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EPTC:
Chapitre 7. Les essais cliniques (PDF, 34 KB)
A. Équilibre clinique
B. Étapes de la recherche pharmaceutique
C. Essais cliniques multicentre
D. Études nécessitant l'administration
de placebos
E. Analyse et diffusion des résultats des
essais cliniques
Les essais cliniques sont le plus souvent pratiqués en recherche médicale
ou biomédicale, mais d'autres disciplines cliniques, telle la psychologie,
mènent des travaux de recherche dans le but d'évaluer—ou habituellement
de comparer—des interventions. Dans ce chapitre, les essais cliniques
sont envisagés sous l'angle de la recherche biomédicale, et surtout des
essais pharmaceutiques.
Les chercheurs qui réalisent des essais cliniques poursuivent divers objectifs
de différentes façons. De tels essais peuvent comprendre des questions
indirectement reliées à une thérapie (rapport coût-efficacité, métabolisme
des médicaments, etc.), qui s'ajoutent aux questions touchant directement
le traitement des sujets. Ils peuvent aussi prendre la forme d'études
de cas, d'études de cohortes, d'études cas-témoins, d'études « n de 1
» et d'essais cliniques multicentre. Les types et les formes des essais
cliniques créent naturellement des différences méthodologiques, mais tous
doivent respecter les principes et les méthodes éthiques exprimées dans
ce document. Quatre thèmes reliés aux essais cliniques et soulevant des
questions éthiques particulières seront abordés : les étapes de la recherche
pharmaceutique, les essais multicentre, les études nécessitant l'administration
de placebos, et l'analyse et la diffusion des résultats des essais cliniques
et des essais multicentre.
« Les mérites des régimes devant être analysés atteignent un certain
équilibre clinique au début de l'essai, et celui-ci doit être conçu de
telle manière que l'on pourrait raisonnablement penser que cet équilibre
serait détruit en cas de succès1.
»
Ce concept d'équilibre clinique signifie que les experts du milieu médical
doutent sincèrement des mérites thérapeutiques comparés reliés à chaque
groupe participant à un essai clinique. Il constitue les assises solides
inspirant le devoir imposé aux chercheurs de ne pas affaiblir l'état de
santé des sujets participant à un tel essai2.
Quatre étapes conventionnelles sont particulièrement importantes en recherche
pharmaceutique en raison des questions éthiques différentes qu'elles soulèvent
:
- Les essais cliniques de phase 1 permettent habituellement d'étudier
la toxicité pharmacologique des nouveaux médicaments liée à la posologie.
Ils font souvent appel à des sujets sains, mais parfois aussi à des
sujets participant à des études dont on sait que les interventions seront
toxiques.
- Les essais cliniques de phase 2 visent essentiellement à étudier la
toxicité pharmacologique à court terme et, à un moindre degré, l'efficacité
des nouveaux médicaments. Ils sont menés au sein de populations souffrant
de maladies précises.
- Les essais cliniques de phase 3 permettent surtout d'analyser l'efficacité
pharmacologique et, à un moindre degré, la toxicité à court terme des
nouveaux médicaments. Les essais cliniques de phase 3 et 4 ont pour
but d'améliorer les chances de survie ou la qualité de vie des sujets
souffrant de maladies ou d'états précis.
- Les essais cliniques de phase 4, également appelés études de surveillance
suivant la mise en marché, permettent surtout d'examiner la toxicité
et l'efficacité à long terme des médicaments déjà commercialisés.
Il convient de noter que les essais cliniques de phase 1 font de plus en
plus souvent appel à des personnes souffrant de maladies précises, pour
lesquelles les traitements conventionnels ont échoué (cancéreux en phase
terminale, sidéens, etc.). Ces études sont souvent appelées essais cliniques
de phase 1, mais elles devraient en fait être appelées essais cliniques
de phases 1 et 2 combinées, ou essais cliniques de phase 2.
Les essais cliniques non thérapeutiques de phase 1 seront évalués et
suivis de façon stricte et continue par un CÉR indépendant du commanditaire.
Les essais cliniques conventionnels de phase 1 font généralement appel à
des sujets sains, payés par les commanditaires des nouveaux médicaments.
Ces questions soulèvent des interrogations éthiques ayant trait au choix
et au recrutement des sujets, au processus et à la valeur du consentement
libre et éclairé, à la composition des CÉR et à la pertinence de leurs procédures
(lorsqu'il y en a), et aux devoirs des organismes de réglementation fédéraux.
Sur le plan éthique, le développement d'une foule de nouveaux médicaments
et le caractère privé des essais cliniques de phase 1 invitent à une grande
vigilance. Étant donné que ces essais se pratiquent de plus en plus dans
le secteur universitaire, les CÉR universitaires doivent soigneusement en
contrôler tous les aspects et tenir compte des conséquences néfastes imprévisibles
-- par exemple, toxicité imprévue d'un médicament. Toutes ces questions
constituent des sujets constants de préoccupation.
Les chercheurs et les CÉR examineront soigneusement l'intégrité du processus
de consentement libre et éclairé dans le cas des essais cliniques de phases
1 et 2 combinées. Le cas échéant, les CÉR peuvent exiger la mise en place
d'une méthode indépendante de surveillance.
Les essais cliniques de phases 1 et 2 combinées soulèvent des préoccupations
d'ordre éthique très importantes, car ils sont souvent menés avec des populations
désespérées, pour lesquelles il n'existe plus de traitement possible (par
exemple, cancéreux en phase terminale ou sidéens). En pareil cas, il arrive
que les sujets, les familles et même les chercheurs évaluent mal les avantages
et les inconvénients raisonnables de la recherche. Cette mauvaise perception
s'applique, d'une part, au processus de consentement libre et éclairé, mais
elle influence également la clarté et l'importance des procédures d'arrêt
ou de retrait. Il est donc essentiel que les chercheurs et les CÉR collaborent
et se consultent pendant toute la durée des essais de phases 1 et 2 combinées.
Contrairement aux essais de phases 1 et 2 combinées, les essais cliniques
de phases 2 et 3 entraînent souvent l'administration de placebos destinés
à détecter et à quantifier la toxicité aiguë et l'efficacité des médicaments
expérimentaux. Dans de tels essais, et outre les autres craintes d'ordre
éthique soulevées par les essais cliniques de phases 1 et 2 combinées, l'administration
de placebos peut aussi intensifier le devoir des chercheurs de maximiser
les avantages des essais et d'en minimiser les inconvénients (voir ci-dessous).
Les essais cliniques de phase 4 sont habituellement appelés études de surveillance
suivant la mise en marché. Toutefois, il s'agit souvent de campagnes publicitaires
menées en pratique privée une fois le produit commercialisé. Ainsi, des
commanditaires peuvent verser à des médecins une somme forfaitaire pour
chaque patient utilisateur afin d'évaluer les effets secondaires et le degré
de tolérance d'un médicament déjà mis en marché. Ces essais cliniques de
phase 4 peuvent nuire à l'intégrité professionnelle des médecins en raison
des commissions à des intermédiaires, des pratiques de facturation, de l'utilisation
des fonds publics et des risques de conflits d'intérêts. Les chercheurs
et les CÉR doivent étudier toutes les conséquences scientifiques et d'ordre
éthique des essais cliniques de phase 4 avec la même rigueur que celle qu'ils
accordent aux autres phases des essais cliniques.
Les essais cliniques d'appareils médicaux, qu'il s'agisse d'implants ou
non, posent des problèmes d'ordre éthique semblables à ceux liés aux quatre
phases de la recherche pharmaceutique. De plus, les essais cliniques de
certains implants peuvent soulever des dilemmes d'ordre éthique uniques
afférents au processus de consentement libre et éclairé et provoquer des
conflits d'intérêts. Par exemple, les nouveaux stimulateurs cardiaques,
qui coûtent parfois plusieurs milliers de dollars, doivent être implantés
chirurgicalement si l'on veut pouvoir en évaluer l'efficacité et les éventuels
effets secondaires néfastes. Selon les instances administratives, les régimes
de soins de santé assument les coûts des frais chirurgicaux, alors que les
droits de propriété intellectuelle reliés aux appareils expérimentaux sont
généralement du ressort du commanditaire de l'essai. En pareil cas, les
chercheurs et les CÉR doivent, dans la mesure du possible, s'assurer que
les sujets ont eu toute la liberté d'exercer, avant l'essai et pendant toute
la durée de l'essai, leur droit à un consentement libre et éclairé.
Les CÉR doivent soigneusement analyser ces essais cliniques s'ils veulent
aider les chercheurs à éviter d'éventuels conflits d'intérêts reliés à la
sélection et au recrutement des sujets ainsi qu'aux sommes versées par les
commanditaires. Par ailleurs, les CÉR devraient aussi examiner les questions
suivantes : 1) l'accès continu aux services une fois l'essai terminé, 2)
les traitements—et notamment les appareils médicaux—auxquels les sujets
ont pu s'habituer et 3) en cas d'impossibilité, les mesures prises pour
s'assurer du remplacement adéquat de ces traitements et appareils. Pour
s'acquitter de leur devoir de protéger le bien-être des sujets, les CÉR
devraient aussi savoir que de nombreuses normes de sécurité (mécaniques,
électriques, etc.) s'appliquent aux appareils médicaux et devraient s'assurer
que celles-ci seront respectées.
D'une façon générale, les chercheurs cliniques qui réalisent des projets
en vue d'obtenir d'organismes de réglementation des autorisations pour des
médicaments devraient aussi se conformer aux principes directeurs de l'International
Conference on Harmonization (ICH) élaborés par les États-Unis, l'Europe
et le Japon et adoptés par le Canada3.
Les CÉR examineront le budget de tous les essais cliniques afin de s'assurer
que les obligations d'ordre éthique concernant les conflits d'intérêts soient
respectées.
Les budgets des essais cliniques sont généralement calculés en fonction
des coûts par personne, le commanditaire versant aux chercheurs une somme
forfaitaire pour chaque sujet recruté par ceux-ci. Cette forme de paiement
pose des problèmes d'ordre éthique, car elle risque de mettre les chercheurs
en situation de conflit—notamment ceux qui entretiennent une relation
de soins thérapeutiques, une relation clinique ou toute autre relation de
confiance avec des sujets—, le problème se situant entre le fait de maximiser
une rémunération économique et celui de servir au mieux les intérêts liés
à la santé des sujets-patients. Les CÉR pourront plus facilement évaluer
la possibilité de conflits d'intérêts et aider les chercheurs à les résoudre
s'ils connaissent les montants versés pour chaque sujet ainsi que tout autre
détail budgétaire. D'une façon générale, les paiements versés pour chaque
sujet recruté devraient être comparables aux honoraires professionnels habituels
des chercheurs ou des médecins. Lorsque les essais sont pratiqués dans un
établissement public (un hôpital ou un établissement de soins de santé de
longue durée, par exemple), la récupération des coûts d'utilisation des
ressources institutionnelles et autres (services de radiologie, de diagnostic,
etc.) devrait être vue comme une question essentielle, et ces coûts devraient
s'ajouter à tous les frais généraux exigés par l'établissement.
Les CÉR et les chercheurs pourront mieux définir les enjeux d'ordre éthique
s'appliquant, en général, à tous les essais cliniques, et en particulier,
à un essai donné s'ils évaluent ces essais dans la perspective éthique des
différentes phases précisées ci-dessus.
Les essais cliniques multicentre sont devenus monnaie courante. Ils reflètent
non seulement la nécessité de pouvoir faire appel à un plus grand nombre
de sujets, mais aussi la nature pluridisciplinaire de la recherche faisant
actuellement appel à des êtres humains. Ce type d'essais pose des problèmes
particuliers, dont certains sont abordés au chapitre 1.
D'une façon générale, l'administration de placebos dans un essai clinique
est inacceptable lorsqu'il existe des interventions ou des traitements couramment
dispensés à des populations particulières de sujets.
L'équilibre clinique est généralement vu comme le fondement moral des essais
randomisés. Il doit être présent au début de l'essai pour que celui-ci puisse
se dérouler de façon éthique (voir section A de ce chapitre). La conformité
à ce principe explique qu'il soit possible d'administrer un placebo en tant
que traitement contrôlé dans un essai clinique dans les cas suivants :
- il n'existe pas de traitement normalisé,
- il a été démontré que le traitement normalisé ne valait pas mieux
que le placebo,
- certaines preuves ont sérieusement remis en question les avantages
thérapeutiques nets du traitement normalisé,
- il n'est pas possible d'offrir aux sujets un traitement efficace pour
des raisons de coûts ou d'approvisionnement (cet argument peut uniquement
être invoqué lorsque des conditions fondamentales de justice caractérisent
le système de soins de santé en question -- par exemple, on ne peut
autoriser un essai nécessitant l'administration de placebos lorsque
l'on propose un traitement efficace, mais coûteux, aux sujets plus riches,
mais non aux sujets plus pauvres ou aux sujets non assurés),
- lorsque la population de sujets est réfractaire au traitement normalisé
et qu'il n'existe aucun traitement normalisé de seconde ligne,
- l'ajout d'un nouveau traitement à la thérapie conventionnelle quand
tous les sujets de l'essai reçoivent les traitements qui leur seraient
normalement dispensés,
- les sujets ont transmis un refus libre et éclairé concernant le traitement
normalisé d'une maladie bénigne pour laquelle les patients refusent
généralement d'être traités, et que la remise à plus tard de ce traitement
ne provoquera ni souffrance excessive, ni risque d'inconvénients irréversibles
-- quelle qu'en soit l'importance.
Lorsqu'un essai clinique entraînant l'administration de placebos est autorisé,
les chercheurs et les CÉR doivent s'assurer que les sujets ou les tiers
autorisés disposent de tous les renseignements concernant tous les traitements
qui seront supprimés ou suspendus à cause 1) de la recherche, 2) des conséquences
anticipées du retrait ou de la suspension de la thérapie, 3) des motifs
ayant incité les chercheurs à estimer qu'il était nécessaire de procéder
à ce type d'essai (voir aussi la règle 2.4).
Dans la plupart des essais cliniques, les commanditaires détiennent des
droits contractuels sur l'analyse initiale et sur l'interprétation des données
découlant de la recherche. Toutefois, les chercheurs et les CÉR doivent
s'assurer que l'analyse finale de même que l'interprétation des données
demeurent aux mains des chercheurs, auxquels il incombe de veiller à l'intégrité
de la recherche. Lorsqu'il devient nécessaire de mettre en place certaines
procédures d'arrêt dans les phases 1, 2 et 3 des essais cliniques, le contrôle
des résultats d'étape doit se faire de façon indépendante. Il convient également
de se rappeler que, lorsqu'il existe déjà une procédure d'arrêt, les effets
positifs ou négatifs à long terme peuvent être masqués par les inconvénients
ou les avantages à court terme des essais.
Le devoir des chercheurs de diffuser l'analyse et l'interprétation des résultats
dans le milieu de la recherche est tout aussi important, même s'il est parfois
difficile à respecter. Malheureusement, les conséquences et les résultats
négatifs des recherches sont rarement publiés ou diffusés, ce qui a pour
effet de favoriser des pratiques cliniques inadéquates, futiles ou parfois
nuisibles, ou encore de causer des répétitions inutiles de l'essai. Les
chercheurs et les CÉR peuvent exercer des pressions afin de pallier ce manque
de diffusion des résultats de recherche en s'opposant aux interdits de publications
proposés dans les protocoles de recherche, se fondant pour cela sur les
obligations d'ordre éthique de véracité et d'intégrité de la recherche.
Il revient aux journalistes médicaux, aux rédacteurs de revue, aux pairs
appartenant aux comités d'évaluation de rédaction, aux commanditaires et
aux organismes de réglementation d'étudier cette question pressante à la
fois d'ordre scientifique et éthique.
B. Freedman, « Equipoise
and the Ethics of Clinical Research », New England Journal of Medicine,
vol. 317.3, 1987, p. 141-145. [Trad.]. [Retour]
Association médicale mondiale, Déclaration d'Helsinki, adoptée en 1964 et révisée en 1996,
par. II.3. [Retour]
Conférence internationale
sur l’harmonisation, Ligne directrice E6: Les bonnes pratiques cliniques:
directives consolidées (de l’ICH sur les exigences techniques
relatives à l'homologation des produits pharmaceutiques à usage humain)
1996, adopté par Santé Canada en 1997 :
http://www.hc-sc.gc.ca/dhp-mps/prodpharma/applic-demande/guide-ld/ich/efficac/e6_f.html [Retour]
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