Groupe consultatif interagences en éthique de la recherche - Gouvernement du Canada
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COMITÉ DE TRAVAIL SPÉCIAL DE L'ÉTHIQUE DE LA RECHERCHE

Pratique creative

ÉLARGIR LE SPECTRE :
l’EPTC ET LA RECHERCHE INTÉGRANT LA PRATIQUE CRÉATIVE
Rapport et Questions Destinées à la Poursuite du Dialogue

du
COMITÉ DE TRAVAIL SPÉCIAL DE L’ÉTHIQUE DE LA RECHERCHE EN SCIENCES HUMAINES
au
GROUPE CONSULTATIF INTERAGENCES EN ÉTHIQUE DE LA RECHERCHE

Mai 2007

Membres
Mary Blackstone
Lisa Given
Joseph Levy
Michelle McGinn
Patrick O’Neill (président)
Ted Palys
Will van den Hoonaard

Membres d’office
Bernard Keating
Glenn Griener
Deborah Poff
Keren Rice

Secrétariat en éthique de la recherche
Thérèse De Groote

Le contenu et les opinions exprimées dans ce document sont ceux des membres du CTSH, qui les ont élaborés en vue de les soumettre à l’examen du Groupe consultatif interagences en éthique de la recherche. Ils ne correspondent pas nécessairement aux opinions ou à la politique du Groupe ou du Secrétariat.

On peut rejoindre le CTSH à :
CTSH@ger.ethique.gc.ca


TABLE DES MATIÈRES

SOMMAIRE

1. INTRODUCTION

  1.1 Mandat et approche
  1.2 Objectifs et structure
  1.3 Auditoire cible

 

 

2. LA PLACE DE L’ARTISTE DANS LE RÉSEAU DE LA RECHERCHE AU CANADA

  2.1 Le chercheur-créateur dans les établissements d’enseignement postsecondaire au Canada
  2.2 Le chercheur-créateur et les organismes de financement de la recherche
  2.3 Le chercheur-créateur et les lignes directrices sur l’éthique de la recherche

 

 

 

 

3. DÉFINITION DES TERMES

  3.1 Définir la pratique créative
  3.2 Définir la pratique créative en tant que recherche
  3.3 Comprendre les étapes du processus de création en tant que recherche

 

 

 

4. LA PRATIQUE CRÉATIVE DANS LE CADRE ÉTHIQUE AXÉ SUR LES SUJETS DE L’EPTC

  4.1 L’impératif moral du respect de la dignité humaine
  4.2 Une perspective centrée sur les sujets

 

 

5. LES PRÉOCCUPATIONS DES CHERCHEURS-CRÉATEURS FACE À L’ÉTHIQUE AXÉE SUR LES SUJETS NON ABORDÉES DANS L’EPTC

  5.1 Désaccords entre chercheurs et participants à la recherche et propriété
  5.2 Appropriation culturelle

 

 

6. PRÉOCCUPATIONS FACE AUX HYPOTHÈSES DE BASE DE L’EPTC

  6.1 Le modèle de la recherche quantitative
  6.2 Un modèle de recherche émergente
  6.3 Conséquences pour la recherche avec des étudiants et l’avenir de la culture canadienne
  6.4 Liberté universitaire et liberté artistique
  6.5 Perception de censure
  6.6 Préjudices c. avantages et évaluation proportionnelle
  6.7 L’évaluation des critères d’érudition
  6.8 Le consentement libre et éclairé
  6.9 Formulaires de consentement écrit
  6.10 L’observation en milieu naturel, la pratique créative et la dimension publique de la personne
  6.11 Le consentement en tant que relation continue plutôt que point de départ
  6.12 Les enfants en tant que personnes vulnérables
  6.13 La protection de la vie privée et la confidentialité des données
  6.14 Les sujets secondaires : un aspect important de la protection de la vie privée qui n’est pas clairement abordé dans l’EPTC

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

7. STRATÉGIES POUR GARANTIR LE TRAITEMENT ÉTHIQUE DES SUJETS HUMAINS PARTICIPANT À LA RECHERCHE INTÉGRANT LA PRATIQUE CRÉATIVE

  7.1 L’EPTC dans sa forme actuelle et les révisions possibles
  7.2 Améliorer les connaissances des CÉR et rendre leurs procédures plus inclusives
  7.3 Élaborer des lignes directrices sur l’éthique ou des énoncés des meilleures pratiques pour les arts
  7.4 Perspective interdisciplinaire sur les questions d’éthique pertinentes à la recherche intégrant la pratique créative

 

 

 

 

8. QUESTIONS ET ENJEUX À EXAMINER

  8.1 Le rôle et la nature de l’EPTC en regard de la pratique créative
  8.2 Révisions ciblées à l’EPTC
  8.3 Ajouts ou suppléments à l’EPTC
  8.4 Mise en œuvre de l’EPTC et les CÉR
  8.5 Encourager la recherche et le débat sur l’éthique et de l’esthétique

 

 

 

 

9. TRAVAUX CITÉS

ANNEXE A

  Enquête sur la recherche-création du CTSH du GER : du 21 avril au 10 juin 2006

 

 

NOTES

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SOMMAIRE

Mandat, processus et objectifs
En 2004, le Groupe consultatif interagences en éthique de la recherche (GER) et son Comité de travail spécial de l’éthique de la recherche en sciences humaines (CTSH) ont publié un rapport sur les consultations qu’ils avaient menées auprès des communautés de la recherche en sciences humaines du Canada sur leur expérience de l’Énoncé de politique des trois Conseils : Éthique de la recherche avec des êtres humains (EPTC) et leurs réactions à celui-ci. Intitulé Pour que tous puissent s’exprimer, le rapport exprimait un certain nombre de préoccupations, notamment le constat qu’il faudrait examiner « la façon dont les chercheurs en sciences humaines dont les travaux sont axés sur la création et/ou l’interprétation (par exemple les musiciens, les artistes visuels et les artistes de spectacle) pourraient avoir vécu la mise en œuvre de l’EPTC ». Le Comité a demandé que l’on ajoute un nouveau membre spécialisé dans ce domaine et, à l’hiver de 2005, ce nouveau membre était nommé. Conformément aux principes directeurs du GER – la transparence, la participation de la collectivité et la consultation – le Comité a alors amorcé un processus de recherche et de consultation qui a englobé, au printemps de 2006, une enquête auprès de la communauté des arts afin d’explorer la question posée dans Pour que tous puissent s’exprimer.

Le présent document fait rapport sur les résultats de cette consultation et présente une série de questions visant à faire progresser le processus vers la prochaine étape en précisant comment certaines de ces préoccupations pourraient être abordées tant au niveau du GER, au moment où il s’apprête à réviser l’EPTC, qu’à d’autres paliers locaux ou nationaux. Le document s’adresse à un vaste auditoire d’universitaires et d’artistes en reconnaissance du fait que la recherche centrée sur la pratique créative est intégrée à d’autres disciplines hors des arts et du fait que des modifications à l’EPTC en vue de faire une place plus appropriée aux arts pourraient avoir des conséquences pour les chercheurs d’autres disciplines et les artistes indépendants œuvrant en-dehors du milieu universitaire.

Le chercheur-créateur en milieu universitaire et la pratique créative en tant que recherche
Les chercheurs-créateurs représentent un segment important du corps professoral au Canada et une composante clé des milieux de la recherche et de la culture au Canada. Dans leur rôle de formateur des futurs artistes professionnels au Canada, ils assument aussi une responsabilité importante pour l’avenir de la culture canadienne. À l’instar des autres universitaires, on attend des chercheurs-créateurs qu’ils pratiquent l’art en tant que recherche à des fins de promotion et d’obtention de la permanence, et les organismes fédéraux de financement de la recherche ont reconnu l’importante contribution qu’ils font à la capacité de recherche du Canada en mettant à leur disposition des programmes de subvention appropriés. La nature du processus de réflexion de l’artiste, ou la « recherche originale entreprise en vue d’acquérir des connaissances et une compréhension », signifie que toutes les étapes de la démarche créative – des lectures préliminaires et des entrevues, etc. à l’expérimentation en atelier ou sur papier et à l’interprétation, à la publication ou l’exposition publique – font partie du processus de recherche.

Les préoccupations complexes des chercheurs-créateurs face à l’éthique axée sur les sujets
On retrouve souvent au cœur de nombreuses œuvres d’art une préoccupation pour le respect de la dignité humaine et cette préoccupation a déterminé la nature des relations qui se sont traditionnellement établies entre les chercheurs-créateurs et leurs sujets de recherche. Par définition, ces relations sont axées sur les sujets mais sont sensiblement différentes de celles développées dans le cadre des méthodes de recherche quantitative qui ont largement influencé l’EPTC. À l’instar des autres spécialistes de la recherche qualitative, les chercheurs-créateurs développent des rapports de collaboration où le « sujet » peut devenir un participant de plein droit à la création dans le cadre du projet de recherche et avoir un droit de « propriété » légal sur l’œuvre d’art. Tous les collaborateurs ne sont pas nécessairement des « sujets » de recherche, comme dans le cas des modèles ou des interprètes. Ainsi, les membres de l’auditoire, qui pourraient être perçus comme de simples instruments de diffusion dans d’autres disciplines de recherche, peuvent devenir des sujets de recherche si la réaction de l’auditoire fait partie de l’étude. Par conséquent, les artistes ont tout un ensemble de préoccupations en regard de l’éthique axée sur les sujets qui n’ont pas été véritablement envisagées dans l’EPTC – par exemple, la médiation des différends artistiques qui surgissent entre les collaborateurs et les collectifs, la détermination de la propriété et des droits sur une œuvre d’art collective, ainsi que l’appropriation culturelle.

La recherche axée sur les arts et les hypothèses de base de l’EPTC
Les répondants à l’enquête de 2006 ont énuméré une longue liste de difficultés apparues lorsque l’EPTC a été appliqué aux travaux de recherche de chercheurs-créateurs qui avaient recours à des pratiques jugées appropriées au sein de leurs disciplines – lesquelles n’avaient manifestement pas exercé beaucoup d’influence dans la formulation de la politique en matière d’éthique. Voici certaines de ces difficultés :

  1. l’imposition d’un modèle de recherche quantitative qui ne parvient pas à intégrer la nature essentiellement émergente de la recherche axée sur les arts;
  2. l’effet préjudiciable sur les étudiants-chercheurs et sur les projets de recherche, ce qui peut avoir des conséquences à plus long terme pour la culture canadienne;
  3. les menaces à la liberté des artistes face à la censure, à la responsabilité qu’ils ont de remettre en question les normes et de perturber la société pour l’obliger à se voir sous un éclairage nouveau et à étudier les grands enjeux actuels;
  4. l’incapacité de ménager une place à la dimension interprétative publique des personnes et aux autres moyens qui pourraient permettre de signaler la participation volontaire – notamment dans des circonstances non contrôlables comme à l’occasion d’un spectacle ou d’une exposition publique;
  5. l’accent excessif mis sur les inconvénients par rapport aux avantages, sans reconnaissance adéquate du risque minimal que comporte la plupart de la recherche axée sur les arts;
  6. l’évaluation des dimensions éthique et érudite de la recherche axée sur les arts par des personnes venant d’autres disciplines ou non familières avec les méthodes de travail en atelier;
  7. l’imposition d’exigences en ce qui a trait au consentement libre et éclairé inspirées des méthodes de recherche quantitative, notamment la préférence pour les formulaires de consentement écrit et la compréhension du consentement comme point de départ plutôt qu’une relation continue;
  8. les entraves aux méthodes de recherche propres à une discipline, par exemple les études basées sur la réaction de l’auditoire, les œuvres de création prévoyant la participation interactive de l’auditoire, et la recherche axée sur les arts à laquelle participent des enfants;
  9. l’imposition d’exigences de protection de la vie privée et de la confidentialité des données, empruntées à la recherche quantitative, à des participants à la recherche associés à la réalisation d’une œuvre d’art, lorsque ces participants se verront créditer la propriété de leurs idées et réalisations créatrices;
  10. l’incapacité d’assurer pleinement la protection de la vie privée des « sujets secondaires » dont l’histoire et l’identité peuvent être compromises par les commentaires non sollicités et peut-être inattendus d’un participant à la recherche.

Stratégies possibles pour traiter de ces préoccupations
Les dernières sections du rapport traitent des solutions qui pourraient permettre de combler le fossé entre l’EPTC et la recherche intégrant la pratique créative. La collectivité est invitée à donner une rétroaction sur l’approche la plus souhaitable à adopter. Ces solutions englobent une exemption générale de l’évaluation en vertu de l’EPTC, une révision détaillée de l’EPTC afin de le rendre plus universel dans ses exemples et ses prescriptions, et une version simplifiée de l’EPTC centrée sur des principes de base, assortis d’annexes propres à chaque discipline expliquant comment ces principes pourraient être appliqués à des domaines de recherche particuliers. Une autre option possible serait la participation de l’Association canadienne des doyens des beaux-arts (ACDBA) et des facultés à titre individuel à l’élaboration de lignes directrices en matière d’éthique pour les arts d’atelier, parallèlement à l’EPTC ou de façon distincte. Les CÉR locaux pourraient aussi faire une contribution en se donnant une composition plus représentative et en rendant leurs formulaires et leurs processus plus inclusifs. Enfin, le GER, l’ACDBA, les associations d’artistes professionnels, les facultés et les CÉR locaux pourraient avoir un rôle à jouer en suscitant un débat plus approfondi et en favorisant une meilleure sensibilisation à la relation entre l’éthique et l’esthétique.

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1. INTRODUCTION

1.1. Mandat et approche
Lorsque le Groupe consultatif interagences en éthique de la recherche (GER) a publié Pour que tous puissent s’exprimer en juin 2004, le préambule intitulé « Poursuivons le dialogue » présentait le document en exprimant l’espoir que ce dialogue rendrait l’Énoncé de politique des trois Conseils : Éthique de la recherche avec des êtres humains (EPTC) plus pertinent pour le large éventail de chercheurs en sciences humaines et la collectivité de la recherche dans son ensemble. Réagissant au constat de changement exprimé dans le rapport lui-même (p. 52), le GER soulignait la modification du mandat et de la composition du Comité de travail spécial de l’éthique de la recherche en sciences humaines (CTSH) pour qu’il englobe des spécialistes « de la recherche dans le domaine de la création et des arts » (p. ii) – domaine qui n’avait présenté aucune réponse à l’enquête de 2003 du Comité (p. 37-38).

Ce qui suit représente donc la poursuite du dialogue engagé avec Pour que tous puissent s’exprimer, en accordant une attention particulière à la recherche intégrant la pratique créative. Sa substance découle des réponses à une enquête1 menée par le GER entre le 21 avril et le 10 juin 2006 et de la rétroaction reçue au fil des consultations tenues lors des réunions de l’Association canadienne des doyens des beaux-arts et de l’Association canadienne des comités d’éthique de la recherche, d’autres commentaires reçus de particuliers et de groupes de chercheurs associés aux arts ou à l’enseignement des arts, d’organismes et d’institutions publics voués aux arts et d’artistes indépendants. Le rapport s’inspire aussi de l’abondante documentation imprimée et électronique traitant des questions d’éthique, des préoccupations, des lignes directrices et des pratiques intéressant les chercheurs engagés dans une pratique créative dans une vaste gamme de disciplines comme le théâtre, la musique, la danse, le cinéma, les arts visuels, les nouveaux médias, la création littéraire, l’esthétique, l’éducation, les lettres françaises, la sociologie, l’anthropologie, le journalisme, la génétique et les soins infirmiers.

1.2. Objectifs et structure
L’objectif premier de ce document est de présenter un rapport sur les réponses à l’enquête de 2006, qui visait à situer le travail des artistes affiliés à des institutions d’enseignement postsecondaire dans le contexte plus vaste de la recherche et des principes fondamentaux de l’éthique qui régissent la recherche avec des êtres humains tels qu’articulés dans l’EPTC. Le rapport vise ainsi à faire pour les arts ce que Pour que tous puissent s’exprimer a fait pour les sciences humaines. Du même coup, le rapport veut faire progresser la discussion et le débat en définissant et en cernant plus clairement les principaux enjeux ainsi que les questions et les options importantes devant être prises en considération en tentant de combler le fossé actuel entre l’EPTC et les chercheurs engagés dans la pratique créative. Nous espérons que les réactions à ce document de la part de la communauté de la recherche fourniront au CTSH et au GER des balises quant à la façon de solutionner cette lacune.

Bien que ce rapport soit un peu plus long que la plupart des documents de consultation du GER, il importait de rationaliser à la fois le calendrier et le nombre de documents publiés afin de donner à la communauté des arts l’occasion de participer pleinement à la révision prévue de l’EPTC. Un sentiment d’urgence entoure la nécessité de répondre aux préoccupations exprimées lors de l’enquête et il y a une tolérance limitée à l’égard de tout processus de consultation qui se prolonge. Ainsi, la publication d’un seul document, plus long, a été jugé préférable à la publication d’une série de textes plus brefs.

Le rapport se divise en neuf sections qui correspondent à ses objectifs. Pour les chercheurs des disciplines se situant en-dehors du domaine des arts, les sections 2 et 3 revêtent une importance particulière parce qu’elles établissent une compréhension commune de la nature de la recherche entreprise par les artistes qui exercent leur pratique artistique au sein d’établissements d’enseignement postsecondaire et sous les auspices des organismes fédéraux qui subventionnent la recherche. La quatrième section continue de mettre l’accent sur la définition des termes, en accordant une attention spéciale aux difficultés qui se posent parfois dans la recherche axée sur les arts pour identifier les « sujets de la recherche » ou les « participants à la recherche », tels que décrits par l’EPTC. La cinquième section fait ressortir les préoccupations éthiques fondamentales des artistes évoluant en milieu universitaire, dont certaines ne sont pas abordées, ou sont examinées de façon inadéquate, dans la version actuelle de l’EPTC. La sixième section, la plus volumineuse, présente quatorze domaines où les hypothèses de base et les attentes fondamentales énoncées dans la version actuelle de l’EPTC engendrent de sérieuses difficultés pour les chercheurs-créateurs dont le travail est guidé par les pratiques d’éthique conventionnelles de leur discipline – pour ne pas mentionner les comités d’éthique de la recherche (CÉR) qui ont le mandat d’examiner leurs demandes. Enfin, les sections 7 et 8 portent sur les stratégies découlant de l’enquête qui pourraient permettre de relever les défis posés par l’EPTC et sa mise en œuvre au niveau local, accompagnées d’une série de questions visant à favoriser la poursuite du débat et à obtenir une rétroaction plus précise sur les solutions possibles. La neuvième section renferme une liste des ouvrages cités.

1.3. Auditoire cible
En premier lieu, ce rapport vise à informer le GER sur la situation du chercheur-créateur dans le contexte de l’EPTC, en cherchant à obtenir son approbation pour la poursuite du dialogue par la publication du rapport. En second lieu, le rapport s’adresse non seulement à la communauté de la recherche du domaine des arts, mais à l’ensemble de la communauté de la recherche. Il cherche à élargir la discussion et à susciter un débat plus approfondi sur les pratiques d’éthique dans la recherche intégrant la pratique créative, sur l’adaptation possible de l’EPTC et sur la façon dont sa mise en œuvre pourrait mieux tenir compte des préoccupations des chercheurs-créateurs, ainsi que sur les autres moyens permettant aux chercheurs du domaine des arts d’adopter des pratiques d’éthique appropriées. Le document cible l’ensemble de la communauté de la recherche parce que, dans le contexte interdisciplinaire qui caractérise les travaux savants de nos jours, la pratique créative ressort comme une approche de recherche importante dans un large éventail de disciplines hors des arts. En outre, tant les artistes que les spécialistes des disciplines plus classiques ont exprimé leur inquiétude devant la possibilité que l’essence et le pouvoir mêmes de la pratique créative ne soient sérieusement compromis par l’évaluation en vertu de l’EPTC, en faisant valoir simultanément qu’une révision substantielle de l’EPTC visant à mieux accommoder les arts pourrait réduire l’efficacité avec laquelle il règle des questions d’éthique fondamentales dans d’autres domaines de recherche plus conventionnels.

Enfin, nous espérons que ce dialogue permettra aussi à des artistes indépendants de participer à l’examen des questions d’éthique et des pratiques qui importent à diverses disciplines artistiques. La plupart des jeunes ou nouveaux artistes émergeant au Canada sont formés dans des établissements d’enseignement postsecondaire sous la direction d’artistes affiliés au milieu universitaire. Les lignes directrices en matière d’éthique qui s’appliqueront aux étudiants et à leurs professeurs pourront avoir des répercussions profondes sur l’avenir de la culture au Canada. Après leurs études, les artistes indépendants qui poursuivront une recherche créative hors de l’université pourraient ne pas être assujettis à un examen éthique de la même façon que leurs collègues universitaires. Cependant, ils pourraient être appelés à collaborer avec des artistes du milieu universitaire ou être en concurrence avec eux pour obtenir des fonds et acquérir une notoriété auprès des organismes artistiques, comme les galeries d’art et les théâtres, et les lignes directrices en matière d’éthique énoncées dans l’EPTC auront inévitablement des conséquences pour eux.

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2.
LA PLACE DE L’ARTISTE DANS LE RÉSEAU DE LA RECHERCHE AU CANADA

2.1. Le chercheur-créateur dans les établissements d’enseignement postsecondaire au Canada
Au cours des 50 dernières années, le nombre d’artistes et d’étudiants du premier cycle et des cycles supérieurs dans les facultés des arts n’a cessé d’augmenter, ceux-ci occupant une place de plus en plus remarquée sur les campus des établissements d’enseignement postsecondaire canadiens. Les travaux de ces artistes ont été reconnus comme étant de la recherche et, à l’instar de leurs collègues des autres disciplines, ils ont gravi les échelons dans un contexte où leur rendement était évalué en fonction de la qualité de leur recherche et de leur contribution à leur discipline. Alors qu’en 1950, seule une infime fraction des artistes canadiens travaillait ou avait été formée dans un collège ou une université, aujourd’hui ce groupe représente un pourcentage significatif de la communauté artistique canadienne et plusieurs d’entre eux occupent une place de choix parmi les artistes les plus connus et respectés. Leurs progrès comme chercheurs ont favorisé l’épanouissement des arts au Canada, renforcé la capacité de recherche du pays et enrichi sa trame sociale et culturelle. Reconnaissant ce fait, certaines universités ont choisi de privilégier tout spécialement ce domaine de la recherche. En soulignant que les réponses aux questions de recherche posées par les artistes « auront de profondes conséquences pour la conscience populaire et notre sensibilisation à notre propre culture » [traduction], l’Université de Victoria a inclus les arts créatifs et la culture parmi les dix secteurs thématiques autour desquels elle concentrera son effort de recherche et de développement. (www.uvic.ca) De même, l’Université de Regina a choisi la culture et le patrimoine parmi les cinq grappes de recherche prioritaires et elle en a souligné l’importance dans son énoncé de mission : « L’Université de Regina préserve, transmet, interprète et enrichit le patrimoine culturel, scientifique et artistique de l’humanité par l’acquisition et l’expansion des connaissances et de la compréhension » (www.uregina.ca) [traduction].

2.2. Le chercheur-créateur et les organismes de financement de la recherche
Bien que le Conseil des Arts du Canada n’accorde qu’un financement limité aux artistes établis en milieu universitaire parce qu’il met surtout l’accent sur les artistes indépendants et les organismes artistiques, d’autres organismes subventionnaires ont clairement reconnu la contribution importante des artistes à l’état général de la recherche au pays. Ainsi, en 2001, le Conseil national de recherche du Canada a lancé son programme Artistes en résidence et recherche (ARRE) et, en 2002, le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG) s’est joint au Conseil des arts du Canada (CAC) dans le cadre de l’Initiative en nouveaux médias. Le Fonds québécois de la recherche sur la société et la culture (FQRSC) finance, depuis de nombreuses années, des travaux de recherche d’artistes établis en milieu universitaire au Québec; enfin, en 2003, le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH) a lancé son programme de Subventions de recherche-création en arts et lettres, après un examen et une consultation étendus sur la nature et l’importance de cette forme de recherche. Conçu expressément pour les chercheurs-créateurs en milieu universitaire, le programme du CRSH reconnaît que ces personnes font partie intégrante de la culture de la recherche au pays et qu’elles peuvent avoir une influence transformatrice sur la nature de la recherche en jouant un rôle particulièrement déterminant dans la recherche en sciences humaines et la recherche interdisciplinaire. Cela ne devrait pas surprendre étant donné qu’un large éventail de disciplines universitaires, allant des lettres françaises et de l’anthropologie à la médecine et à la génétique, ont adopté des approches et méthodologies de recherche et des mécanismes de diffusion provenant des arts. Ce qui a attiré tout particulièrement l’attention des autres disciplines est la relation privilégiée que les arts ont traditionnellement établie avec le public. Habituellement, les disciplines artistiques diffusent leur recherche auprès de multiples segments de la collectivité – sur scène ou en ayant recours à divers médias – et la dimension « représentation » de ce travail implique souvent un nombre relativement élevé de participants humains en tant qu’objets et/ou sujets de la recherche.

2.3. Le chercheur-créateur et les lignes directrices sur l’éthique de la recherche
Au moment d’entreprendre leur recherche, les artistes sont particulièrement conscients de la dignité des personnes participant à leur recherche et ils suivent souvent des pratiques d’éthique développées au fil des années par les artistes eux-mêmes. Cependant, la difficulté inhérente à l’élaboration de l’EPTC et à son application par les CÉR à la recherche axée sur les arts découle en partie du fait que les artistes canadiens, et même le Conseil des arts du Canada, n’ont pas articulé de pratiques et de règles d’éthique à l’égard des sujets humains sous forme de lignes directrices ou de protocoles écrits. Ainsi, de nombreux ouvrages et articles ont été consacrés à la question de la nudité en art, mais cette documentation fait peu état des questions d’éthique ou des pratiques connexes concernant le traitement des modèles en atelier ou dans une classe de dessin2. Dans certaines disciplines, par exemple, l’utilisation du théâtre en éducation, l’enseignement des arts, le théâtre populaire ou communautaire et d’autres pratiques artistiques axées sur la collectivité, on retrouve une documentation croissante sur les pratiques d’éthique appropriées et les enjeux connexes. Mais même si nous examinons le cas du College Art Association aux États-Unis, qui affiche sur son site web des lignes directrices sur l’éthique à l’intention des artistes, on constate que ces lignes directrices sont centrées sur la protection et le traitement éthique des artistes et de leurs œuvres et ne font pas mention des sujets humains pouvant être visés par une démarche artistique. (www.collegeart.org) Dans ces textes, plutôt que de se voir avant tout comme une source éventuelle de préjudice, les artistes se sont historiquement perçus comme des victimes potentielles, des objets de préjudice marginalisés, et ont par conséquent élaboré des lignes directrices écrites pour se protéger eux-mêmes plutôt que pour protéger leurs sujets humains.

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3. DÉFINITION DES TERMES

3.1. Définir la pratique créative
À son niveau le plus simple, la pratique créative peut se définir comme le processus de production de l’art. Dans son programme de financement de la recherche-création, le CRSH énumère une vaste gamme de disciplines touchées par la production d’œuvres d’art : l’architecture, le design (y compris le design d’intérieur), la création littéraire, les arts visuels (par exemple la peinture, le dessin, la sculpture, la céramique, les textiles), les arts d’interprétation (la danse, la musique, le théâtre), le cinéma, la vidéo, les arts de spectacle, les arts interdisciplinaires, les arts médiatiques et électroniques, et les nouvelles pratiques artistiques. (www.sshrc-crsh.gc.ca ) Cependant, dans le présent document, où l’accent est mis sur les question d’éthique, l’expression « pratique créative » a été utilisée afin d’englober non seulement le processus de réalisation artistique, qui est guidé avant tout par des objectifs esthétiques assez conventionnels, mais aussi les processus, les approches, les méthodologies et les médias similaires, employés par les artistes et/ou d’autres dont la motivation peut être moins liée à l’esthétique de l’œuvre d’art dans sa facture finale et davantage par le processus, l’exploration d’un enjeu social critique, l’habilitation de personnes qui n’ont pas de moyens d’expression au sein de leur collectivité, etc.

3.2. Définir la pratique créative en tant que recherche
Étant donné que l’EPTC régit uniquement l’évaluation éthique de travaux présumés être de la « recherche », il importe d’examiner d’abord la mesure dans laquelle le travail des artistes affiliés à un établissement universitaire constitue de la « recherche ». Toute production artistique ne peut être considérée comme de la recherche et certains artistes affiliés au milieu universitaire pourraient même éprouver un certain inconfort à voir leur pratique créative considérée comme de la « recherche » selon la définition que l’on donne à cette expression. La définition de la recherche employée dans l’EPTC, soit une « investigation systématique visant à établir des faits, des principes ou des connaissances généralisables » (EPTC, 1.1) peut s’appliquer assez directement à certains secteurs de la recherche centrée sur les arts. Présenter quelqu’un sur scène, sur un écran, dans un tableau ou dans un ouvrage favorise et/ou suppose un certain type d’observation généralisable qui, dans sa forme la plus réussie du point de vue des arts, émergera de façon organique de la fonction sociale et/ou esthétique de l’art en tant que recherche. Dans certains cas, « l’investigation systématique » par laquelle le chercheur-créateur engendre des connaissances et une compréhension pourrait mieux se définir comme une « enquête » – « une recherche au fil d’états d’esprit introspectifs, autoréférentiels et sensibles » (répondant à l’enquête), mais tous les artistes se préoccupent du processus et de la méthode dans la mesure où la réinvention d’une approche de recherche créative appropriée à chaque nouveau projet est au cœur même de leur démarche.

Une définition de la recherche qui pourrait être plus facilement acceptée par les artistes affiliés à une université a été produite lors d’un exercice d’évaluation de la recherche mené en 2001 au Royaume-Uni. La recherche y a été définie ainsi :

Une investigation originale entreprise en vue d’acquérir des connaissances et une compréhension. Elle englobe le travail directement pertinent aux besoins du commerce et de l’industrie et aux secteurs public et bénévole, l’érudition, l’invention et la production d’idées, d’images, d’interprétations et d’artéfacts, y compris le design, lorsqu’ils débouchent sur des connaissances nouvelles ou sensiblement améliorées, et l’utilisation de connaissances actuelles dans le développement expérimental en vue de produire des matériaux, des dispositifs, des biens et des processus nouveaux ou sensiblement améliorés, y compris en design et en construction. (www.hero.ac.uk/rae) [trad.]

Plus près de nous, dans sa publication Research Overview, l’Université de la Colombie-Britannique traite directement d’une préoccupation courante des artistes et des autres chercheurs lorsque la pratique créative est appelée de la « recherche ». Plutôt que de voir dans les connotations avec la « recherche » une forme d’abaissement ou de dénigrement de la pratique créative, la définition de l’Université écarte toute fausse dichotomie entre « la quête du progrès de la connaissance » et le « désir proprement humain d’être créateur_» :

La transposition des découvertes en inventions au profit matériel de la société est une expression de la créativité. Tout aussi importante est l’expression qui se manifeste par l’érudition, l’art, la musique, la littérature, la poésie et la danse pour l’édification et l’enrichissement de l’esprit humain. Cette gamme étendue des entreprises humaines constitue la recherche. (www.ubc.ca) [trad.]

Comme à l’Université de la Colombie-Britannique, on peut s’attendre à ce que dans les établissements d’enseignement postsecondaire au Canada, la production artistique et la pratique créative soient encadrées, évaluées et financées comme de la recherche.

3.3. Comprendre les étapes du processus de création en tant que recherche
Si la pratique créative est définie en tant que recherche et, partant, assujettie à l’évaluation éthique lorsqu’elle implique des sujets humains, il est important de définir les composantes de ce processus de recherche. Plusieurs perçoivent la pratique créative comme étant concernée par la création d’un produit matériel interprétatif – un roman, une peinture, une pièce de théâtre, un concert, un film, ou même une exposition virtuelle. Certes, la recherche dans chaque discipline des arts peut aboutir à la genèse de tels produits. Mais même si ces réalisations ont souvent une plus grande notoriété publique, elles ne sont pas sans points communs avec les ouvrages, les inventions brevetées, les médicaments et la technologie médicale, les logiciels, les programmes d’enseignement, etc., produits par d’autres chercheurs.

Le processus par lequel émergent ces « produits » de la création suppose habituellement des éléments de recherche qui ressemblent dans leurs grandes lignes à ceux des autres disciplines. Le programme de Recherche-création du CRSH définit clairement le critère en fonction duquel la recherche constitue « un élément essentiel » du processus de création et qu’elle se caractérise par « des questions claires, …dans un contexte théorique au sein d’un domaine littéraire ou artistique pertinent et présenter une approche méthodologique bien réfléchie. » Même si de nombreux artistes affiliés à une université pourraient ne pas employer une telle terminologie pour décrire ces aspects de leur processus de recherche, la plupart se préoccupent de ces questions dans leur pratique créative. Ainsi, la peintre Eleanor Bond est très intéressée au langage visuel de la peinture, mais elle note que son travail a toujours été motivé par des idées :

Mon processus de recherche est habituellement très long et complexe… et passe par plusieurs mois de lecture, de compilation d’images et d’informations, dans un effort d’établir une stratégie visuelle. J’ai besoin d’une certaine densité ou saturation de matières afin de produire des idées, de construire des images à grande échelle et d’articuler la complexité du sujet; parce que mon intention est de produire… des espaces d’exploration de l’imaginaire géographique … depuis de nombreuses années, mon principal domaine de recherche et le lieu de mes visions et de mes discussions est celui de l’architecture et de l’urbanisme. En conséquence, j’ai été invitée à réfléchir et à produire des images pour des villes particulières (Rotterdam, Salzbourg, Vancouver et Windsor/Detroit…). Dans ces projets urbains, j’ai élargi mon processus de recherche afin d’y inclure des explorations sur place et des entrevues avec des citoyens, ainsi que des recueils de représentations locales et de matériel d’archive. (communication par courriel) [trad.]

Ce genre de recherche et d’investigation sera familier aux chercheurs de nombreuses disciplines, mais il faut bien comprendre que la recherche dans les arts embrasse toutes les phases du processus de création : de la recherche fondamentale d’un sujet à la formulation des questions de recherche, d’une hypothèse et d’une approche conceptuelle particulière et/ou d’un processus ou d’une forme d’expression artistique générée de manière organique, jusqu’à l’expérimentation créative. Au niveau de la méthode et de l’approche, l’expérimentation créative ressemble à celle d’un spécialiste de la littérature qui doit analyser et assimiler de nombreux textes afin d’en tirer des intuitions interprétatives. Au niveau du processus de collaboration et des exigences technologiques et spatiales, il ressemble beaucoup au travail d’un scientifique en laboratoire. Ainsi, un danseur fera des expériences chorégraphiques en atelier comme moyen d’explorer ses préoccupations conceptuelles et ses questions de recherche. Afin de comprendre et d’explorer une fascination fondamentale pour le vol, il pourra travailler avec un groupe de jeunes enfants pour les amener à exprimer physiquement leurs attitudes et leurs impressions face au vol. Parallèlement, il pourra travailler avec des artistes du son et des nouveaux médias en vue de créer un environnement scénique qui donnera à l’auditoire l’impression d’un simulateur de vol. Ce processus de création par essais et erreurs pourrait aboutir à un spectacle de danse qui refléterait les intuitions ainsi acquises et qui ferait probablement surgir d’autres questions à étudier par la démarche créative. Le spectacle est lié au processus savant de la diffusion, mais il constitue aussi une autre étape dans le cycle de la recherche. Les réactions de l’auditoire peuvent effectivement fournir des informations supplémentaires et soulever des questions qui, elles-mêmes, peuvent mener à une exploration chorégraphique. Si, comme il arrive assez souvent de nos jours, le spectacle de danse devait évoluer vers un environnement virtuel afin de permettre à l’auditoire d’entrer en interaction avec l’expérience et de la modifier de façon substantielle, l’enregistrement de cette interaction avec les participants permettrait au danseur d’explorer d’autres dimensions de la recherche au-delà du spectacle comme tel.

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4. LA PRATIQUE CRÉATIVE DANS LE CADRE ÉTHIQUE AXÉ SUR LES SUJETS DE L’EPTC

4.1. L’impératif moral du respect de la dignité humaine
Les réponses à l’enquête du CTSH n’indiquent pas que les chercheurs dans les disciplines des arts seraient être en désaccord avec l’impératif moral qui est à la base de l’EPTC et, en fait, la littérature de ces disciplines sur la recherche dans ces disciplines et sur le travail de création incite à penser que l’impératif moral du respect de la dignité humaine motive une bonne partie du travail des chercheurs-créateurs3. Dans la plupart des cas, on pourrait assez facilement et pertinemment remplacer « recherche avec des sujets humains » par « pratiques artistiques » dans le passage de l’EPTC où l’on affirme que « la recherche avec des sujets humains repose sur l’engagement moral fondamental d’améliorer le bien-être, la connaissance et la compréhension des êtres humains et d’étudier la dynamique culturelle ». (p. i.4) Les artistes tout comme les chercheurs considèrent le bien-être et l’intégrité de la personne comme « prépondérants ». (p. i.5)

Cela est particulièrement compréhensible à la lumière du fait que leur propre vie et leur expérience constituent pour de nombreux artistes leur ressource la plus précieuse et la plus accessible dans leur travail. Comme nous l’indiquons dans la section suivante sur le consentement, la dimension autobiographique de la pratique créative peut présenter des défis pour les personnes intimement liées au vécu d’un artiste mais, de façon générale, les chercheurs-créateurs entreprennent habituellement les recherches qu’ils considèrent utiles pour des groupes particuliers et l’ensemble de la société, sinon pour des sujets de recherche spécifiques. Peu d’artistes remettraient en question ce que l’EPTC décrit comme les composantes éthiques essentielles de la recherche impliquant des sujets humains : « 1) sélectionner et chercher à atteindre des buts moralement admissibles et 2) se donner les moyens moralement admissibles d’atteindre ces buts ». (p. i.4) En fait, une bonne partie du travail artistique est motivé par l’exploration de ces impératifs moraux. Mais souvent, de telles explorations – comme dans le cas de Good, de C.P. Taylor, de Major Barbara ou Heartbreak House, de George Bernard Shaw, et, plus récemment, de Number, de Caryl Churchill (qui réfléchit à l’éthique du génie génétique et du clonage) – révèlent l’importante variation des définitions de ce qui est « moralement admissible » telles qu’appliquées au fil du temps et dans des contextes culturels donnés.

C’est lorsque l’EPTC tente de traduire cet impératif moral en Principes éthiques directeurs et qu’il élabore sur les conséquences de ces principes que les artistes commencent à exprimer des préoccupations au sujet des hypothèses, de la teneur et des répercussions du document.

4.2. Une perspective centrée sur les sujets
Les résultats de l’enquête semblent indiquer clairement que pour ménager une place convenable à la recherche intégrant la pratique créative dans le cadre éthique fondamental de l’EPTC, ses conceptions normatives de la relation entre le chercheur et le sujet humain devront être élargies pour tenir compte plus adéquatement de certaines questions complexes posées par des formes de recherche qui ne figuraient manifestement pas dans le projet initial d’élaboration de cette politique.

En décrivant l’un des rares exemples tirés du domaine des arts, la section D de l’Introduction à l’EPTC met en lumière la collaboration qui caractérise souvent les relations entre les sujets et les chercheurs en sciences humaines. L’ouvrage affirme ainsi « qu’il serait difficile d’étudier la façon dont telle compagnie théâtrale aborde une pièce sans obtenir la participation de cette compagnie. » (p. i.7) Bien que, dans cet exemple, les artistes interviennent comme participants à la recherche, le choix de cette forme de collaboration artistique est fortuit parce qu’il souligne le fait que tant les pratiques des chercheurs-créateurs que les relations entre les chercheurs et leurs sujets dans les recherches axées sur les arts – notamment les arts d’interprétation et la pratique artistique en milieu communautaire – ont tendance à être marquées avant tout par la collaboration. Les sujets de la recherche peuvent faire une contribution importante à la conception évolutive d’un projet de recherche, à l’élaboration des questions de recherche, à la forme créative de l’exploration artistique, à sa diffusion publique, etc.

Si le cadre de l’EPTC reconnaît clairement ce genre de relations entre le chercheur et les sujets, les sections subséquentes sur le consentement, les personnes vulnérables, la protection de la vie privée et la confidentialité des données, etc. semblent avoir donné lieu à des perceptions différentes parmi certains chercheurs du domaine des arts :

L’EPTC pourrait témoigner d’un intérêt limité sur le plan de la recherche à l’égard des artistes et des organismes artistiques parce qu’il part de l’hypothèse que la relation entre le chercheur et le sujet est de nature antagoniste et abusive, et parce qu’on peut penser qu’une méthodologie scientifique est préférable. De nombreux chercheurs pensent donc qu’il est plus facile et plus sûr de faire des recherches dans des textes et d’autres médias que d’approcher les êtres humains qui les ont créés. (répondant à l’enquête) [trad.]

Ce que l’on semble vouloir dire ici est que les procédures de mise en œuvre des lignes directrices en matière d’éthique de l’EPTC pourraient en fait décourager plutôt que de favoriser une relation de collaboration, centrée sur les sujets, entre le chercheur et les sujets de la recherche, pour des raisons qui seront examinées plus en détail dans les sections traitant du consentement, des personnes vulnérables, de la protection de la vie privée et de la confidentialité des données.

En outre, l’EPTC semble supposer qu’il est toujours facile de faire la distinction entre les chercheurs qui font partie de l’équipe de recherche et les sujets de la recherche (ou participants à la recherche), qui pourraient jouer un rôle de collaboration dans le cadre du projet de recherche. Cependant, les demandes de renseignement présentées aux services d’interprétation du GER et affichées sur les serveurs de listes des universités semblent indiquer que c’est l’une des questions les plus épineuses touchant les chercheurs-créateurs et les CÉR. Si nous prenons l’exemple des modèles nus, ceux-ci sont-ils considérés comme des sujets de recherche par les chercheurs-créateurs et, d’ailleurs, devraient-ils l’être? Ou sont-ils l’équivalent d’assistants de recherche qui sont rémunérés pour contribuer à l’évolution d’un projet de recherche, mais non les sujets véritables de la recherche? Un CÉR a établi que dans le contexte de la photographie et des autres arts médiatiques, les modèles nus doivent être considérés comme des sujets de recherche, souvent exposés à un risque plus que minimal, alors que pour le dessin aux traits même détaillés, les modèles nus pourraient entrer dans la catégorie des assistants de recherche rémunérés, qui ne courent aucun risque.4. Inutile de dire qu’au 21e siècle, les artistes qui passent librement d’une forme d’art conventionnelle aux nouveaux médias dans une perspective à la fois créative et conceptuelle jugent cette distinction naïve, mal informée et dépourvue de logique. Même dans un domaine comme le journalisme, où la photographie a toujours été considérée comme un instrument de vérité, de réalisme et de crédibilité, la nature problématique de telles hypothèses à l’ère numérique a été clairement reconnue (Wheeler, 2002).

On peut penser que le CÉR a considéré le dessin comme une forme d’art plus « créative » que la photographie ou la vidéo, c’est-à-dire un média dans lequel l’artiste peut produire un « autre artistique » qui remplace le modèle nu comme sujet réel de la recherche. L’hypothèse que l’on fait est que de nombreux chercheurs-créateurs ne sont pas tant préoccupés par le sujet humain que par la production d’ « un autre » issu du processus de création, inspiré aussi par l’imagination, le cadre conceptuel de la recherche, le contexte personnel, social et culturel de l’artiste, etc. Un répondant à l’enquête a exprimé cette perception dans l’optique des créateurs littéraires :

Le consentement libre et éclairé et le respect de la vie privée sont sans doute des principes utiles, dans la mesure où les créateurs acceptent de révéler un certain nombre de processus qui leur seraient propres. Mais ce qui reste de l’ordre de l’inconscient ne devient visible que dans les textes et, par conséquent, à ce moment, on travaille sur des représentations et non plus avec des êtres humains.” (répondant à l’enquête)

Des perceptions semblables émanent de la recherche centrée sur le spectacle. Les acteurs (étudiants ou professionnels) doivent-ils être considérés comme des sujets de recherche ou l’équivalent d’assistants de recherche ? Dans tout projet de recherche, ils joueraient un important rôle de collaboration, mais les questions touchant au remboursement, à la vulnérabilité relative, au consentement et à la protection de la vie privée se posent de façon assez différente selon l’évolution de leur rôle dans le cadre du projet de recherche. Tout au long de leur carrière, les acteurs mettent beaucoup de temps et d’effort à maîtriser les méthodes, les techniques et les processus qui leur permettent d’utiliser leur corps et leur voix pour projeter, imiter et/ou habiter un personnage fictif qui n’est pas eux-mêmes. En dépit des affirmations faites dans les médias, les journaux à sensation et les communiqués de presse par des personnes qui cherchent à se donner une identité publique à l’image de ces personnages, la pratique créative des acteurs ne consiste pas à jouer leur propre rôle. Les acteurs ne devraient donc pas automatiquement être considérés comme des sujets de recherche lorsqu’ils jouent un rôle. Une méthode couramment employée par les réalisateurs lorsqu’ils travaillent avec un acteur pour bâtir un personnage est de les encourager à puiser dans leur expérience personnelle lors des répétitions. Beaucoup de réalisateurs affirmeraient que la façon dont cette méthode professionnelle est habituellement employée n’a pas pour effet de transformer les acteurs en sujets de recherche, mais des éléments tels que l’approche, les objectifs, les questions de recherche, etc. du réalisateur auront manifestement un impact sur ce plan.

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5.
LES PRÉOCCUPATIONS DES CHERCHEURS-CRÉATEURS FACE À L’ÉTHIQUE AXÉE SUR LES SUJETS NON ABORDÉES DANS L’EPTC

5.1. Désaccords entre chercheurs et participants à la recherche et propriété
Une question d’éthique importante pour les chercheurs-créateurs – qui n’est pas prise en compte adéquatement dans la notion biomédicale de retrait que l’on retrouve dans l’EPTC (p. 2.4, 2.6-2.7) – a trait aux cas où des chercheurs et des participants à la recherche sont en désaccord. Un répondant a affirmé ce qui suit :

L’esthétique et l’éthique sont intimement liées. La perception qu’a un artiste de ce qui revêt une signification particulière peut être trop difficile à comprendre ou à accepter pour un participant/collaborateur car le résultat ultime peut être offensant pour le public. Les artistes et les collaborateurs peuvent ne pas avoir la même définition de l’art (ou de la recherche), ce qui peut facilement engendrer des malentendus. (répondant à l’enquête)

Dans les rapports de collaboration et de participation entre chercheurs et sujets, où les valeurs esthétiques, les questions de recherche et les pratiques éthiques évoluent et se négocient constamment, il y a un risque élevé de désaccord, mais la notion de retrait est difficile à appliquer dans un contexte où le chercheur et le participant sont réellement des collaborateurs. Comme l’a fait remarquer un répondant à l’enquête, cela est particulièrement vrai dans la production artistique collective ou communautaire :

Il peut être difficile de déterminer « qui détient les droits de propriété de l’œuvre ? » Par exemple, un plus grand nombre d’artistes travaillent en collaboration avec des collectivités … et si ces artistes sont aussi des chercheurs, la question devient alors : « A qui appartient la propriété de l’œuvre produite ? » De plus, « Qui prend les décisions si des désaccords surviennent au sein de la collectivité ? » [trad.]

Alors que la section qui suit souligne les difficultés rencontrées par les chercheurs-créateurs et les participants à la recherche, à qui on impose de produire un consentement formel par écrit, les actions en justice qui défraient la manchette depuis quelque temps, quand des collaborateurs ont tenté d’obtenir la propriété intellectuelle et artistique sur des œuvres d’art, incitent à penser que la documentation (non nécessairement les textes officiels) qui définit des éléments tels que la propriété du produit issu de la création et les avantages financiers découlant de la recherche, les responsabilités pour les décisions d’ordre esthétique, les objectifs communs, etc., pourrait constituer un mécanisme important en vue de maintenir une saine relation centrée sur les sujets entre le chercheur-créateur et les participants à la recherche5. Compte tenu de l’importance pour les artistes et la pratique artistique en général des principes à la base de la législation sur le droit d’auteur, les chercheurs-créateurs qui veulent promouvoir de saines relations éthiques avec les participants à leur recherche doivent protéger leur droit de propriété sur les œuvres d’art qu’ils peuvent avoir créées. Cela s’appliquerait aux étudiants, aux professionnels ainsi qu’aux amateurs :

(Les chercheurs-créateurs doivent) s’assurer que l’utilisation des produits artistiques, y compris les représentations à des fins de recherche, ne violent pas les droits des artistes (artistes professionnels ou enfants, ce qui revient au même) à l’égard de « leur art. » Cela signifie que les participants qui pourraient avoir été invités à participer à un processus éducatif par un enseignant … devraient avoir le droit de permettre (ou de ne pas permettre) que leurs produits ou leurs prestations soient diffusés ou présentés au public. (répondant à l’enquête) [trad.]

5.2. Appropriation culturelle
Une dernière dimension de l’approche axée sur les sujets en matière d’éthique qui intéresse les chercheurs du domaine des arts, mais qui n’est pas abordée de manière adéquate dans l’EPTC, a trait aux cultures et aux collectivités qui pourraient être perçues, globalement, comme des sujets – ou des objets – de recherche, peu importe qu’ils jouent un rôle actif de participant à la recherche. L’appropriation culturelle soulève un problème particulier lorsque les chercheurs-créateurs se saisissent de symboles culturels, d’artéfacts, de récits, de mythes, de cérémonies, etc. appartenant à une autre culture pour leur profit ou pour promouvoir leur carrière artistique. Il y a de nombreux exemples de ce genre de vol commis par des membres de la communauté universitaire ou artistique et, dans le contexte de la mondialisation où il est facile de s’approprier des biens culturels, de les adapter et de les mettre en marché, les cultures autochtones, isolées, menacées et défavorisées sont particulièrement vulnérables à une telle forme d’exploitation. (Voir, par exemple, McEvoy, 2006; Marranca, 2005) Même si cette question en apparence relativement simple est visée par la section 5 de l’EPTC et fait l’objet d’une inclusion et d’une « répartition plus juste des avantages de la recherche » (p. 5.3), elle pose des dilemmes complexes sur le plan de l’éthique pour le chercheur-créateur, à qui cette section de l’EPTC, orientée vers les sciences médicales, offre peu de repères.

Une des orientations majeures de la pratique artistique contemporaine est d’explorer le dialogue intertextuel à travers l’histoire, les divers médias artistiques et les diverses cultures. Quand l’utilisation d’une image propre à une culture constitue-t-elle un vol et quand constitue-t-elle une recherche et une création artistique d’avant-garde? Dans quelle mesure le recours par un chercheur-créateur à un média artistique (comme la vidéo ou la télévision) ou à une pratique artistique (comme les formes théâtrales occidentales) étrangère à une culture autochtone menacée est-elle justifiée? Dans quelle mesure un réalisateur non autochtone peut-il produire une pièce écrite par un auteur dramatique autochtone en faisant appel à des acteurs non autochtones qui prendront la voix de personnages autochtones? Si le travail du comité du GER mandaté pour réviser la partie de l’EPTC encadrant la recherche avec les peuples autochtones fournit des modèles éthiques qui pourraient s’appliquer de façon plus générale lorsque d’autres collectivités ou groupes ethnoculturels interviennent, il est particulièrement important pour les chercheurs-créateurs – autochtones et non autochtones – de faire connaître leur point de vue sur les considérations et pratiques éthiques appropriées dans ce domaine.

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6.
PRÉOCCUPATIONS FACE AUX HYPOTHÈSES DE BASE DE L’EPTC

6.1. Le modèle de la recherche quantitative
Les répondants à l’enquête de 2006 étaient invités à indiquer dans quelle mesure l’EPTC traduisait bien les hypothèses et les paradigmes fondamentaux de la recherche menée par les chercheurs-créateurs. La réponse d’un participant est représentative à cet égard : « [Ils ne s’appliquent que très faiblement. » Comme dans l’enquête de 2003 auprès des chercheurs des sciences humaines, les répondants se sont vigoureusement opposés à l’imposition, par le biais de cette politique, d’un modèle de recherche quantitatif, empirique et positiviste aux artistes et aux autres intervenants des sciences humaines : même si l’EPTC s’efforce « d’éviter … d’imposer le point de vue des chercheurs d’une discipline donnée à des chercheurs spécialisés dans d’autres domaines » et « tient compte des enjeux et des besoins communs à tous les domaines de recherche… transcendant toutes ces disciplines » (p. i.2, i.3), il est clair qu’une révision sur le fond et la forme est requise pour que la politique puisse atteindre ces objectifs.

À un niveau, le défi est d’ouvrir davantage le document à la recherche axée sur les arts – dans son libellé, sa terminologie et les exemples qu’il utilise. Des répondants ont demandé expressément que l’EPTC renferme une section distincte ou un énoncé de politique distinct pour encadrer l’évaluation éthique de la recherche intégrant la pratique créative. Sur un plan plus fondamental, toutefois, les objections exprimées à l’encontre de l’évaluation éthique et son effet néfaste découlent du fait que le document ne tient pas compte adéquatement des méthodologies et des modèles de recherche émergents qui occupent une place stratégique dans la recherche en art et dans les sciences humaines. Dans certains cas, des prescriptions qui pourraient convenir dans l’optique de la recherche médicale empirique et positiviste deviennent inconfortablement risibles lorsque vues dans la perspective de la recherche axée sur les arts. Une telle position est particulièrement accablante lorsqu’elle émane de l’élaboration des Principes éthiques directeurs, dans la section du document consacrée au Cadre éthique :

Il convient de se rappeler que ce principe impose de ne faire appel qu’à un nombre minimum de sujets et de ne faire subir à ceux-ci que le minimum de tests nécessaires pour obtenir des données scientifiques valides. (p. i.6)

Pour un chercheur dont les travaux sont liés au domaine des arts, le nombre de sujets de recherche (élevé ou restreint) soulève rarement un problème, sauf peut-être dans le contexte des études consacrées aux réactions de l’auditoire où l’on devrait naturellement savoir que plus est grande la participation de l’auditoire à une exposition, un spectacle, un visionnement ou une œuvre diffusée en ligne, mieux cela vaut du point de vue de l’artiste. Il n’est donc pas étonnant que les répondants aient exprimé leur frustration devant le fait que « les lignes directrices ont été trop étroitement définies en tentant de traiter des problèmes parfois épineux que soulève la recherche biomédicale » (répondant à l’enquête), les rendant ainsi inflexibles devant des objectifs, des méthodologies et des approches de recherche passablement différentes :

Interprété littéralement, … lorsqu’un spectacle de théâtre fait partie d’un projet de recherche axé sur les arts, il faudrait que les membres de l’auditoire signent des formulaires de consentement. Les événements où l’on recherche la participation, notamment ceux dont les résultats ne sont pas « contrôlés », se prêteraient alors difficilement à évaluation éthique classique. Ce qui semble encore plus inquiétant aux yeux des CÉR est l’emploi de supports visuels : la photographie paraît problématique pour certains spécialistes des sciences de la santé. (répondant à l’enquête) [trad.]

On pourrait faire valoir que c’est l’interprétation des lignes directrices sur l’éthique faite par les CÉR qui pose problème ici (cette préoccupation réelle est abordée dans une section ultérieure), mais il est tout naturel que les CÉR s’inspirent d’un document qui, en dépit de son insistance à faire preuve de souplesse dans l’interprétation, articule des normes et énonce des hypothèses de base inspirées d’un modèle de recherche quantitatif. Comme l’a expliqué un répondant,

L’EPTC, du moins dans la façon dont il est souvent appliqué par les CÉR, ne tient pas pour acquis la responsabilité et l’intégrité professionnelles du chercheur; il semble plutôt supposer que celui-ci est incapable de saisir les problèmes qui peuvent surgir dans une recherche avec des sujets humains. L’approche scientifique « du sommet vers la base » privilégiée par l’EPTC n’est pas utile aux recherches de nombreux chercheurs-créateurs. Dans ce cas, « un seul modèle ne convient pas à tous ». [trad.]

6.2. Un modèle de recherche émergente
Si le but visé par l’EPTC est d’en venir à une politique uniforme dans tous les cas (et plusieurs se demandent sérieusement si cela est possible ou même souhaitable), il faudrait alors recentrer radicalement le document en s’éloignant de hypothèses biomédicales pour ménager une plus grande place aux approches de recherche divergentes comme celles décrites par des répondants à l’enquête : « recherche-action », « recherche sur le terrain », «_exploration et recherche en atelier », « étude axée sur l’interprétation », «_création collective », « recherche artistique au sein de la collectivité » et d’autres formes de recherche dans le contexte non contrôlable de la sphère publique.

Toutes ces formes de recherche ont au moins une chose en commun – une approche essentiellement exploratoire ou émergente dans laquelle le processus, la méthodologie, les questions de recherche, ainsi que l’identité et la relation avec les sujets de la recherche évoluent de façon organique à mesure qu’avance le projet. La souplesse requise pour composer avec des événements imprévus ou ponctuels, ou des rencontres fortuites avec des personnes, des pratiques culturelles particulières ou des situations sociales ou politiques sont l’essence même d’une pratique artistique féconde. Bien que cela soulève certains problèmes dans le contexte actuel de l’EPTC, il est important de se rappeler que c’est cette souplesse qui permet au chercheur-créateur d’avoir des intuitions particulièrement innovatrices et d’acquérir une compréhension et « un savoir généralisable » pour faire une contribution à la recherche offrant des avantages pour la société dans son ensemble, comme l’évoque l’Introduction de l’EPTC. (p. i.4) Un répondant à l’enquête a exprimé la crainte que « dans son institution, la plupart des gens suivent les lignes directrices de l’EPTC, avec pour effet que la recherche dans certaines disciplines a connu un déclin important ou a changé de cap. » La plupart des chercheurs des disciplines artistiques soutiendraient que les directives actuelles sur les formulaires et les procédures d’évaluation éthique en vigueur au pays sont non seulement difficiles à respecter, mais indésirables dans l’optique des paradigmes de recherche émergents. Par conséquent, le document antérieur du CTSH sur la recherche qualitative devrait être considéré comme beaucoup plus pertinent aux méthodes de recherche de la vaste majorité des chercheurs-créateurs, mais nous ne tenterons pas de répéter cette réflexion ici.

6.3. Conséquences pour la recherche avec des étudiants et l’avenir de la culture canadienne
Les commentaires de plusieurs répondants à l’enquête au sujet des répercussions de l’EPTC sur les recherches des étudiants soulèvent aussi des préoccupations à divers niveaux mais, plus directement quant à l’avenir de la production artistique et de la recherche axée sur les arts – de même que la recherche dans le domaine des sciences humaines en général. Un répondant a examiné le processus d’évaluation éthique de la perspective des étudiants diplômés « qui devraient savoir à l’avance les questions qu’ils poseront, quand et combien de fois. Si vous appliquez une méthodologie émergente, il est difficile de répondre à ces questions. Ainsi, on joue sur les mots ou on demande des évaluations plus détaillées en cours de recherche. » Manifestement, ce problème ne se limite pas aux étudiants. Mais pour ces derniers, les difficultés et les délais causés par les « demandes de permission fastidieuses » (répondant à l’enquête) ajoutent une dimension nouvelle. Plutôt que de former les étudiants à acquérir une préoccupation authentique pour l’utilisation de méthodes de recherche éthiques convenant à leur discipline, les exigences du processus d’évaluation éthique ont peut-être pour effet de les instruire sur les tactiques de dissimulation à employer au moment de présenter une demande, et sur les conséquences bureaucratiques de ne pas maîtriser cet art particulier.

Dans certains cas, les CÉR peuvent aussi bloquer des projets de recherche légitimes d’étudiants dans les disciplines artistiques6. D’autres étudiants et leurs enseignants ou superviseurs écartent tout simplement de leur champ disciplinaire certaines formes établies de recherche axée sur les arts parce que l’obtention de l’approbation des responsables de l’éthique exige trop de temps et est trop complexe. À titre d’exemple :

Les lignes directrices de l’EPTC et les procédures d’approbation du CÉR découragent souvent les étudiants de mener des recherches sur le terrain : les exigences relatives au « préjudice » sont trop restrictives; les conditions de confidentialité et de mesures de sécurité des données sont excessivement contraignantes et les échéanciers d’approbation sont trop courts pour le cadre éducatif des étudiants. (répondant à l’enquête) [trad.]

Dans ces circonstances, l’avenir de la discipline en cause, de la production artistique et de la capacité des chercheurs canadiens de faire une contribution significative au savoir et à la compréhension s’en trouve assombri.

6.4. Liberté universitaire et liberté artistique
À l’instar des chercheurs d’autres disciplines, les artistes affiliés à des établissements d’enseignement postsecondaire jouissent d’importants privilèges et libertés, articulés dans l’EPTC : « la liberté de se renseigner et le droit de diffuser les résultats des travaux de recherche, la liberté de remettre en question les courants de pensée traditionnels et de passer outre à la censure institutionnelle, ainsi que le privilège de pouvoir compter sur la confiance, sur l’aide et sur les deniers publics. » La plupart des chercheurs-créateurs reconnaîtraient par ailleurs les devoirs correspondants « d’enquêter de façon judicieuse et honnête, de produire des analyses précises et de rendre compte du respect des normes professionnelles » (p. i.8), bien que la façon dont ils s’acquittent de ces responsabilités puisse être radicalement différente de celle d’un spécialiste des sciences médicales.

Les meilleurs artistes sont aussi motivés par un profond sentiment de responsabilité envers l’art lui-même, une recherche sans compromis de la vérité et de l’honnêteté dans leur démarche investigatrice et le fruit de leur création, ainsi qu’une détermination à faire en sorte que l’œuvre d’art rejoigne son auditoire d’une manière et dans un contexte qui enrichiront, au lieu de compromettre, les messages qu’elle véhicule. Comme de nombreux chercheurs des sciences humaines, les artistes s’attendent à jouir de la liberté de contester les normes, d’obliger la société à se voir elle-même et à percevoir plus clairement les enjeux qui lui importent, et de faciliter un partage de valeurs et de significations particulières. Contrairement à la plupart des chercheurs des sciences humaines, les artistes présentent souvent les résultats de leur recherche de façon très publique, et souvent à un niveau d’exécution tel qu’ils pourront transformer l’œuvre en un paratonnerre attirant les réactions imprévisibles du public. Dans bien des cas, c’est exactement le but visé : « Les arts se préoccupent du particulier et ont souvent, à dessein, un caractère perturbateur. Par conséquent, la quête artistique s’oriente habituellement vers le particulier et peut déranger. » (répondant à l’enquête) Même si cela donne des maux de tête aux administrateurs des universités et aux universitaires qui peuvent souhaiter que leurs collègues chercheurs-créateurs soient parfois plus discrets, la nature controversée ou l’impact sur le public d’un projet de recherche ne sont pas des questions entrant dans le champ des procédures d’évaluation régies par l’EPTC. Tout effort visant à entraver la recherche axée sur les arts pour ce seul motif serait en contravention des lignes directrices de l’EPTC et affaiblirait la capacité du chercheur de faire une contribution à la société sous la forme d’une recherche et d’un art plus dynamiques.

6.5. Perception de censure
Pourtant, certains répondants à l’enquête avaient clairement l’impression que l’évaluation éthique est utilisée pour censurer certaines pistes de recherche :

Les travaux qui se heurtent à l’hégémonie sociale, économique et politique sont toujours injustement écartés comme étant trop risqués. Un travail d’avant-garde axé sur la justice, qui remet en question le statu quo, ne devrait pas être rejeté comme s’il s’agissait simplement de l’opinion du chercheur. Il faudrait plutôt laisser la recherche procéder afin de voir s’il est possible d’étayer les hypothèses. Après tout, ce questionnement est l’objet même de la recherche. (répondant à l’enquête) [trad.]

Comme le souligne Pour que tous puissent s’exprimer, les chercheurs des disciplines artistiques « s’opposent depuis longtemps à toute forme de contrôle, perçu comme de la ‘censure’ ». (p. 10) S’ajoute à cela une politique perçue comme imposant un modèle biomédical de la recherche qui a peu à voir avec les modèles de recherche les plus courants dans les disciplines des arts, une section qui préconise l’évaluation par les pairs des projets qui dépassent le seuil du niveau minimal de risque (EPTC, 1.5), des formulaires de demande d’évaluation contenant des questions et une terminologie tout à fait étrangères à la plupart des disciplines artistiques et, souvent, un CÉR interdisciplinaire sans représentation des arts – voilà une recette propice à la confrontation dans le meilleur de cas et, peut-être même, la dénonciation de la « censure ».

Il n’est pas étonnant que des chercheurs-créateurs aient fait état d’une certaine variabilité dans la fréquence à laquelle leurs collègues travaillant avec des sujets humains ont participé à une évaluation éthique. Ceux qui reçoivent une subvention du CRSH ne peuvent évidemment pas se soustraire à l’évaluation, mais si l’on veut que l’EPTC et les CÉR acquièrent et conservent le respect d’une large portion des chercheurs des disciplines artistiques, la politique doit indiquer clairement que le processus d’évaluation ne doit pas constituer une occasion pour porter des jugements sur les goûts du public, les considérations esthétiques, ou pour protéger une institution contre une mauvaise publicité éventuelle. Il y a certes eu des cas où des éléments du processus d’évaluation éthique semblent avoir été utilisés par les universités pour essayer d’imposer des conditions à la liberté universitaire de leurs professeurs.7

Il faut aussi examiner les préoccupations légitimes qui se posent au point de rencontre des droits des sujets humains et des droits des chercheurs-créateurs. Ainsi, un répondant s’est demandé : « Il se peut que des artistes critiquent certaines conditions humaines en les illustrant visuellement (ou d’autres façons); dans quelles circonstances s’agit-il de liberté universitaire et quand cela est-il considéré comme préjudiciable à d’autres? » L’EPTC offre présentement certains repères pour les travaux de recherche qui « peuvent, après mûre réflexion et en toute légitimité, aller à l’encontre des intérêts des sujets de recherche ». Comme pour la critique « des organisations ou des personnalités publiques… », « [D]e tels projets devraient bien sûr être réalisés suivant des normes professionnelles, mais ils ne devraient pas être écartés à la suite d’une analyse des avantages et des inconvénients ou sous prétexte que le chercheur ne collabore pas avec le sujet. » (p. i.7) Ailleurs, l’EPTC fait allusion à « certains types de recherche – notamment les biographies, la critique artistique ou la recherche sur les politiques » – et peut-être les œuvres de création telles que les expositions, les pièces, les films, les romans, etc. – qui

peuvent en toute légitimité avoir un effet négatif sur des personnalités publiques ou des organismes du monde de la politique, des arts ou des affaires. Ces projets de recherche ne nécessitant pas le consentement des sujets, les CER ne devraient pas, à cause du caractère éventuellement négatif de leurs conclusions, les interdire en invoquant des motifs d’analyse des avantages et des inconvénients. » (p. i.9 ; voir aussi 1.1c)

6.6. Préjudices c. avantages et évaluation proportionnelle
Étroitement alignée sur les questions de liberté universitaire et artistique, on retrouve l’équation avantages/inconvénients destinée à protéger les droits des sujets de la recherche. Dans le monde de la production artistique comme dans celui de la recherche humaine, tel que l’énonce l’EPTC, « le bien-être et l’intégrité de la personne sont prépondérants ». Peu d’artistes seraient en désaccord avec l’EPTC sur le fait « qu’il est inacceptable de traiter autrui uniquement comme un moyen (comme un simple objet ou une chose), car ce comportement ne respecte pas la dignité intrinsèque de la personne et appauvrit en conséquence l’ensemble de l’humanité. » (p. i.5)

Cependant, certains chercheurs voient dans l’approche élaborée dans les Principes éthiques directeurs de l’EPTC pour jauger les avantages et les inconvénients (p. i.6) une autre intervention de l’extérieur dans leur processus de recherche provenant des sciences biomédicales : « la prise en compte de la justice et de l’inclusion, des avantages et des inconvénients n’a souvent pas d’application … dans la recherche (axée sur les arts). Je n’ai jamais entendu parler d’un projet de recherche axé sur les arts qui ait menacé la vie ou qui ait même placé un sujet dans une situation préjudiciable. »

En fait, la plupart de la recherche artistique avec des sujets humains pourrait probablement être considérée comme ayant un risque minimal et, dans le contexte de l’« évaluation proportionnelle », elle serait donc admissible à la procédure d’« évaluation accélérée » selon les critères énoncés à la section 1, paragraphe C.1 de l’EPTC :

Lorsque l’on a toutes les raisons de penser que les sujets pressentis estiment que la probabilité et l’importance des éventuels inconvénients associés à une recherche sont comparables à ceux auxquels ils s’exposent dans les aspects de leur vie quotidienne reliés à la recherche, la recherche se situe sous le seuil de risque minimal. (p. 1.5)

Comme on peut présumer que le processus d’évaluation des critères d’érudition énoncé à l’article 1.5 vise à aider à déterminer les inconvénients et les avantages d’une recherche présentant un risque plus élevé, il semblerait alors approprié de modifier, comme suit, les alinéas 1.5 (c) et 1.5 (d) pour tenir compte de l’application limitée de cette section à la recherche dans le domaine des arts :

  (c) D’une façon générale, les CÉR ne devront pas demander à des pairs d’évaluer les projets dans les domaines des [ARTS] et des sciences humaines et sociales entraînant tout au plus un risque minimal.
     
  (d) Certain types de recherche, notamment dans les domaines des [ARTS] et des sciences humaines et sociales peuvent en toute légitimité avoir des conséquences négatives sur des organismes ou sur des personnalités publiques reliées au monde de la politique, des affaires, du travail ou des arts, ou exerçant d’autres professions. Les CÉR ne devraient pas écarter ces projets en invoquant l’analyse des avantages et des inconvénients ou en raison de la nature éventuellement négative de leurs conclusions. Les discussions et les débats publics et, en dernier recours, les poursuites judiciaires en diffamation, sont les balises protégeant ces personnes et organismes. (p. 1.7)

La réflexion qui suit au sujet de « la tradition en sciences humaines voulant que les chercheurs publient leurs résultats avant même de discuter avec leurs lecteurs et critiques des qualités de leurs travaux » s’applique tout autant à la recherche axée sur les arts qui est rendue publique et soumise à l’examen public des lecteurs, des auditoires et des critiques. Comme dans la recherche en sciences humaines, dans l’optique des inconvénients et des avantages pour les sujets de la recherche, « il n’apparaît pas justifié de soumettre les projets exposant des sujets à un risque minimal à la censure des pairs avant que ceux-ci ne soient mis en œuvre. » (p. 1.7)

6.7. L’évaluation des critères d’érudition
De façon générale, l’ensemble de la disposition de l’EPTC traitant de l’évaluation des critères d’érudition semble inadaptée à ceux qui évoluent dans les disciplines des arts et des sciences humaines, dans le contexte de l’évaluation éthique; elle peut paraître inquiétante lorsqu’on se rend compte que les CÉR, au sein desquels les disciplines des arts ne sont pas représentées, peuvent considérer les projets axés sur les arts comme présentant un risque plus que minimal. Même si les révisions notées ci-dessus convenaient aux travaux de la grande majorité des chercheurs-créateurs, la minorité restante demeure dans une position vulnérable. Dans les méthodes de recherche émergentes, qui peuvent être classées comme présentant un risque plus que minimal, comment les chercheurs pourraient-ils établir clairement les avantages potentiels de leur recherche aux fins de l’évaluation éthique à une étape précoce du processus d’évaluation? Comme nous l’avons déjà noté, la recherche axée sur les arts se prête rarement à des modèles statistiques et empiriques permettant de comparer les inconvénients et les avantages éventuels. Placés, d’une part, devant des affirmations « imprécises » au sujet des avantages que peut avoir à long terme pour la société une recherche dans une discipline artistique, et de l’autre, les menaces potentielles à la dignité humaine – « à l’intégrité corporelle, psychologique et culturelle », – les CÉR pourraient être tentés d’opter pour la solution la plus attrayante dans l’immédiat : se concentrer exclusivement sur les préjudices potentiels pour le sujet.

Prenons l’exemple de trois projets de recherche dans les disciplines artistiques :

  (1) Une exposition/montage où l’artiste explore les perceptions du corps féminin à l’aide de divers médias – dessins, photographies, vidéos et spectacles sur scène –tous avec des modèles nus.
  (2) Un projet théâtral conçu par un collectif visant à permettre à des prostituées de discuter en public des circonstances qui les ont menées à fréquenter la rue, et à participer à un dialogue avec l’auditoire au sujet de leurs perceptions différentes.
  (3) Une composition musicale inspirée par la culture de l’Ouest canadien qui utilise des enregistrements de musique exécutée expressément pour le chercheur par des musiciens amateurs des communautés fransaskoise, ukrainienne et Crie.

Il est juste de dire que peu de CÉR pourraient ignorer les questions d’intégrité corporelle dans le premier exemple ou d’intégrité psychologique dans le second et classer l’un ou l’autre projet de recherche dans la catégorie présentant un risque minimal. Des CÉR sensibles aux questions d’appropriation culturelle pourraient même placer le troisième projet au-dessus de ce seuil. Si l’on envisage la possibilité que chacun des chercheurs décide de diffuser les résultats de sa recherche en faisant appel à une combinaison d’imprimés, de galeries en ligne, de vidéos offerts pour diffusion à la télévision ou de CD destinés à la vente libre, il devient clair que la vaste sphère publique dans laquelle évolue la recherche artistique au 21e siècle facilite non seulement une large diffusion des résultats de la recherche, mais confère aussi le pouvoir de causer préjudice à des sujets humains à grande échelle et de façon très publique. Ainsi, comment le chercheur-créateur entrevoit-il les avantages relatifs de la recherche face à une telle capacité démontrée de causer un préjudice? Manifestement, un débat raisonné sur les avantages potentiels de la recherche pour la société et/ou les sujets de la recherche constitue un point de départ, mais en présence de membres de CÉR provenant de disciplines extérieures aux arts, il pourrait être difficile de contenir la tendance à juger des mérites relatifs de la recherche en fonction de prémisses éthiques formées au sein de leur propre discipline ou de perceptions personnelles d’un comportement moral, ou encore de jugements esthétiques.

Dans ces circonstances, il pourrait être important de rappeler l’engagement pris dans l’EPTC à l’égard de la justice procédurale – « des méthodes, des normes et des règles justes » (p. i.6) et l’application des Principes éthiques directeurs « en fonction de la nature de la recherche, des normes et des pratiques éthiques propres à la discipline en question. » (p. i.9). Chacun des projets qui précèdent fait appel à des méthodes de recherche établies dans les disciplines respectives, elles-mêmes régies par des procédures d’éthique connexes – dont certaines, comme l’emploi du nu en art, ont évolué au cours de centaines sinon de milliers d’années.

Tel que noté précédemment, l’absence de lignes directrices sur l’éthique conçues spécifiquement pour les disciplines artistiques ne signifie pas une absence d’éthique ou de préoccupation à l’égard de la dignité humaine des sujets de la recherche. Cependant, si l’on se place dans la perspective des artistes évoluant en milieu universitaire et dans la culture visuelle et scénique saturée du 21e siècle, les chercheurs-créateurs doivent revoir leur position et les conséquences connexes pour la recherche avec des sujets humains – et documenter celle-ci sous la forme de lignes directrices écrites. Même avec de telles lignes directrices, des chercheurs du domaine des arts seront désavantagés par le processus d’évaluation éthique à moins de pouvoir être exemptés de l’analyse des inconvénients/avantages (y compris l’évaluation des critères d’érudition) menée par les membres du CÉR étrangers à leur discipline. Les préoccupations de cette nature fournissent l’un des arguments les plus convaincants pour que plus de CÉR soient créés afin d’examiner les projets de recherche axée sur les arts en faisant appel à des pairs qui sont eux-mêmes des chercheurs-créateurs.

6.8. Le consentement libre et éclairé
Le principe fondamental de l’EPTC selon lequel le respect de la dignité humaine signifie le respect « du droit et de la capacité de chacun de prendre des décisions libres et éclairées » (p. i.5) a attiré beaucoup d’attention parmi les chercheurs-créateurs. Comme l’a soutenu un répondant, « La plupart des chercheurs-créateurs sont vivement conscients de la nécessité de respecter la dignité humaine et du besoin de protéger les plus vulnérables – souvent à travers leurs expériences personnelles. Ils n’ont pas besoin de se faire imposer de tels principes. » (répondant à l’enquête)

C’est au moment de déterminer les cas où une décision ou un «_consentement_» conscient est requis afin de préserver la dignité humaine que surgissent les premières difficultés pour les chercheurs engagés dans une pratique créative. De nombreux chercheurs-créateurs considèrent le processus d’approbation éthique comme étant tout à fait incompatible avec leurs méthodes de création et de recherche : « Alors que l’EPTC sensibilise comme il se doit les chercheurs aux questions de confidentialité des données, de contraintes et de « préjudices » aux sujets humains, il entrave l’interactivité, la spontanéité et l’improvisation qui sont souvent requises dans la recherche en sciences humaines. » (répondant à l’enquête) Pour les chercheurs-créateurs en particulier, la vitalité et la pertinence de leurs travaux découlent d’une observation constante et attentive du monde qui les entoure. Ce sont des collectionneurs chevronnés d’éléments disparates de matériaux culturels – photographies, articles de journaux, phrases entendues dans un ascenseur ou proclamées à grands traits sur des panneaux, objets divers, séquences musicales, vidéos montrant des enfants qui jouent lors d’une fête d’anniversaire, etc. Dix ans plus tard, ou même davantage, le chercheur-créateur pourrait choisir, dans tout ce matériel, un minuscule visage apparaissant dans le coin d’une des photographies – peut-être pour en faire un fonds de scène dans une pièce consacrée à la traite des femmes pour la prostitution en Europe de l’Est. À quel point dans ce processus l’artiste pourrait-il avoir raisonnablement demandé un consentement informé – par écrit ou autrement? Étant donné la nature de ce processus créatif, on peut comprendre que les chercheurs-créateurs se demandent comment on pourrait inclure le consentement libre et éclairé sans en compromettre le caractère essentiel dans le contexte d’une évaluation éthique et, notamment, des procédures de consentement fondées sur des méthodes de recherche plus classiques :

Ce qui reste flou est la ligne de démarcation entre l’art et ce qui constitue une recherche/investigation. J’affirme cela en sachant que les artistes ne demandent pas toujours la permission de photographier quelqu’un; pourtant, en tant que chercheurs /investigateurs, nous serions obligés de le faire. (répondant à l’enquête) [trad.]

Tout comme la longue gestation des projets de recherche axés sur les arts soulève des difficultés par rapport aux règles de consentement énoncées dans l’EPTC, il en va de même du besoin de spontanéité, de souplesse et de la capacité de tirer une signification et des intuitions de découvertes fortuites. Cela est essentiel à une recherche artistique féconde, mais tout en étant problématique en regard des exigences portant sur le consentement informé.

Les artistes font beaucoup de choses ponctuelles (qui ne se répètent pas) ou déterminées spontanément (une chose qui arrive en société et qui doit être enregistrée sur le champ). Faudrait-il obtenir d’abord une permission dans tous les cas? Il semble que nous perdrions la candeur du moment le cas échéant. (répondant à l’enquête)

À partir de cet impératif d’instantanéité et de réalisme, les chercheurs-créateurs ont encore une fois tracé un parallèle avec le journalisme et les motifs pour lesquels cette discipline est exemptée de l’évaluation éthique.

À quel point l’art se confond-il avec le journalisme … lorsque nous voulons des comptes rendus instantanés d’événements et d’enjeux qui concernent la communauté tout en souhaitant aussi des procédures de collecte de données irréprochables sur le plan de l’éthique – pourtant, aucune permission n’est demandée lorsque le journaliste écrit le récit qui paraîtra dans les médias parce qu’il a le droit d’écrire son reportage comme bon lui semble. (répondant à l’enquête) [trad.]

6.9. Formulaires de consentement écrit
D’autres difficultés surgissent lorsque la recherche dans le domaine des arts se situe dans les limites des normes et des prescriptions de la section 2 de l’EPTC, ainsi que de leur mise en œuvre et de leur interprétation par les CÉR. Une première préoccupation a trait au recours à un formulaire de consentement écrit comme principal mécanisme d’obtention et de consignation du consentement. On devrait reconnaître que cette section permet de renoncer au consentement écrit et qu’il y a d’autres moyens de rechercher le consentement « [lorsque’] il existe de solides raisons justifiant l’impossibilité de rapporter un tel consentement. » Dans la plupart des cas, la recherche axée sur les arts devrait être admissible à une dispense de consentement écrit parce qu’elle « expose tout au plus les sujets à un risque minimal » et ne pourrait se faire sans cette dispense. Compte tenu de la nature et du contexte de la plupart des projets de recherche axés sur les arts, une telle dispense « risque peu d’avoir des conséquences négatives sur les droits et sur le bien-être des sujets. (p. 2.1)

Cependant, il ressort très clairement des réponses à l’enquête, des autres consultations menées auprès de chercheurs des disciplines artistiques et de la littérature sur la recherche que les attentes de nombreux CÉR correspondent davantage à l’hypothèse énoncée dans l’EPTC à l’effet que « dans notre société, une déclaration signée constitue généralement une preuve normale de consentement. » Pour reprendre les termes de l’EPTC dans la perspective des répondants à l’enquête, même si, pour les chercheurs des disciplines artistiques, « le consentement oral s’avère préférable », en réalité pour la plupart des CÉR « le consentement écrit est obligatoire ». (p. 2.2) Cela est particulièrement problématique à la lumière de ce que l’EPTC décrit comme « le rôle consultatif et éducatif essentiel (des CÉR) pendant tout le processus de consentement libre et éclairé. » En imposant leurs attentes au corps professoral, aux étudiants et aux participants à la recherche (les artistes professionnels comme le public) les CÉR ont le pouvoir d’altérer à long terme les aspirations légitimes et reconnues des chercheurs de ces disciplines, ainsi que les modes d’interaction et les relations que tissent depuis longtemps les artistes avec le public.

Surtout, dans les contextes de collaboration où les sujets de la recherche sont autant des participants au processus de recherche que le chercheur-créateur lui-même, les formulaires de consentement créent un rapport hiérarchique non approprié pour la conception et l’orientation de la recherche, des connaissances et du pouvoir, de la responsabilité et de la propriété des résultats de l’exercice de création. Comme il arrive souvent dans les sciences humaines, pour de nombreux chercheurs du domaine des arts, le consentement ne survient pas au moment de la signature d’un formulaire et constitue moins un « processus » qu’une relation sans cesse renégociée à chaque rencontre, répétition et/ou exécution. Dans les domaines tels que la pratique artistique en milieu communautaire ou la création collective, par exemple, le « consentement » peut être démontré quand les participants à la recherche sont à l’origine du projet et approchent le chercheur-créateur, quand ils présentent leur propres récits ou images, qu’ils participent à la définition des problèmes et des questions de recherche à explorer, qu’ils aident à obtenir le financement qui permettra de mener la recherche, ou quand ils se préparent et participent à la diffusion des résultats de l’exercice de création dans le cadre d’une exposition, d’un spectacle ou d’un média électronique.

Abordant la question du consentement écrit d’un autre point de vue, nous constatons qu’une telle condition risquerait d’anéantir de vastes segments de recherche importants dans les disciplines artistiques et d’autres disciplines.

Pour l’essentiel, [la politique] et ses principes directeurs revêtent une grande importance pour les chercheurs-créateurs et devraient être conservés dans la mesure où ils sont assortis d’exemptions appropriées comme celles prévues pour les pratiques éthiques propres au journalisme, la couverture d’événements publics, l’ethnographie etc. Ainsi, des formulaires de consentement écrit ne sont pas exigés lorsqu’on cite des responsables politiques dans les médias, et ils ne devraient pas l’être non plus pour les sujets qui sont conscients qu’ils s’expriment dans l’espace public. En restreignant indûment la capacité du chercheur de documenter les pratiques culturelles, on entrave la recherche éthique dans des domaines comme l’ethnographie, les études culturelles, les études consacrées aux médias, le journalisme et les disciplines connexes. Cela est particulièrement vrai pour les artistes et les chercheurs qui participent à une activité publique dans le cadre de leur travail. On pourrait envisager d’établir une distinction entre les actions publiques et privées. (répondant à l’enquête) [trad.]

6.10. L’observation en milieu naturel, la pratique créative et la dimension publique de la personne
Dans une société où les citoyens « ordinaires » sont de plus en plus conscients qu’ils projettent une image performative visuelle et publique (le meilleur exemple étant peut-être les « gros plans » de spectateurs que l’on projette sur écran géant, à la vue de tous, lors de concerts et d’événements sportifs ), où doit-on tracer la limite entre « le simple particulier_» habituellement considéré, dans le contexte de l’EPTC, comme devant être protégé par des modalités de consentement et de confidentialité) et les « personnalités publiques », considérées comme exemptées de ces règles.

Un répondant a invoqué la dimension publique des simples particuliers d’une façon qui pourrait être utile pour déterminer la préséance lorsque les droits individuels peuvent entrer en conflit avec les droits de nombreux chercheurs, non uniquement des artistes :

L’enquête journalistique (notamment dans l’intérêt public), les études culturelles (études ethnographiques, études des médias, communication, criminologie, etc.), la réalisation de documentaires, les œuvres interactives qui requièrent la participation de l’auditoire ou toute autre activité qui se déroule dans la sphère publique avec des participants volontaires requièrent toutes une attention particulière. On doit faire la distinction entre la recherche menée dans des conditions contrôlables et celle qui échappe au contrôle du chercheur. À titre d’exemple, en recherche qualitative, un chercheur devrait pouvoir – et même être encouragé – à poser des questions spontanément. (répondant à l’enquête) [trad.]

En d’autres termes, les chercheurs qui travaillent dans des circonstances publiques non contrôlables impliquant des participants volontaires, devraient pouvoir réagir librement et spontanément aux personnes et aux événements qui les entourent, dans les limites de la loi. Cela pourrait constituer un cas où un examen plus approfondi de l’application des principes éthiques dans le domaine des arts pourrait permettre de clarifier les perceptions éthiques pertinentes aux approches des chercheurs de plusieurs autres disciplines.

Tant dans l’enquête du CTSH que dans d’autres consultations menées auprès de chercheurs-créateurs, la liberté perçue du journalisme et l’exemption qui lui est accordée dans l’EPTC ont souvent été citées comme un cas pertinent pour au moins certaines formes de recherche axées sur les arts. La liberté de presse et la liberté artistique ont souvent été liées étroitement à l’intérêt public, et la société contemporaine tente de s’adapter à la fusion de la fiction et de la réalité, aux instincts créatifs et journalistiques qui s’expriment dans les « reconstitutions » documentaires, à la couverture de l’actualité 24 heures sur 24 sur fond de feuilleton télévisé, aux histoires et aux images fabriquées dans la presse à sensation (et des publications plus respectables), aux blogues et aux clips diffusés sur Youtube oscillant entre la réalité et la fiction, aux émissions de téléréalité scénarisées, ainsi qu’aux groupes cinématographiques et à l’art tels que le Headlines Theatre de Vancouver qui cherche à faire la manchette tout autant qu’à explorer des histoires qui devraient se retrouver en première page. Certes, les chercheurs des disciplines artistiques partagent souvent avec les journalistes le besoin de réagir rapidement aux événements qui surviennent ou à des personnes qui interviennent dans des lieux publics, et de poser des questions difficiles au sujet de personnalités publiques, du statu quo ou de groupes marginalisés par la société. Pour ce qui est des droits concurrents des simples particuliers et des chercheurs-créateurs, la comparaison avec les journalistes mériterait un examen plus approfondi, mais il importe de souligner que, dans sa forme actuelle, l’EPTC n’accorde pas une exemption générale au journalisme. En fait, la recherche des journalistes affiliés au milieu universitaire n’est pas davantage exemptée de l’évaluation en vertu de l’EPTC que celle des artistes qui évoluent dans ce milieu.

La section de l’EPTC qui traite de l’observation en milieu naturel exempte d’une évaluation la recherche portant sur « des réunions politiques, des manifestations ou des réunions publiques, [où] les participants à de tels projets peuvent surtout chercher à se faire remarquer. » (p. 2.4) Cependant, la suite du texte semble indiquer que cette exemption ne s’applique pas à l’étude de tous les participants à une activité publique. En outre, le passage précise que ce type d’observation présente un risque plus que minimal, sauf si elle « ne permet pas d’identifier des sujets et ne fait pas l’objet d’une mise en scène ». Même si l’EPTC reconnaît que la validité de l’observation en milieu naturel dépend du fait que les sujets « sont observés à leur insu » et, par conséquent, n’ont pas signé de formulaires de consentement, l’importance de cette section repose essentiellement sur le souci « du respect de la vie privée, même dans des lieux publics », une préoccupation qui s’amplifie « lorsque les dossiers de recherche permettent, par exemple, d’identifier des sujets, ou que l’environnement de la recherche a fait l’objet d’une mise en scène ». (p. 2.5) Même si la mention ici d’un environnement qui « a fait l’objet d’une mise en scène » est fort probablement inspirée des modes de recherche des disciplines autres que les arts, cette section a un effet paralysant sur les chercheurs-créateurs.

Le paradigme médical ou scientifique ne convient pas au travail des chercheurs-créateurs : évaluer la réaction de l’auditoire à une œuvre d’art publique, par exemple, ne se prête pas à l’exigence de remplir des formulaires de consentement éclairé, et la participation communautaire peut facilement être entravée par l’intrusion de tels protocoles. Nous avons besoin de définitions nouvelles des « inconvénients et avantages » qui tiendraient compte des rôles potentiels du spectateur/participant que l’art exige de son public cible. (répondant à l’enquête) [trad.]

L’application des modalités de l’EPTC, notamment le besoin de remplir des documents de consentement éclairé pour des événements et des conversations à caractère informel/créatif/public, a tendance à gêner l’observation « en milieu naturel » … [De telles pratiques] altèrent l’événement – et, partant, les méthodes de recherche-création et, probablement aussi, ses résultats. » (répondant à l’enquête) [trad.]

Dans la perspective des chercheurs-créateurs, au 21e siècle, les personnes qui achètent des billets pour assister à une pièce, à un film ou à un concert ou pour visiter une exposition ou un montage dans une galerie, qui s’arrêtent pour observer un artiste à l’œuvre dans un parc, ou qui cliquent sur un site web intermédia pour avoir accès à un jeu/texte interactif, signalent toutes leur consentement à entrer dans le monde hautement performatif de l’imagination et du ‘jeu’ – où leur désir et leur volonté de participer est motivée en grande partie par l’anticipation de l’inattendu – surprises, découvertes, transformations et, voire même la façon dont on envisage la ‘duperie’. Comme l’évoque l’utilisation du terme français « assister à » pour parler de la présence à une pièce, les artistes ne considèrent pas leur œuvre « complète » tant qu’elle n’a pas rejoint un forum public et que tous les spectateurs ou membres de l’auditoire n’entrent dans une relation manifestement publique et essentiellement participative et performative avec l’œuvre art8. Leur participation est encadrée par un rapport consensuel non écrit et conventionnel fondé sur l’hypothèse qu’ils ne subiront aucune préjudice corporel ou psychologique et que leur participation donnera lieu à des ‘expériences’, à une stimulation émotive, à des intuitions, à un divertissement, etc. Si, à un moment quelconque, le spectateur souhaite changer ou rompre cette relation, il a plusieurs options à sa disposition, comme de chahuter ou de quitter la représentation. Envisagé dans ce contexte, il est difficile pour les artistes de voir pourquoi des études qui consignent la réaction d’un auditoire à une œuvre d’art dans un forum public devraient être considérées comme présentant un risque plus que minimal, et pourquoi toute autre forme de consentement éclairé devrait être requise au-delà de la participation comme spectateur. Cela devient encore plus difficile lorsque les artistes constatent qu’une part importante de cette section est consacrée à la légitimation de la pratique universitaire curieusement performative qui consiste à utiliser le processus de consentement informé pour « tromper » les sujets de la recherche. Les membres d’un auditoire décrits précédemment sembleraient mieux informés et préparés à consentir à participer à un événement artistique que les sujets de la recherche dans d’autres types d’études où il n’y a qu’une divulgation partielle ou fallacieuse.

Au-delà des circonstances des « études sur la réception de l’auditoire », il y a d’autres pratiques créatives dont les répercussions sur les sujets sont devenues particulièrement importantes pour les chercheurs-créateurs à l’époque postmoderne. Tant dans les arts visuels que dans les arts d’interprétation, on a observé un mouvement vers des œuvres de création plus interactives – par exemple, inviter un membre de l’auditoire à déterminer comment se terminera une pièce ou inclure une séquence vidéo du spectateur, tournée en direct, dans la mise en scène de l’artiste. Dans ce genre d’environnement public créatif où l’on s’attend à des surprises et à des découvertes, le projecteur se tourne soudainement vers le spectateur pour le placer au centre de l’œuvre de création. Cela n’est pas sans ressembler aux brèves séquences de spectateurs montrées à l’écran devant les foules qui assistent à des événements sportifs et qui sont parfois retransmises en direct à des milliers de téléspectateurs. Le malaise général qu’exprime l’EPTC à l’égard des enregistrements qui « permettent une identification ultérieure des sujets » et, en particulier, les photographies « prises dans un lieu public, mais dont le sujet principal est une personne qui ne s’y attendait pas » découle naturellement des mêmes préoccupations que celles que traduit la législation contre l’invasion de la vie privée. Les artistes sont très sensibilisés à ces lois et à la nécessité de les respecter, mais dans le contexte d’événements artistiques présentés en public au 21e siècle (comme ceux décrits précédemment), il serait très difficile pour un spectateur volontaire d’affirmer qu’une telle action était « inattendue » ou qu’elle a été particulièrement « préjudiciable ». (p. 2.5)

6.11. Le consentement en tant que relation continue plutôt que point de départ
Il faudrait noter également que la notion de consentement « éclairé » telle que présentée dans cette section de l’EPTC soulève de sérieux problèmes pour les chercheurs-créateurs et d’autres dont les travaux empruntent des modes de recherche émergents et axés sur la collaboration. Si quelqu’un envisage de présenter une demande à un CÉR avant d’impliquer les sujets de la recherche comme participants au processus, alors la « déclaration précisant le but de la recherche », qui doit être présentée à cette étape, changera vraisemblablement plusieurs fois avant la fin du projet. Les déclarations sur « la nature et la durée prévues de la participation et la description des méthodes de recherche » seront, de même, provisoires et sujettes à changements. De nombreux chercheurs-créateurs considèrent que la séquence des événements imposée par l’EPTC (description du projet de recherche, approbation sur le plan de l’éthique, consentement des participants à la recherche, interaction avec les participants à la recherche) leur est étrangère et ressemble à un scénario où l’on mettrait la charrue devant les bœufs.

Les prescriptions de l’EPTC semblent privilégier les conditions de recherche contrôlées – et contrôlables. De nombreux chercheurs-créateurs ne savent pas au préalable ce qu’ils recherchent, seulement qu’une activité importante se déroule. Exiger que tous les paramètres soient précisés avant que la recherche ne débute a souvent pour effet d’en déterminer à l’avance la conclusion, ce qui est en soi une mauvaise pratique de recherche. Comment les hypothèses et les attentes de l’EPTC appuient-elles la recherche sans résultats prédéterminés, où les chercheurs sont libres d’adapter leurs méthodes aux conditions observées? (répondant à l’enquête) [trad.]

Les artistes se sont plaint du fait que les prescriptions relatives à la nature « éclairé » du consentement énoncées à l’article 2.4 de l’EPTC ne font aucune place à la conception d’une méthodologie de recherche obtenue de manière organique et à une relation de collaboration et de participation totales des sujets de la recherche :

Si les artistes partent avec l’idée de trouver quelque chose, alors le processus se précise progressivement au contact des personnes avec qui ils travaillent. Même si on peut tenter d’élaborer des processus et des méthodes, l’investigation et l’engagement créatif doivent pouvoir se manifester et évoluer au fur et à mesure que la recherche change d’orientation. (répondant à l’enquête) [trad.]

Ce qui importe davantage pour la plupart des chercheurs-créateurs est que les participants éventuels (et les CÉR) comprennent la nature et l’objet fondamentaux de l’exploration créative :

Toutes les personnes impliquées devraient comprendre la nature de l’exploration artistique, ses rythmes et ses méthodes et, partant, comprendre que le fait de savoir à l’avance comment un projet de recherche se déroulera semble en contradiction avec ce processus. Au contraire, par l’exploration, les personnes impliquées comprendraient l’intention de saisir la signification, et de le faire en empruntant des processus mutuellement négociés. [trad.]

Dans le cadre d’une telle approche de la recherche, la durée de la relation entre le chercheur et les participants à la recherche pourrait être particulièrement difficile à prédire car il n’y a pas toujours de début et de fin définis dans un projet de recherche ou une démarche exploratoire. À titre d’exemple, un chercheur-créateur peut travailler avec un groupe de patients atteints d’un cancer à la conception et à la présentation d’une pièce de théâtre visant à explorer la façon dont ces personnes sont perçues et traitées par la société. Les intervenants conçoivent la pièce de manière à ce qu’elle implique des membres de l’auditoire et sollicite leur contribution orale. À chaque représentation, ils acquièrent plus d’information, qu’ils peuvent ensuite intégrer à la pièce. Lorsque des membres du groupe décèdent, le groupe continue à présenter la pièce en y associant de nouveaux membres qui, à leur tour, apporteront leur contribution. Notamment, dans le domaine du théâtre collectif et populaire, où le but visé est souvent la prise en charge sociale, économique ou politique de groupes défavorisés ou marginalisés de la société (par exemple, les travailleurs de la rue, les toxicomanes, les immigrants, les sans-abris, ou les communistes en Amérique centrale) pour qu’ils puissent raconter leur histoire en public, il peut y avoir aussi une obligation morale pour les chercheurs de maintenir une relation à long terme avec les participants à la recherche afin de les aider à s’ajuster à leur nouvelle « conscientisation » au-delà de la durée de l’œuvre de création.

6.12. Les enfants en tant que personnes vulnérables
Les répondants à l’enquête de 2006 du CTSH ont exprimé de nombreuses préoccupations au sujet de l’interprétation des lignes directrices de l’EPTC qui visent à garantir le respect de la dignité humaine d’une catégorie particulière de personnes vulnérables. L’EPTC englobe les enfants dans la catégorie des personnes dont « la capacité de faire des choix ou les aptitudes sont amoindries. » (p. i.5) Les efforts faits dans le cadre de la politique et par les CÉR eux-mêmes pour s’assurer que les enfants bénéficient d’une « protection spéciale » contre « l’exploitation » et les « procédures spéciales destinées à protéger leurs intérêts » ont clairement imposé des obstacles à la recherche axée sur les arts dans le système scolaire, obstacles que les chercheurs considèrent non fondés et inacceptables :

Ma principale inquiétude … a trait aux comités d’éthique qui appliquent des lignes directrices bureaucratiques imposant des contraintes considérables et différentielles, ou qui entravent la recherche dans laquelle des artistes et des enseignants assument le rôle de co-chercheurs à cause de la différence de pouvoir qui existe naturellement entre eux, en tant qu’enseignants, et les étudiants. (répondant à l’enquête) [trad.]

La question qui se pose est de savoir si les étudiants doivent toujours être considérés comme des sujets de la recherche « qui peuvent être beaucoup plus influencés par divers facteurs – espoir d’atteindre d’autres buts, confiance vis-à-vis des chercheurs – que par une évaluation des pour et des contre de leur participation. » (p. i.7). Il semble qu’au moins un CÉR ait rejeté une recherche impliquant des enseignants, des étudiants et des artistes parce qu’il considérait que les enfants étaient trop vulnérables par rapport aux avantages éventuels des données recherchées et des résultats sur le plan scolaire et esthétique. Ce cas où un CÉR semble rejeter toute recherche caractérisée par un écart de pouvoir « sans égard au bilan pertinent des inconvénients (dans la plupart des cas, minimes, au-delà de la possibilité d’une participation influencée par l’écart de pouvoir) et des avantages (dans la plupart des cas, non pris en considération) » (répondant à l’enquête) semble confirmer les difficultés précédemment évoquées par certains chercheurs des disciplines artistiques lorsqu’ils tentent de faire valoir les avantages de leur recherche. Ce chercheur a aussi souligné les difficultés causées à ces chercheurs en raison du fait que l’EPTC ne fait pas de distinction entre différentes catégories de données :

Nous avons besoin d’une disposition qui protégerait l’utilisation des données relationnelles (données tirées de la relation entre l’artiste ou l’enseignant et les étudiants qui préservent et font partie de cette relation, et qui englobent l’identité et la construction de l’identité des participants) contre les règles qui conviennent seulement aux données objectives, à savoir que ces données soient stockées et inaccessibles à des fins de recherche jusqu’à ce que prenne fin la relation caractérisée par un déséquilibre de pouvoir. (répondant à l’enquête) [trad.]

Même si certains de ces problèmes peuvent être liés à l’interprétation de l’EPTC par un CÉR, nous sommes conscients de la frustration que peut éprouver un chercheur lorsque les lignes directrices élaborées dans l’EPTC ne fournissent pas une base adéquate pour atteindre l’objectif qu’elles visent, soit éviter « d’imposer le point de vue des chercheurs d’une discipline donnée à des chercheurs spécialisés dans d’autres domaines » (p. i.3) La recherche englobant des enfants d’âge scolaire est une composante importante de la recherche artistique parce qu’elle permet de tirer des leçons importantes sur des questions telles que le rôle des arts dans le développement de la petite enfance et les processus par lesquels les enfants acquièrent certaines habiletés artistiques. La possibilité que l’EPTC ou sa mise en œuvre par les CÉR bloque des projets de recherche axée sur les arts qui seraient par ailleurs jugés professionnellement acceptables et souhaitables pose un problème.

6.13. La protection de la vie privée et la confidentialité des données
Les chercheurs-créateurs ont une perception différente du droit juridique et constitutionnel à la vie privée, présenté dans l’EPTC comme « une valeur fondamentale … essentielle à la protection et à la promotion de la dignité humaine. » (p. 3.1) La recherche au sujet des artistes et d’autres personnes qui évoluent dans l’arène publique est, bien sûr, exemptée des modalités relatives à la protection de la vie privée, à moins que les chercheurs n’utilisent des données non accessibles au public, et cela démontre une certaine sensibilité aux raisons pour lesquelles les chercheurs engagés dans la pratique créative peuvent avoir des opinions différentes sur cette question. Comme l’a fait observer un répondant à l’enquête, « Des difficultés … surgissent en rapport avec . . . la protection de la vie privée et la confidentialité des données dans la recherche artistique lorsque les artistes eux-mêmes sont les sujets de la recherche – la confidentialité n’est alors ni pertinente ni souhaitable. » Dans le monde des arts, l’anonymat est rarement souhaité par les artistes participants et, dans les domaines de la recherche artistique où les sujets de la recherche deviennent des participants à part entière, il serait tout à fait inapproprié que le chercheur reçoive une reconnaissance publique, mais non les participants à la recherche. Les participants qui font une contribution quelconque sur le plan de la création (qu’il s’agisse de récits personnels ou d’œuvres d’art) devraient toujours être reconnus, à moins qu’ils ne demandent expressément l’anonymat. Dans les projets artistiques communautaires ou dans le monde du théâtre collectif et populaire axé sur l’habilitation de participants à la recherche qui n’ont pas voix au chapitre, la reconnaissance par le public des participants à la recherche est, à vrai dire, le but visé par la démarche créative. Le fait que de nombreuses personnes entrant dans cette catégorie de participants à la recherche puissent être considérées, dans la version actuelle de l’EPTC, comme des « personnes vulnérables » risque d’engendrer des difficultés pour les chercheurs dont les travaux suivent ce modèle.

Dans le cas des renseignements personnels détaillés sur d’autres personnes (hors de l’arène publique), les artistes s’efforcent habituellement d’en préserver l’anonymat en modifiant les noms, en fusionnant plusieurs personnages ou en manipulant les images par une autre technique créative. Dans le cas des personnages publics, il y a évidemment beaucoup plus de latitude mais, même là, les répondants à l’enquête ont affirmé que les artistes devraient être conscients du pouvoir que confèrent certaines formes artistiques visuelles et performatives avec lesquelles ils travaillent et éviter d’envahir la vie privée d’un sujet sans raison valable.

Il n’est pas éthique, à mon avis, que des chercheurs compromettent sciemment la liberté personnelle d’une personne (sur la base d’une activité criminelle) ou la réputation d’une communauté, en l’absence d’une cause justifiée. Il ne faudrait pas empêcher les chercheurs-créateurs de documenter les cas d’injustice sociale flagrante et, en fait, ces derniers devraient être protégés par des lignes directrices en matière d’éthique. En ce sens, la menace de poursuites en justice a entravé une recherche responsable – et éthique – dans certains cas. (répondant à l’enquête) [trad.]

6.14. Les sujets secondaires : un aspect important de la protection de la vie privée qui n’est pas clairement abordé dans l’EPTC
La notoriété publique et le rayonnement des arts et des industries culturelles au 21e siècle confèrent au chercheur-créateur un pouvoir et une responsabilité imposants sous l’angle de la protection de la vie privée et de la confidentialité des données. Cette constatation fait ressortir un certain nombre de questions d’éthique sur lesquelles l’EPTC offre peu de balises. Ainsi, « beaucoup d’artistes touchent à l’autobiographie. Doivent-ils obtenir la permission d’inclure des images de leur famille dans leur ouvrage/recherche? Les écrivains doivent-ils obtenir la permission de raconter des histoires basées sur leurs relations avec leurs frères et sœurs? Ou d’autres? » (répondant à l’enquête) Il y a des exemples célèbres d’artistes (D.H. Lawrence, Eugene O’Neill, Margaret Atwood, Michel Tremblay et Alice Munro, par exemple) qui ont utilisé à répétition des personnages ayant une étroite ressemblance avec des membres de leur famille dans leurs œuvres, en dépit de l’embarras et de la gêne que cela peut avoir causés. La situation publique des chercheurs-créateurs s’étend-elle à d’autres personnes qui leur sont liées, ou ont-ils l’obligation éthique de respecter la vie privée des membres de leur famille, même dans un contexte autobiographique? Seulement dans un ouvrage de fiction peut-on vraiment changer les noms et, même là, jusqu’où peut-on vraiment dissimuler l’identité de parents proches qui risquent de se retrouver sur la scène publique avec l’artiste?

Un autre répondant a exprimé une préoccupation semblable, mais à plus grande échelle :

Les processus de création participatifs peuvent parfois inclure des contributions de participants (enfants) relatant des événements très personnels qui rejoignent et rendent vulnérables d’autres personnes que celle qui fait le récit. Même si un étudiant a toujours le droit de retirer de telles « données », les protocoles de recherche pourraient nécessiter des procédures détaillées afin de préserver le droit à l’expression des artistes et ceux des tiers (par exemple les parents, l’oncle Albert, ou la terreur du voisinage) dépeint dans un ouvrage. (répondant à l’enquête) [trad.]

Bien que la question s’inscrive dans le contexte de la recherche axée sur les arts avec des enfants, elle est pertinente à tout processus de création où les participants à la recherche partagent des récits personnels qui y mêlent des tierces parties étrangères au projet de recherche, de sorte que les chercheurs-créateurs ont clairement besoin de s’assurer que les tiers – ou sujets secondaires – dont la vie privée peut être compromise soient protégés par des mécanismes tels que le changement de nom ou l’anonymat.

Une dernière question ayant trait aux « sujets secondaires », qui pourrait avoir un lien avec le thème de la protection de la vie privée et de la confidentialité des données a été soulevée à propos d’un film de fiction sur la vie de Tommy Douglas, diffusé par CBC en 2006. Le scénariste a choisi de fondre plusieurs adversaires de l’homme politique en un seul antagoniste, James Gardiner. Après la diffusion du film, la famille Gardiner a vigoureusement protesté contre l’image que l’on avait présentée de leur parent, sous les traits d’un homme mesquin et alcoolique. En fait, celui-ci pratiquait l’abstinence et avait à son actif des réalisations notables. À une époque où les gens s’attendent de plus en plus à ce que l’art permette d’imiter le caractère factuel des nouvelles et des documentaires, le scénariste n’a peut-être pas pris une décision esthétique très rigoureuse en choisissant d’interpréter l’histoire avec autant de licence artistique, mais dans quelle mesure cela est-il contraire à l’éthique? Gardiner est décédé depuis longtemps et il serait difficile de le considérer comme un sujet de recherche; toutefois, sa famille a clairement eu le sentiment que le film violait leur vie privée et leur dignité humaine en projetant une fausse image de James Gardiner à la télévision nationale. Dans quelle mesure les chercheurs-créateurs devraient-ils se préoccuper de ces questions, même si elles peuvent échapper à l’emprise de la version actuelle de l’EPTC?

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7.
STRATÉGIES POUR GARANTIR LE TRAITEMENT ÉTHIQUE DES SUJETS HUMAINS PARTICIPANT À LA RECHERCHE INTÉGRANT LA PRATIQUE CRÉATIVE

7.1. L’EPTC dans sa forme actuelle et les révisions possibles
Pour des raisons qui devraient ressortir clairement de l’analyse qui précède, l’EPTC pose un problème en tant que mécanisme efficace visant à faciliter et à garantir des pratiques éthiques dans les travaux des chercheurs-créateurs en milieu universitaire dont les projets impliquent des sujets humains. Le CTSH a reçu des demandes insistantes pour modifier l’EPTC et son cadre de mise en œuvre lors des consultations auprès de la collectivité et dans les réponses à l’enquête. À un niveau, les problèmes inhérents à un énoncé de politique codifié et global pourraient être imputables à une rupture profondément politique et idéologique. Lorsque les chercheurs-créateurs ont élaboré leur propre code d’éthique, ils ont mis l’accent sur le traitement éthique de l’artiste car, historiquement, ces derniers ont eu tendance à se considérer comme marginalisés, loin de toute position d’autorité. Même s’ils ont souvent été motivés par le désir de prêter une voix ou une identité à d’autres personnes qui étaient elles-mêmes marginalisées au sein de la société, les artistes ne se sont pas considérés comme étant en mesure de causer un préjudice aux sujets de leur recherche. Il n’est donc pas étonnant qu’ils fassent preuve d’un scepticisme certain devant des politiques d’éthique écrites et codifiées qui pourraient servir en fait à protéger et à consolider le pouvoir des chercheurs sur les droits des participants à la recherche.

Au 21e siècle, les chercheurs-créateurs ne peuvent plus se donner l’image de l’artiste affamé et solitaire, vivant dans une mansarde, du 19e siècle. En tant qu’artiste évoluant en milieu universitaire, ils sont de fait directement liés aux grandes institutions éducatives et artistiques au sein de la structure de pouvoir. On peut dire que leur liberté universitaire leur permet de mener des recherches avec la plus grande liberté par rapport à la censure de toute l’histoire de l’art, en bénéficiant par ailleurs de l’accès aux moyens nécessaires pour concrétiser leur art : une rémunération élevée, d’importantes ressources financières, ainsi que des espaces spécialisés et la technologie. La place centrale qu’occupent les arts dans la culture du 21e siècle et la capacité mondialisatrice des nouveaux médias et de la technologie ont donné à l’artiste un pouvoir considérable pour rejoindre des auditoires aussi éloignés que divers et influencer de façon générale l’évolution des valeurs et des croyances du public (voir, par exemple, Watson, 2004). Ce pouvoir des artistes s’assortit d’une responsabilité de participer de façon plus déterminante au débat sur l’éthique du travail avec des sujets humains, mais, comme pour les autres questions qu’abordent les artistes, ils ont un rôle clé à jouer en posant des questions délicates – la plus fondamentale étant peut-être celle-ci : Quel est le meilleur mécanisme pour favoriser le respect et la dignité des sujets humains et une recherche innovante dans toutes les disciplines, au bénéfice de l’ensemble de la société?

Les chercheurs-créateurs canadiens ont proposé un large éventail de réponses à ces questions :

  1. Une des solutions proposées est une exemption générale de l’évaluation en vertu de l’EPTC pour toute recherche comportant une pratique créative du fait qu’une telle recherche pose un risque minimal pour les sujets de la recherche et qu’un examen conforme aux modalités de l’EPTC risque de compromettre sérieusement la nature fondamentale de la pratique créative. Mis à part les artistes affiliés à une université, les autres chercheurs ont aussi préconisé une telle approche, en partie parce qu’ils se préoccupent de « l’invasion de l’éthique » et en partie parce qu’ils s’inquiètent de la possibilité que les modifications de fond requises pour adapter l’EPTC à la recherche intégrant une pratique créative rendraient l’EPTC moins efficace pour ce qui est de garantir l’adoption de pratiques éthiques dans d’autres domaines plus conventionnels de la recherche.

  2. Cela nous amène à une autre solution possible. Comme nous l’avons expliqué précédemment, les chercheurs-créateurs ont énuméré plusieurs aspects de l’EPTC où des changements précis et des ajouts seraient nécessaires pour tenir compte de façon plus appropriée de la recherche dans les disciplines des arts. En conséquence, une révision en profondeur de l’EPTC pour y intégrer ces suggestions et celles déjà faites par les spécialistes des sciences humaines serait une façon d’en arriver à une politique vraiment globale.

  3. Certains répondants à l’enquête ont préconisé une approche différente à la révision de l’EPTC, en cherchant à le simplifier plutôt qu’à y ajouter d’autres éléments. Des spécialistes des disciplines des arts et d’autres ont affirmé que l’EPTC devrait simplement articuler en termes généraux de grands principes d’éthique. Étant donné la perspective biomédicale qui domine la formulation des principes fondamentaux dans la version actuelle de l’EPTC, même une telle approche nécessiterait une révision afin de donner à ces principes un caractère vraiment universel. On pourrait ensuite ajouter à cette version réduite de l’EPTC des chapitres spécifiques (comme la section actuelle sur les essais cliniques) ou des annexes décrivant les pratiques dans les grands domaines disciplinaires tels que les arts, les sciences sociales, les humanités, etc. Même si l’EPTC conservait essentiellement sa forme actuelle, il est clair qu’une section spéciale ou des lignes directrices particulières seront requises pour aider les CÉR à appliquer des règles d’éthique appropriées à la recherche axée sur les arts.

7.2. Améliorer les connaissances des CÉR et rendre leurs procédures plus inclusives
Les répondants à l’enquête du GER ont réservé leurs critiques les plus acerbes aux CÉR et à l’écart évident qui existe entre les principes directeurs de l’EPTC (ou, dans certains cas, les articles et les explications articulés avec le plus de précision) et leur interprétation ou leur mise en œuvre au niveau des CÉR. Ainsi, dans plus d’un cas, on a affirmé qu’une démarche en apparence aussi simple que de faire des entrevues avec des artistes, des interprètes et d’autres personnalités publiques, a été interdite par des CÉR en dépit de la recommandation d’appliquer une procédure propre à la discipline en question. Dans ces cas, il est difficile de savoir s’il y avait des circonstances atténuantes à l’origine des décisions rendues, qui n’ont pas été divulguées durant le processus de consultation, ou si la plainte provient simplement d’un requérant mécontent qui méritait vraiment de se voir refuser la permission demandée. Cependant, malgré le besoin évident pour le GER d’appuyer autant que possible les CÉR locaux, s’il prend connaissance d’interprétations clairement inappropriées de l’EPTC (il faudrait peut-être de meilleurs mécanismes pour rendre cela possible), il devrait alors interpeller directement et sans détour le chercheur et le CÉR. La plupart du temps, les comités d’éthique créent des zones grises d’interprétation où ce qui est « bon et mauvais » ne ressort pas de façon tout à fait claire – notamment lorsqu’on n’a pas en main tous les faits et les détails pertinents. Toutefois, lorsqu’il y a clairement de « mauvaises » décisions, celles-ci devraient être reconnues afin de protéger la crédibilité de l’EPTC et de son mécanisme de mise en œuvre.

Il est cependant plus difficile de rejeter d’autres types de plaintes lorsqu’un thème ne cesse de revenir. Certains répondants ont fait remarquer que les CÉR avaient tendance à s’écarter d’une préoccupation strictement axée sur l’éthique pour faire des « commentaires absolument dérisoires qui sortent du domaine de l’éthique pour entrer dans celui de méthodologies qu’ils ne comprennent pas ». (répondant à l’enquête) D’autres ont évoqué le caractère facilitateur de l’EPTC, mais le rôle obstructif des CÉR :

Dans son libellé actuel, l’EPTC permettrait à des organisations artistiques externes d’intégrer à leurs programmes des ressources provenant des universités; mais … l’EPTC … tel qu’interprété par [notre CÉR] … bloquerait l’utilisation des produits et des voix des étudiants dans le cadre de processus de développement si ceux-ci incluent un élément de recherche ou un collaborateur universitaire qui a besoin de faire approuver ces processus … par [le CÉR]. (répondant à l’enquête) [trad.]

De façon générale, les réponses donnent à penser qu’il y a un fossé important entre les chercheurs des disciplines artistiques et leur CÉR, lequel est perçu comme exerçant « un pouvoir sur les chercheurs des établissements d’enseignement sans consultation, sans conversation, sans avoir accès à l’information, sans beaucoup d’obligation de rendre compte à l’institution et sans recours légitime en appel. »

Le recueil croissant de demandes et de réponses sur des points d’interprétation visant la recherche axée sur les arts que compile le GER et la diffusion de tutoriels et d’études de cas sur les questions les plus épineuses liées à l’évaluation des projets dans les disciplines des arts pourraient jouer un rôle utile, mais à en juger par la nature des préoccupations exprimées par les répondants, il semble nécessaire de disposer de repères plus précis pour les CÉR dans ce domaine. À l’heure actuelle, le GER ne supervise pas le travail des CÉR, qui rendent compte uniquement à leur université, mais il devrait peut-être examiner la façon dont il pourrait renforcer, au-delà de leur établissement, l’obligation des CÉR de rendre compte de leur devoir d’interpréter l’EPTC de manière raisonnable en permettant d’en appeler plus facilement des décisions rendues au terme de ce processus.

Le premier point à aborder en tentant de dissiper ce climat de « eux contre nous » pourrait se situer aux premières étapes du processus – en rendant les lignes directrices et les formulaires plus conviviaux et mieux adaptés aux artistes. Un survol des formulaires d’évaluation éthique accessibles sur les sites web des universités où l’on retrouve une cohorte importante de chercheurs-créateurs révèle que de nombreux formulaires posent des questions et utilisent une terminologie qui semblent absolument hors de propos et étrangères à quelqu’un qui s’adonne à la pratique créative : « Comment l’échantillon de participants sera-t-il sélectionné? » « Pendant combien de temps prévoyez-vous être en contact avec des sujets humains pour recueillir des données? » « Décrivez vos plans pour la protection des données, ainsi que pour la préservation ou la destruction des données une fois la recherche complétée. » Prendre au sérieux certaines de ces questions d’un point de vue de la discipline pourrait engendrer des complications inutiles et/ou de la confusion à la table du CÉR. Ainsi, comment un artiste doit-il répondre lorsqu’on lui demande : « Un élément de duperie sera-t-il nécessaire dans ce projet? »

Les facultés et les collèges des beaux-arts, des arts et de l’éducation et les autres entités où l’on retrouve des artistes ont aussi un rôle important à jouer pour identifier un ou plusieurs « mentors en matière d’éthique » ayant une bonne compréhension de l’EPTC et du processus d’évaluation et susceptible d’aider les membres du corps professoral à se soumettre au processus d’évaluation éthique. Individuellement ou collectivement par l’entremise de l’Association canadienne des doyens des beaux-arts, les facultés pourraient consulter le GER et les CÉR dans un effort visant à produire des modèles de formulaires de demande et de lignes directrices sur l’éthique convenant aux arts, au bénéfice des professeurs et des membres des CÉR, notamment ceux qui évoluent dans des disciplines sans liens avec les arts. Les doyens pourraient aussi encourager les chercheurs-créateurs à participer aux CÉR et les rétribuer justement pour leur participation. Un répondant à l’enquête a indiqué qu’il y avait un problème lorsque :

L’interprétation au niveau du CÉR et aux paliers supérieurs est faite par des gens qui n’ont pas d’expérience en recherche et qui ne sont pas familiarisés avec le fonctionnement réel des CÉR. Il faudrait consacrer du temps et de l’argent pour que les CÉR puisse attirer des chercheurs chevronnés et que les CÉR d’envergure nationale se consultent de façon régulière et informelle… Les CÉR … [devraient] s’auto-réglementer en faisant appel à des chercheurs travaillant activement dans les domaines concernés. Le comité devrait aussi s’efforcer d’obtenir la collaboration des meilleurs chercheurs et de les impliquer dans son travail. Autrement, la responsabilité sera éventuellement retirée aux chercheurs pour être confiée à des gens « qualifiés », intéressés à faire « carrière » dans le domaine du contrôle de l’éthique de la recherche humaine. (répondant à l’enquête) [trad.]

À la lumière de ces considérations, les facultés ou les collèges abritant des disciplines des arts pourraient établir leurs propres CÉR formés de pairs qui sont des chercheurs-créateurs. De tels CÉR existent déjà (par exemple à l’Université York, à l’Université de l’Alberta, à l’Université Concordia, à l’Université de Toronto et à l’Université McGill). On ne sait pas pourquoi l’article 1.4 de l’EPTC affirme de façon aussi péremptoire que « les CÉR seront créés par les plus hautes autorités institutionnelles et l’éventail des domaines de recherche qu’ils auront à traiter sera aussi large que possible tout en étant compatible avec une charge de travail acceptable. … Il convient d’éviter la multiplication des CÉR ayant une faible charge de travail au sein d’un même établissement. » La rétroaction reçue des personnes du domaine des arts semble indiquer qu’une plus grande participation des pairs de la discipline au processus serait probablement avantageuse et que des charges de travail moins lourdes seraient un moyen d’attirer au sein des CÉR des universitaires activement engagés dans la recherche axée sur les arts. Peu importe qu’il puisse y avoir plus d’un CÉR au sein d’un établissement donné, les chercheurs-créateurs devraient participer à l’examen des projets de recherche axée sur les arts en tant que membres du CÉR, ou d’un comité spécial visant à suppléer le manque d’expertise du CÉR dans le domaine, ou encore en tant que particuliers à qui cette évaluation serait initialement déléguée. L’évaluation de la recherche axée sur les arts devrait se faire uniquement après que le CÉR ait obtenu les conseils d’un membre compétent de la discipline.

7.3. Élaborer des lignes directrices sur l’éthique ou des énoncés des meilleures pratiques pour les arts
L’Introduction de l’EPTC énonce l’objectif de favoriser « une réflexion continue et un consensus réfléchi autour des questions éthiques plus litigieuses. » (p. i.3) Elle prévoit aussi que le processus par lequel « les principes sont mis en pratique » favorisera le genre de réflexions que les chercheurs ont commencé à faire lors des consultations avec le GER : « Lorsque l’application des principes provoque des conflits, ceux-ci appellent à une véritable réflexion éthique et un difficile choix de valeurs. Pareils choix et conflits sont inhérents au processus d’évaluation éthique. Utilisés au mieux, ces principes rappelleront une réflexion morale plus complexe tenant davantage compte du contexte. » (p. i.9)

Dans la perspective des arts, l’avantage le plus précieux de l’EPTC est peut-être de susciter ce genre de réflexion. Comme l’a noté un répondant à l’enquête, « l’EPTC a attiré davantage l’attention sur la recherche éthique dans l’ensemble de l’établissement, ce qui, dans l’ensemble, est une très bonne chose. » Cependant, les répondants ont aussi reconnu le fait que les chercheurs des disciplines artistiques ne sont pas parvenus « à se familiariser avec l’EPTC et ne sont pas en mesure d’avancer des arguments en faveur de leurs pratiques parfaitement légitimes », et que « nous devons faire beaucoup plus de travail pour définir les méthodologies des chercheurs-créateurs. Je ne suis pas convaincu que la communauté des ‘artistes en tant que chercheurs’ ait réfléchi suffisamment à cette question. »

Même si une revue de la littérature a révélé que certains chercheurs-créateurs ont écrit sur l’éthique en rapport avec leurs projets de recherche, il semble que très peu d’universitaires canadiens aient considéré le point de convergence de la production artistique, de l’esthétique, de la recherche et de l’éthique axée sur les sujets humains comme un domaine de recherche d’importance même secondaire. Un répondant à l’enquête a noté sous le couvert de l’anonymat « qu’il y avait déjà des lignes directrices bien établies en matière d’éthique dans la plupart des disciplines », ce qui peut être vrai mais, apparemment, non dans les arts. Même si les discussions avec des artistes canadiens ont montré que plusieurs respectent des pratiques d’éthique conventionnelles et mutuellement reconnues, aucun organisme canadien voué aux arts ne semble avoir élaboré de lignes directrices sur l’éthique pour encadrer la relation entre les artistes et leurs sujets humains.

Cette situation est problématique à divers niveaux. Premièrement, les artistes détiennent un pouvoir certain et sont des acteurs de premier plan dans notre culture globale hautement visuelle, performative et médiatisée. Leurs travaux peuvent apporter des avantages considérables à la société et aux sujets de leur recherche, mais une partie de cette recherche peut aussi causer des préjudices. Deuxièmement, les artistes évoluant en milieu universitaire doivent composer avec une politique d’éthique inspirée du modèle de recherche quantitatif, qui leur convient mal, mais il n’y a actuellement aucune autre politique en matière d’éthique vers laquelle eux-mêmes, leur CÉR ou le GER pourrait se tourner pour établir des balises plus appropriées. Troisièmement, étant donné que les chercheurs-créateurs affiliés à une université travaillent en étroite collaboration avec des artistes professionnels, des organismes artistiques et divers autres organismes sur la scène canadienne ou internationale, ils peuvent se retrouver en position défavorable s’ils doivent se plier aux critères de l’EPTC et d’un CÉR, tandis que leurs collègues qui participent peut-être à la même exposition, au même spectacle ou festival de cinéma, etc. sont régis par des paramètres sensiblement différents. Dans les concours des organismes à vocation artistique pour l’attribution des subventions locales ou fédérales, les approches de ces derniers peuvent paraître bizarres en comparaison de celles de leurs pairs qui s’en tiennent à des façons plus conventionnelles de travailler avec des sujets humains.

Il importe donc que, hors du contexte de l’EPTC, les chercheurs-créateurs articulent les meilleures pratiques d’éthique et les enjeux éthiques importants propres à leurs disciplines artistiques.

7.4. Perspective interdisciplinaire sur les questions d’éthique pertinentes à la recherche intégrant la pratique créative
La nature très publique et l’influence des arts, qui soulèvent tant d’interrogations en regard des préoccupations pour la protection de la vie privée et la confidentialité des données, sont les éléments qui ont rendu les arts intéressants comme mécanismes de recherche utiles pour des universitaires évoluant hors des disciplines des arts. À titre d’exemple, des spécialistes des humanités montent des pièces pour étudier la pratique du théâtre de répertoire au début de la période moderne en Angleterre9, des anthropologues écrivent des ethnographies sur les modèles vivants utilisés par des d’artistes (Roe, 1995) ou étudient l’exécution de pièces de musique classique comme forme d’action sociale (Lawrenson, 1999). Les chercheurs intéressés par l’éducation utilisent « des textes de type ethnographiques portant sur l’évaluation de rendement » demandant à l’occasion à des participants à la recherche de s’exécuter eux-mêmes en public (Saldana, 1998; Mienczakowski, 1999; Nicholson, 1999). Les chercheurs en santé utilisent « des narrations médicales » sous forme de romans, de pièces et de films pour explorer des sujets délicats tels que la recherche en génétique (Nisker et Daar, 2005; Young, 2005), tandis que des scientifiques en environnement et des géographes ont rendu public un documentaire si controversé que leur université a tenté d’en bloquer la diffusion (« Controversial Video », 2005).

Jusqu’à un certain point, l’intérêt interdisciplinaire pour les arts peut aussi traduire une reconnaissance de la culture contemporaine, visuellement dense et orientée vers la qualité d’exécution; progressivement, cela pourrait suppléer à ce qu’un répondant à l’enquête a appelé une compréhension limitée des perspectives, des approches et des questions de recherche dans les disciplines artistiques par les CÉR interdisciplinaires :

On doit susciter un plus grand intérêt à l’égard de la position et de la capacité performative des sujets dans un sens post-structurel. Ce sont là des termes employés couramment en recherche par certains d’entre nous, et nous devons constamment traduire ce langage pour qu’il soit accepté dans un paradigme qui essaie toujours de s’adapter à des normes établies par l’investigation qualitative. … Sans compréhension des méthodologies multidimensionnelles qui sont accessibles, on ne peut envisager les questions d’éthique. (répondant à l’enquête) [trad.]

Cet intérêt et cette participation à l’intégration de la pratique créative dans la recherche de disciplines autres que les arts ont incité ces universitaires à s’engager dans le débat sur les pratiques éthiques connexes touchant aux sujets de la recherche. Ce débat met en lumière le fait que, comme l’indique l’EPTC, les principes éthiques pertinents à la pratique créative devraient être interprétés dans l’optique de la discipline qui emploie ces formes et ces méthodes de recherche. Bien que des généticiens ou des scénaristes puissent utiliser dans leur recherche le film comme un support, leurs objectifs et questions de recherche, leurs relations avec les participants à la recherche et d’autres aspects de leurs travaux seront très différents. Ces différences mèneront probablement à l’adoption d’approches différentes en regard des principes d’éthique. Ainsi, considérant l’absence de lignes directrices claires pour encadrer le traitement des « participants à une recherche narrative », Jeff Nisker et Abdallah Daar ont affirmé que puisque « la compréhension qu’a le public de la science génétique provient principalement des médias, mais aussi de romans, de pièces et de films, … il faudrait élaborer des lignes directrices cohérentes pour l’ensemble des médias axées sur la présentation morale des textes traitant de génétique ». Même si elle procède d’un souci légitime de protéger les participants à la recherche génétique et leur famille, l’insistance des chercheurs pour avoir des politiques visant à garantir que ces textes soient présentés « de manière équilibrée » (2005, p. 2) inciterait de nombreux artistes à y voir un appel à la censure et à contester la notion selon laquelle tout texte sur quelque sujet que ce soit devrait avoir des objectifs uniques.

Il est donc important que les chercheurs des disciplines des arts se joignent à ceux d’autres disciplines qui recourent à la pratique créative dans leur recherche pour examiner les pratiques et les hypothèses conventionnelles en matière d’éthique dans le domaine des arts, les questions soulevées par l’EPTC et les codes d’éthique des disciplines connexes telles que le journalisme, l’éducation, l’ethnographie, la génétique, etc., afin d’élaborer les lignes directrices sur l’éthique témoignant plus généralement d’une préoccupation pour la dignité des sujets humains qui participent à la recherche intégrant une pratiques créative. L’étude peut-être la plus fouillée et la plus convaincante sur l’éthique appliquée à la pratique créative qui soit ressortie d’une revue de la littérature dans ce domaine embrassait à la fois les préoccupations journalistiques entourant le documentaire, la préoccupation du cinéaste à l’égard de l’influence sur la réaction de l’auditoire et les préoccupations du philosophe qui voudrait que l’éthique examine « la situation du sujet qui perçoit par rapport à l’Autre/aux autres … dans un contexte cinématique. » (Cooper, 2006, p. 17) Parce qu’elles privilégient l’approche descriptive et analytique plutôt que prescriptive en matière d’éthique et à cause de leur exploration complexe des questions d’éthique interculturelles, ces études pourraient faire une contribution importante à la réflexion plus générale sur l’éthique. Ce genre de débat et de réflexion doit trouver sa place dans les publications et les conférences consacrées aux arts et aux autres disciplines – un objectif que pourrait promouvoir le GER par des co-parrainages. La fréquence accrue des projets de collaboration internationale auxquels participent des artistes et des organismes à vocation artistique, les rôles interventionnistes ou activistes que jouent les artistes dans des pays étrangers et/ou la réalité sans frontière des disciplines liées au cinéma et aux médias nouveaux viennent souligner l’importance d’une évaluation interculturelle et interdisciplinaire de l’éthique qui s’appuie sur une compréhension intime des pratiques en matière d’éthique convenant à la pratique créative au niveau national et international, de préférence à une interprétation essentiellement locale de l’EPTC par des non-spécialistes siégeant à un CÉR. Pour que les chercheurs-créateurs soient bien servis, il faut apporter des modifications à l’EPTC et à ses modalités de mise en œuvre au niveau du CÉR, mais il faut aussi espérer que de tels documents inciteront les artistes eux-mêmes à s’associer plus étroitement à leurs collègues des autres disciplines pour aborder les questions entourant le traitement éthique des sujets humains.

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8. QUESTIONS ET ENJEUX À EXAMINER

8.1. Le rôle et la nature de l’EPTC en regard de la pratique créative
Les membres du corps professoral, les artistes et les étudiants à titre individuel, ainsi que des entités telles que les facultés et les collèges, les CÉR, les bureaux de la recherche et les organisations artistiques et professionnelles sont invités à commenter les enjeux et les solutions possibles décrits dans ce document. Même si nous demeurons intéressés à connaître les difficultés que rencontrent les chercheurs-créateurs dans l’application de l’EPTC, les résultats de l’enquête du CTSH, résumés ici, démontrent assez clairement que, dans sa version actuelle, l’EPTC pose de sérieux problèmes aux chercheurs des disciplines des arts. Par conséquent, dans le cadre de ce rapport, nous invitons les répondants à se pencher sur des solutions constructives pour résoudre ces difficultés. La question la plus importante est la mesure dans laquelle la recherche intégrant la pratique créative devrait être encadrée par l’EPTC.

Si elle ne doit pas être encadrée par l’EPTC, quelle sont les raisons impérieuses pour lesquelles ce domaine particulier de la recherche impliquant des sujets humains devrait être exempté de l’évaluation éthique prévue dans la politique fédérale? Quelles lignes directrices et mécanismes de rechange ont été ou pourraient être mis en place pour que les chercheurs soient libres d’explorer la vision esthétique, les perspectives humaines et la critique sociale contemporaine, qui sont autant d’éléments d’une pratique artistique dynamique, tout en respectant les droits et la dignité des sujets participant à leur recherche?

Malgré que des répondants estiment que la recherche intégrant la pratique créative ne devrait pas être régie par l’EPTC, il serait être utile qu'ils examinent la question suivante : De quelle façon faudrait-il modifier l’EPTC pour favoriser au mieux, dans les disciplines artistiques, une recherche féconde guidée par des considérations d’éthique appropriées? En particulier, il y a deux approches possibles à cette révision auxquelles les répondants pourraient réfléchir. D’un côté, la version actuelle de l’EPTC pourrait être révisée en détail, section par section, pour mieux refléter la nature de la pratique créative et ses préoccupations particulières sur le plan de l’éthique. Cela pourrait englober l’inclusion d’exemples plus précis ayant trait à la pratique créative, ainsi que des modifications et ajouts pour mieux aligner l’EPTC sur les attentes propres aux disciplines des arts. Alternativement, on pourrait simplifier l’EPTC pour en faire un énoncé de principes généraux applicables à toutes les disciplines, accompagné de chapitres ou d’annexes pour baliser les meilleurs pratiques dans des disciplines particulières. Cela exigerait une reformulation des principes de base pour les rendre plus pertinents aux disciplines des arts, tout en permettant d’ajouter à l’EPTC un chapitre distinct pour mieux guider les chercheurs et les CÉR dans l’application de ces principes à la recherche intégrant une pratiques créative.

8.2. Révisions ciblées à l’EPTC
Si l’on opte pour une révision détaillée, section par section, de l’EPTC afin de mieux l’adapter au monde des arts, quels changements spécifiques seraient requis pour que l’EPTC traduise plus fidèlement les pratiques et les attentes en matière d’éthique qui conviennent à la recherche intégrant une pratique créative? Ainsi, quelles modifications pourraient être apportées à la définition et à la conception de la recherche dans l’EPTC, ou à la conception des sujets ou des participants à la recherche? Comment faudrait-il modifier les principes éthiques directeurs? Comment faudrait-il modifier les prescriptions relatives au consentement libre et éclairé, à la protection de la vie privée et à la confidentialité des données, aux conflits d’intérêts, à l’inclusion dans la recherche ou à la recherche avec les peuples autochtones pour mieux servir les chercheurs-créateurs et les participants à leur recherche? Quelles autres préoccupations et questions éthiques touchant aux participants à une recherche qui intègre une pratique créative devraient être abordées dans l’EPTC pour qu’il fasse une plus large place aux principaux enjeux éthiques dans la perspective des arts?

8.3. Ajouts ou suppléments à l’EPTC
Par ailleurs, quels seraient les éléments clés d’un ensemble de lignes directrices en matière d’éthique élaborées expressément pour les chercheurs-créateurs, lesquelles pourraient faire l’objet soit d’un supplément à l’EPTC soit d’un document distinct destiné aux artistes des établissements d’enseignement postsecondaire et de l’extérieur? Existe-t-il des lignes directrices sur l’éthique qui s’appliquent expressément aux disciplines des arts ou à d’autres disciplines de recherche pouvant servir de modèle ou fournir des éléments utiles à l’élaboration d’un ensemble de lignes directrices en matière d’éthique s’appliquant de façon générale à la recherche qui intègre une pratique créative? Si la solution idéale consiste à produire un document distinct, sous les auspices de quel organisme (faculté, organisation artistique professionnelle, Conseil des arts du Canada, organisme transdisciplinaire tel que l’Association canadienne des doyens des beaux-arts) ce document devrait-il être élaboré?

8.4. Mise en œuvre de l’EPTC et les CÉR
Étant donné la nature de la rétroaction reçue à l’enquête de 2006, il est clair que même si l’EPTC était révisé, il pourrait subsister de sérieuses difficultés dans certaines institutions quant à son application au niveau local. La seconde question importante est donc la suivante : Comment devrait-on résoudre les difficultés que pose l’application de l’EPTC? Ici également, il y a diverses options à envisager. Au palier fédéral, les modalités d’évaluation décrites dans l’EPTC pourraient être révisées, par exemple pour insister sur la possibilité d’avoir plus d’un CÉR au niveau local lorsque l’évaluation d’une demande requiert une expertise spécialisée, ou pour exiger d’avoir accès à une expertise appropriée à la discipline d’une demande lorsqu’il n’y a qu’un seul CÉR. Une autre option serait d’élargir le mandat du GER pour lui confier une responsabilité accrue en ce qui a trait à la cohérence de l’interprétation et des procédures d’application au pays, et d’envisager la possibilité de faire appel auprès du GER pour des motifs de procédure ou dans les cas où ses interprétations peuvent établir un précédent, etc. Plus simplement, le GER pourrait élaborer du matériel didactique ciblé pour les chercheurs-créateurs et les CÉR qui doivent évaluer des demandes dans des domaines où l’interprétation est particulièrement difficile. Ce matériel pourrait prendre la forme de didacticiels diffusés en ligne et d’autres interprétations de l’EPTC sur les questions entourant la recherche axée sur les arts.

Au niveau de l’Association canadienne des doyens des beaux-arts, on pourrait tenter d’élaborer des lignes directrices en matière d’éthique pour la recherche intégrant une pratique créative, conçues peut-être comme un prolongement ou une interprétation de l’EPTC visant expressément les arts. On pourrait aussi envisager des lignes directrices plus générales sur l’éthique élaborées indépendamment de l’EPTC, mais en diffusant les deux ensembles de lignes directrices auprès des CÉR partout au pays pour les guider dans l’évaluation des demandes venant du domaine des arts.

Au niveau local, les options qui s’offrent pour aplanir les difficultés d’interprétation de la recherche axée sur les arts dans le contexte de l’EPTC englobent la création d’un plus grand nombre de CÉR distincts dans les facultés, les collèges et les écoles où l’on retrouve des disciplines artistiques, lesquels pourraient favoriser un intérêt accru pour les questions d’éthique et une meilleure expertise dans ces domaines. Peu importe que l’on crée un CÉR distinct pour les arts, l’élaboration de formulaires, de procédures et de lignes directrices appropriés à la recherche intégrant une pratique créative serait une autre façon d’améliorer l’application de l’EPTC à ces recherches. Des CÉR ayant une composition plus inclusive, ainsi qu’une plus grande souplesse de la part des CÉR existants quant aux délais et aux prescriptions est une autre possibilité à envisager.

8.5. Encourager la recherche et le débat sur l’éthique et de l’esthétique
Comment le GER et les disciplines des arts en général peuvent-ils faciliter un débat et une réflexion transdisciplinaires continus sur le thème de l’éthique de la recherche axée sur les arts avec des participants humains?

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9. TRAVAUX CITÉS

« Aesthetics and Ethics in Community Arts Projects » www.alloneword.ca

« Controversial Video to Be Released across Canada », CAUT Bulletin, novembre 2005, p. A5.

Cooper, Sarah (2006). Selfless Cinema? Ethics and French Documentary. Research Monographs in French Studies, vol. 20. Londres, Modern Humanities Research Association and Maney Publishing.

Etchells, Tim (1999). Certain Fragments: Contemporary Performance and Forced Entertainment. Londres, Routledge.

Pour que tous puissent s’exprimer (2004). Rapport du Comité de travail spécial de l’éthique de la recherche en sciences humaines au Groupe consultatif interagences en éthique de la recherche. Ottawa, Ontario.

Lawrenson, Ilean (1999). « Anthropologizing Musical Performance: The Quest for a Rapprochement of Classical Music Production and Practice », thèse de maîtrise. Université Western Ontario.

Marranca, Bonnie (2005). « Performance and Ethics: Questions for the 21st Century », PAJ – A Journal of Performance and Art, 27:1:79, pp. 36-54.

McEvoy, (2006). « Finding the Balance: Writing and Performing Ethics in Théâtre du Soleil’s ‘Le Dernier Caravansérail’(2003) », New Theatre Quarterly, 22:3:87, p. 211-226.

Mienczakowski, Jim (1999). « Emerging Forms: Comments upon Johnny Saldana’s “Ethical Issues in an Ethnographic Performance Text: The ‘Dramatic Impact’ of ‘Juicy Stuff’” », Research in Drama Education, vol .4, no 1, p. 97-100.

Nead, Lynda (1997). The Female Nude: Art, Obscenity and Sexuality. Londres, Routledge.

Nicholson, Helen (1999). « Research as Confession », Research in Drama Education, vol. 4, no 1, p. 100-103.

Nisker, Jeff et Abdallad S. Daar (2005). « Moral Presentation of Genetics-based Narratives for Public Understanding of Genetic Science and Its Implications », Public Understanding of Science, vol. 14, p. 1-11.

Roe, Gordon (1995). « An Ethnography of Artists’ Models », thèse de maîtrise. Université Western Ontario.

Saldana, Johnny (1998). « Ethical Issues in an Ethnographic Performance Text: The ‘Dramatic Impact’ of ‘Juicy Stuff’ », Research in Drama Education, vol. 3, no 2, p. 181-196.

Énoncé de politique des trois Conseils : Éthique de la recherche avec des êtres humains. Éd. 2005.

Watson, Mary Ann (2004). « Introduction: Ethics in Entertainment Television », Journal of Popular Film & Television, vol. 31, no 4, p. 146-148.

Wheeler, Thomas H. (2002). Phototruth or Photofiction? Ethics and Media Imagery in the Digital Age. Londres, Lawrence Erlbaum Associates.

Young, Sandra (2005). « Beyond ‘Hot Lips’ and ‘Big Nurse’: Creative Writing and Nursing », Composition Studies, vol. 33, no 1, p. 75-91.

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ANNEXE A : ENQUÊTE SUR LA RECHERCHE-CRÉATION DU CTSH DU GER : DU 21 AVRIL AU 10 JUIN 2006

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  1. http://pre.ethics.gc.ca/français/fasurvey/index.cfm
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  2. Pour une brève analyse de la façon dont les étudiants sont invités à réfléchir à la dimension politique de la relation artiste-modèle, voir Nead, 1997, p. 54.
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  3. L’énoncé peut-être le plus simple et le plus clair à ce sujet provient d’un artiste cité dans le résumé du compte-rendu d’une conférence financée par le Conseil des arts du Canada et organisée à Québec sous le thème Esthétique et éthique dans les projets d’art communautaires. L’artiste faisait valoir que « nous devons garder à l’esprit que nous créons avec des gens et non avec du matériel humain ! Pour ma part, l’éthique est plus importante que l’esthétique. » (www.alloneword.ca) [trad.]
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  4. Cette perception voulant que la photographie soit automatiquement un véhicule de réalisme, d’une « façon particulièrement directe et immédiate » en comparaison d’autres médias artistiques est une idée fausse assez répandue. Pour une analyse de cette question en ce qu’elle touche à la pornographie et à la censure de la pratique artistique, voir Nead, 1997, p. 52, 97.
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  5. La comédie musicale à succès Rent et la contribution relative du dramaturge qui a travaillé au spectacle ont donné lieu à des actions en justice; ce dernier a obtenu gain de cause en faisant valoir ses droits à l’égard de l’œuvre créée. Dans un incident tout aussi célèbre mettant en cause un documentaire français qui a connu beaucoup de succès (Être et avoir, 2002), le personnage central du documentaire a intenté une action en justice (qu’il n’a pas remporté) en vue d’obtenir une part des bénéfices et une protection contre l’utilisation de son image. (Cooper, 2006, p. 2-3)
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  6. Cela semble s’appliquer à la fois aux exercices pédagogiques englobant la recherche/création et aux projets de recherche indépendants des étudiants des programmes spécialisés ou des cycles supérieurs. Un répondant a énuméré les exemples suivants : « un projet de documentaire d’un étudiant portant sur des personnes qui avaient utilisé le cristal meth et qui voulaient participer volontairement au film » ; « des étudiants qui voulaient utiliser des techniques de spectacle dans un espace public pour obtenir la réaction d’un auditoire prêt à collaborer »; « la production de documentaires dans des espaces publics où des formulaires de consentement ne pouvaient être remplis par les ‘sujets’ de la recherche ».
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  7. Le pouvoir de persuasion d’une forme d’art médiatique comme la vidéo et le documentaire s’est révélé particulièrement intéressant pour les chercheurs voulant diffuser un contenu controversé auprès d’un vaste public – et de la même manière difficile à contrôler ou à contrer pour les administrateurs des universités et les parties adverses. Dans le cas de Seeds of Change, un documentaire traitant des effets de la technologie transgénique, les demandes faites par l’Université du Manitoba pour examiner les formulaires de consentement signés par les personnes dont les entrevues étaient diffusées dans le film ont été l’un des moyens employés par l’institution pour bloquer la vidéo controversée. (Voir « Controversial Video », 2005, p. A5)
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  8. L’étude de la réaction de l’auditoire est un domaine où les préoccupations éthiques semblent avoir reçu au moins une certaine attention dans toutes les disciplines artistiques. La capacité d’observer l’auditoire et ses réactions en situation réelle est importante non seulement pour l’analyse scientifique de la manipulation des spectateurs dans le contexte de rituels de victimisation, de voyeurisme, de témoignages, etc., mais aussi pour étudier la nature fondamentale de la production artistique postmoderne. Voir Etchells, 1999.
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  9. Ce projet, basé à l’Université de Toronto et lié au projet de registre de la dramaturgie anglaise ancienne, a récemment obtenu un financement du CRSH. Voir www.reed.utoronto.ca/QueensMen/index.html.
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Mise à jour: 2008-02-08 Haut de la page Avis importants