devoir déterminer si l’abandon de l’obligation d’obtenir un consentement écrit et signé risque d’avoir une incidence sur le bien-être des participants. Dans certains cas, on peut déduire que les participants ont donné leur consentement simplement parce qu’ils ont accepté d’interagir avec le chercheur pour les besoins de la recherche. Ce serait notamment le cas des participants qui occupent des postes d’autorité ou qui interagissent régulièrement avec les intervenants du projet en raison de leurs fonctions ou de leur profession (p. ex. le responsable des communications ou le porte-parole d’une organisation). Par exemple, certaines études en sciences politiques portent sur les structures du pouvoir et les personnes occupant des postes d’autorité (p. ex. associé principal dans un cabinet d’avocats, ministre au sein d’un gouvernement ou dirigeant d’entreprise). Dans ce type de recherche, le fait qu’une personne accepte d’être interviewée sur la base des renseignements fournis par le chercheur peut suffire à indiquer son consentement à participer à la recherche. Le chercheur devrait consigner ce fait de façon appropriée. Les chercheurs doivent démontrer au CER que le participant sera informé des tenants et aboutissants du projet de recherche, y compris du fait qu’il peut se retirer de l’étude en tout temps ou refuser d’y participer. Aucun élément du présent article ne devrait être interprété comme signifiant que les participants éventuels n’ont pas à être informés de la recherche avant d’y participer.

Les chercheurs et les CER devraient consulter le Chapitre 3, notamment les articles 3.1, 3.2, 3.3 et 3.12, pour plus de précisions sur le consentement et les façons de le documenter.

Études par observation

L’observation peut être utilisée en recherche qualitative pour étudier les gestes ou comportements humains dans un cadre naturel. Elle s’effectue souvent dans une communauté ou un milieu vivant, naturel et complexe, dans un environnement physique ou dans un cadre virtuel. Les études par observation peuvent se dérouler dans un lieu public (p. ex. stade, bibliothèque, musée, planétarium, plage ou parc), dans un cadre virtuel (p. ex. groupes en ligne) ou dans des espaces privés ou protégés (p. ex. clubs privés ou organisations).

Le présent article vise deux types de recherches par observation. Dans la recherche par observation « non participative », le chercheur observe, mais n’intervient d’aucune manière dans l’activité. Cette recherche est également appelée « recherche par observation naturaliste ». Dans la recherche par observation « participative », le chercheur observe l’activité et y participe d’une façon ou d’une autre.

L’observation participative est souvent associée à de la recherche ethnographique, dans laquelle le rôle du chercheur consiste à acquérir une vision d’ensemble du milieu étudié, en s’y impliquant et en l’observant pour décrire ses environnements sociaux, ses processus et ses relations. L’observation participative peut nécessiter ou non une permission afin d’observer les activités dans le milieu à l’étude et d’y participer. Dans certains cas, les chercheurs révéleront leur identité et demanderont le consentement des personnes du milieu. Dans d’autres, ils observeront à l’insu des participants et ne demanderont pas leur consentement.

Un fait accessible au public peut néanmoins être considéré comme privé dans la culture des participants éventuels. Certains groupes ou certaines activités peuvent comporter des attentes raisonnables en matière de respect de la vie privée. Par exemple, les personnes qui prennent part à des pratiques ou à des cérémonies religieuses, ou qui font partie de groupes en ligne, peuvent présumer que les participants et les observateurs accorderont un certain degré de confidentialité aux activités. L’observation de cérémonies sacrées sans l’approbation des personnes ou des groupes concernés (p. ex. les Aînés ou les détenteurs du savoir traditionnel chez les Autochtones), et sans leur participation à l’utilisation ultérieure ou à l’interprétation des données, pourrait avoir des conséquences négatives non intentionnelles (articles 9.5, 9.6 et 9.8). En considérant la nature de la recherche, ses objectifs et la possibilité qu’elle soit une intrusion dans des domaines délicats, les chercheurs pourraient en améliorer l’élaboration et la conduite.

Les études par observation dans des lieux publics où il n’y a pas d’attente en matière de respect de la vie privée peuvent être exemptées de l’évaluation par un CER (article 2.3).

Article 10.3

Si une recherche comporte l’observation des gestes ou comportements humains dans des cadres naturels ou virtuels où les personnes ont une attente raisonnable ou limitée en matière de respect de la vie privée, le chercheur doit expliquer pourquoi une exception aux exigences relatives au consentement est nécessaire. Le CER peut approuver la recherche sans exiger que le chercheur obtienne le consentement des personnes observées, sur la base de la justification fournie par le chercheur et de mesures appropriées de protection de la vie privée.

Application

Les études par observation soulèvent des inquiétudes quant au respect de la vie privée des personnes observées. Dans la recherche par observation, des atteintes à la vie privée peuvent survenir si des personnes, des groupes ou des communautés sont identifiés lors de la publication ou de la diffusion des résultats de recherche.

Une recherche par observation naturaliste ou participative qui ne permet pas d’identifier les participants lors de la diffusion des résultats, qui n’est pas mise en scène par le chercheur et qui est non intrusive devrait normalement être considérée comme étant une recherche à risque minimal.

Les CER et les chercheurs doivent tenir compte des exigences méthodologiques du projet de recherche et des implications éthiques associées à la recherche par observation, notamment des atteintes possibles à la vie privée. Ils devraient accorder une attention particulière aux implications éthiques de facteurs comme la nature des activités à observer, le cadre dans lequel ces activités doivent être observées, le fait que ces activités sont ou non mises en scène pour les besoins de la recherche, les attentes en matière de respect de la vie privée que pourraient avoir les participants éventuels, les méthodes utilisées pour enregistrer les observations, l’identification éventuelle des participants dans les dossiers de recherche et les rapports publiés et les moyens offerts aux participants pour qu’ils permettent la divulgation de leur identité. Les CER doivent veiller à ce que le projet comprenne des mesures de protection de la vie privée des personnes, conformément à la loi.

Les chercheurs et les CER devraient consulter les Chapitres 3 et 5 pour en savoir plus sur le consentement, le respect de la vie privée et la confidentialité.

Dans le cas des recherches par observation naturalistes ou participatives où le consentement des participants n’est pas sollicité, les chercheurs doivent démontrer au CER qu’ils ont pris les précautions et les mesures nécessaires pour régler les questions de confidentialité et de respect de la vie privée.

Puisque le fait de savoir que l’on est observé influence souvent le comportement, la recherche par observation non participative ou par observation à l’insu des participants exige généralement que les participants ignorent qu’ils sont observés à des fins de recherche. Habituellement, le chercheur n’a pas d’interaction directe avec les personnes observées et leur consentement n’est donc pas sollicité. L’observation des comportements des clients dans les files d’attente d’un centre commercial, à leur insu, est un exemple d’étude qui ne pourrait pas être menée si les clients savaient qu’ils sont observés. Certaines formes de recherches qualitatives visent à observer et à étudier, à l’insu des participants, des comportements criminels, des groupes violents ou des groupes dont l’accès est réservé aux membres. Par exemple, on peut supposer que certaines recherches en sciences sociales centrées sur l’examen critique du fonctionnement interne d’organisations criminelles ne pourraient jamais être entreprises si les participants savaient à l’avance qu’ils sont observés. D’autres études par observation peuvent être anonymes, mais comporter des interventions par le chercheur. Dans ce cas, le chercheur pourrait devoir demander une exception à l’obligation de solliciter le consentement préalable des participants.

Lorsqu’aucun renseignement personnel n’est recueilli, le consentement n’est pas nécessaire. Lorsque des renseignements personnels sont recueillis, le chercheur doit expliquer si la nécessité d’observer les participants à leur insu justifie une exception à l’obligation de solliciter le consentement préalable. Les CER devraient alors faire preuve de jugement compte tenu des exigences méthodologiques (article 3.7A). En l’absence de consentement, les chercheurs et les CER doivent prendre les mesures nécessaires pour assurer la protection de la vie privée des personnes, conformément à la loi. Lorsqu’aucun consentement n’est sollicité, les chercheurs et les CER pourraient aussi se demander si un débriefing serait possible, réaliste et approprié (article 3.7B). Le Chapitre 5 traite plus en détail du respect de la vie privée et de la confidentialité.

Les chercheurs et les CER devraient aussi savoir que, dans certaines provinces, certains territoires ou certains pays, la publication de renseignements identificatoires, comme une photographie prise dans un lieu public montrant une personne qui ne s’attendait pas à être photographiée, pourrait être interprétée dans une poursuite au civil comme une atteinte à la vie privée.

Le présent article s’applique à la recherche par observation naturaliste et à la recherche par observation participative. Il ne s’applique généralement pas à la recherche épidémiologique par observation. La modification des exigences relatives au consentement peut être permise pour certains types de recherches par observation (article 3.7A).

Respect de la vie privée et confidentialité lors de la diffusion des résultats de recherche

Article 10.4

Dans certains contextes de recherche, le chercheur peut prévoir la divulgation de l’identité des participants. Dans ce type de projets, les chercheurs doivent demander aux participants éventuels s’ils désirent que leur identité soit divulguée ou non dans des publications ou d’autres moyens de diffusion. Si les participants consentent à la divulgation de leur identité, les chercheurs doivent consigner le consentement de chaque participant.

Application

Dans certains types de recherches qualitatives (p. ex. histoire orale, étude biographique ou étude visant des personnalités précises), on reconnaît la contribution des participants en les nommant dans les publications de recherche ou les autres moyens de diffusion des résultats de recherche. Ainsi, dans le cas d’une étude comportant des entrevues avec des artistes visuels pour parler de certains aspects de leur façon de travailler, il pourrait être approprié et respectueux d’identifier les participants. Si le fait de ne pas identifier les participants est considéré comme contraire à l’éthique parce que cela témoignerait d’un manque de respect, ou si les participants désirent être nommés, les chercheurs devraient le faire en respectant les usages de leur discipline. Par exemple, les historiens sociaux cherchent à documenter et archiver l’histoire d’individus ou encore à souligner la contribution des gens ordinaires à la vie politique et sociale. En histoire orale, l’anonymat constitue l’exception. Toutefois, au cours des discussions sur la nature et les conditions du consentement, les chercheurs offrent aux participants la possibilité de rester anonymes.

Dans certains types de recherches comportant une démarche critique, l’anonymat permettrait à des personnes occupant des postes d’autorité de ne pas être tenues responsables de leurs actes ni des répercussions que leur exercice du pouvoir pourrait avoir sur les autres. Les discussions et les débats publics, ainsi que les actions pour diffamation constituent des mesures de protection pour les personnalités publiques.

Dans la plupart des autres recherches en sciences sociales et dans certaines recherches en sciences humaines, les CER et les chercheurs doivent se préoccuper avant tout des préjudices susceptibles de découler d’une violation de la confidentialité. Cela peut poser un défi particulier en recherche qualitative, en raison de la profondeur, de la précision, de la nature délicate et de la spécificité de l’information recueillie. L’approche habituelle consiste à assurer la confidentialité des données de recherche. Dans certains cas, les participants peuvent renoncer à leur anonymat (p. ex. s’ils veulent être reconnus pour leur contribution à la recherche). Les chercheurs peuvent accepter la renonciation à l’anonymat d’un participant à condition qu’elle ne compromette pas le bien-être des autres participants (alinéa 3.2 f] et notes d’application de l’article 5.1). Dans certains cas, le chercheur peut décider de préserver l’anonymat des participants lors de la publication ou de la diffusion des résultats de recherche afin d’assurer la confidentialité des données et l’anonymat des autres participants.

Les CER doivent se demander si l’anonymat, la confidentialité ou l’identification doit prévaloir dans un contexte de recherche donné et reconnaître que des personnes pourraient souhaiter voir leur contribution reconnue en étant nommées.

Voir les Chapitres 3, 5 et 9 pour obtenir plus de renseignements.

Recherche qualitative impliquant un modèle de recherche émergente

En recherche qualitative, le modèle de recherche émergente est une méthode dans laquelle la collecte et l’analyse des données peuvent évoluer pendant le déroulement du projet, en fonction des éléments révélés dans les premières étapes de l’étude. Les questions précises ou les autres éléments de collecte des données peuvent être difficiles à prévoir, à définir et à détailler dans le devis de recherche avant la mise en oeuvre du projet.

Article 10.5

Les chercheurs qui effectuent la collecte de données suivant un modèle de recherche émergente doivent fournir au CER tous les renseignements disponibles pour l’aider à évaluer et à approuver la procédure générale de collecte de données.

Les chercheurs doivent consulter le CER si des changements aux procédures de collecte de données au cours de la recherche risquent d’avoir des implications éthiques et d’entraîner des risques pour les participants.

Application

Même si les questions de recherche initiales peuvent être présentées dans le devis de recherche officiel, les CER devraient savoir qu’il est fréquent que les questions précises (ainsi que les changements dans les sources de données ou la découverte de nouvelles sources de données) n’émergent qu’au cours du projet de recherche. En raison de la nature inductive de la recherche qualitative et du modèle de recherche émergente, il est fort possible que certains de ces éléments évoluent à mesure que le projet avance.

Les chercheurs qui adoptent ce modèle doivent fournir au CER tous les renseignements dont ils disposent afin de permettre l’utilisation de l’approche proportionnelle de l’évaluation de l’éthique de la recherche. Si la version définitive d’un questionnaire ou d’un document d’entrevue n’est pas terminée au moment de l’évaluation de l’éthique du projet de recherche, les chercheurs devraient présenter une version préliminaire des questions, les grands thèmes du questionnaire ou un aperçu de la façon dont se fera la collecte des données. La version définitive devrait être soumise dès qu’elle est disponible. Les CER ne devraient pas obliger les chercheurs à leur fournir une version définitive du questionnaire complet avant la collecte des données. Ils devraient plutôt veiller à ce que la collecte des données soit menée conformément aux exigences méthodologiques et reconnaître que les questionnaires ou les guides d’entrevue pourront être modifiés en fonction des données émergentes ou des circonstances sur le terrain.

En recherche émergente, les modifications qui ne changent pas considérablement le devis de recherche approuvé n’exigent pas de nouvelle évaluation par le CER. Conformément à l’article 6.15, si les modifications aux procédures de collecte de données entraînent le changement du niveau de risque pour le bien-être des participants, les chercheurs doivent obtenir l’approbation du CER avant d’appliquer les modifications. Le CER pourrait alors devoir réévaluer le projet et l’approuver de nouveau (Chapitre 2 et articles 6.14 et 6.15).

Références

Instituts de recherche en santé du Canada, Pratiques exemplaires des IRSC en matière de protection de la vie privée dans la recherche en santé, 2005. Page consultée le 29 juin 2018.

Conseil de recherches en sciences humaines du Canada, Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada, Instituts de recherche en santé du Canada, Accès aux résultats de la recherche : principes directeurs. Page modifiée le 21 décembre 2016. Page consultée le 10 mai 2018.

Conseil de recherches en sciences humaines du Canada, Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada, Instituts de recherche en santé du Canada, Cadre de référence des trois organismes sur la conduite responsable de la recherche, 2016. Page consultée le 28 juin 2018.

Conseil de recherches en sciences humaines du Canada, Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada, Instituts de recherche en santé du Canada, Déclaration de principes des trois organismes sur la gestion des données numériques. Page modifiée le 21 décembre 2016. Page consultée le 29 juin 2018.

Date de modification :