|
|
|||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
|
ÉLARGIR LE SPECTRE : du Mai 2007 Membres Membres d’office Secrétariat en éthique de la recherche Le contenu et les opinions exprimées dans ce document sont ceux des membres du CTSH, qui les ont élaborés en vue de les soumettre à l’examen du Groupe consultatif interagences en éthique de la recherche. Ils ne correspondent pas nécessairement aux opinions ou à la politique du Groupe ou du Secrétariat. On peut rejoindre le CTSH à : 2. LA PLACE DE L’ARTISTE DANS LE RÉSEAU DE LA RECHERCHE AU CANADA
4. LA PRATIQUE CRÉATIVE DANS LE CADRE ÉTHIQUE AXÉ SUR LES SUJETS DE L’EPTC
6. PRÉOCCUPATIONS FACE AUX HYPOTHÈSES DE BASE DE L’EPTC
8. QUESTIONS ET ENJEUX À EXAMINER
Mandat, processus et objectifs Le présent document fait rapport sur les résultats de cette consultation et présente une série de questions visant à faire progresser le processus vers la prochaine étape en précisant comment certaines de ces préoccupations pourraient être abordées tant au niveau du GER, au moment où il s’apprête à réviser l’EPTC, qu’à d’autres paliers locaux ou nationaux. Le document s’adresse à un vaste auditoire d’universitaires et d’artistes en reconnaissance du fait que la recherche centrée sur la pratique créative est intégrée à d’autres disciplines hors des arts et du fait que des modifications à l’EPTC en vue de faire une place plus appropriée aux arts pourraient avoir des conséquences pour les chercheurs d’autres disciplines et les artistes indépendants œuvrant en-dehors du milieu universitaire. Le chercheur-créateur en milieu universitaire et la pratique créative en tant que recherche Les préoccupations complexes des chercheurs-créateurs face à l’éthique axée sur les sujets La recherche axée sur les arts et les hypothèses de base de l’EPTC
Stratégies possibles pour traiter de ces préoccupations 1.1. Mandat et approche Ce qui suit représente donc la poursuite du dialogue engagé avec Pour que tous puissent s’exprimer, en accordant une attention particulière à la recherche intégrant la pratique créative. Sa substance découle des réponses à une enquête1 menée par le GER entre le 21 avril et le 10 juin 2006 et de la rétroaction reçue au fil des consultations tenues lors des réunions de l’Association canadienne des doyens des beaux-arts et de l’Association canadienne des comités d’éthique de la recherche, d’autres commentaires reçus de particuliers et de groupes de chercheurs associés aux arts ou à l’enseignement des arts, d’organismes et d’institutions publics voués aux arts et d’artistes indépendants. Le rapport s’inspire aussi de l’abondante documentation imprimée et électronique traitant des questions d’éthique, des préoccupations, des lignes directrices et des pratiques intéressant les chercheurs engagés dans une pratique créative dans une vaste gamme de disciplines comme le théâtre, la musique, la danse, le cinéma, les arts visuels, les nouveaux médias, la création littéraire, l’esthétique, l’éducation, les lettres françaises, la sociologie, l’anthropologie, le journalisme, la génétique et les soins infirmiers. 1.2. Objectifs et structure Bien que ce rapport soit un peu plus long que la plupart des documents de consultation du GER, il importait de rationaliser à la fois le calendrier et le nombre de documents publiés afin de donner à la communauté des arts l’occasion de participer pleinement à la révision prévue de l’EPTC. Un sentiment d’urgence entoure la nécessité de répondre aux préoccupations exprimées lors de l’enquête et il y a une tolérance limitée à l’égard de tout processus de consultation qui se prolonge. Ainsi, la publication d’un seul document, plus long, a été jugé préférable à la publication d’une série de textes plus brefs. Le rapport se divise en neuf sections qui correspondent à ses objectifs. Pour les chercheurs des disciplines se situant en-dehors du domaine des arts, les sections 2 et 3 revêtent une importance particulière parce qu’elles établissent une compréhension commune de la nature de la recherche entreprise par les artistes qui exercent leur pratique artistique au sein d’établissements d’enseignement postsecondaire et sous les auspices des organismes fédéraux qui subventionnent la recherche. La quatrième section continue de mettre l’accent sur la définition des termes, en accordant une attention spéciale aux difficultés qui se posent parfois dans la recherche axée sur les arts pour identifier les « sujets de la recherche » ou les « participants à la recherche », tels que décrits par l’EPTC. La cinquième section fait ressortir les préoccupations éthiques fondamentales des artistes évoluant en milieu universitaire, dont certaines ne sont pas abordées, ou sont examinées de façon inadéquate, dans la version actuelle de l’EPTC. La sixième section, la plus volumineuse, présente quatorze domaines où les hypothèses de base et les attentes fondamentales énoncées dans la version actuelle de l’EPTC engendrent de sérieuses difficultés pour les chercheurs-créateurs dont le travail est guidé par les pratiques d’éthique conventionnelles de leur discipline – pour ne pas mentionner les comités d’éthique de la recherche (CÉR) qui ont le mandat d’examiner leurs demandes. Enfin, les sections 7 et 8 portent sur les stratégies découlant de l’enquête qui pourraient permettre de relever les défis posés par l’EPTC et sa mise en œuvre au niveau local, accompagnées d’une série de questions visant à favoriser la poursuite du débat et à obtenir une rétroaction plus précise sur les solutions possibles. La neuvième section renferme une liste des ouvrages cités. 1.3. Auditoire cible Enfin, nous espérons que ce dialogue permettra aussi à des artistes indépendants de participer à l’examen des questions d’éthique et des pratiques qui importent à diverses disciplines artistiques. La plupart des jeunes ou nouveaux artistes émergeant au Canada sont formés dans des établissements d’enseignement postsecondaire sous la direction d’artistes affiliés au milieu universitaire. Les lignes directrices en matière d’éthique qui s’appliqueront aux étudiants et à leurs professeurs pourront avoir des répercussions profondes sur l’avenir de la culture au Canada. Après leurs études, les artistes indépendants qui poursuivront une recherche créative hors de l’université pourraient ne pas être assujettis à un examen éthique de la même façon que leurs collègues universitaires. Cependant, ils pourraient être appelés à collaborer avec des artistes du milieu universitaire ou être en concurrence avec eux pour obtenir des fonds et acquérir une notoriété auprès des organismes artistiques, comme les galeries d’art et les théâtres, et les lignes directrices en matière d’éthique énoncées dans l’EPTC auront inévitablement des conséquences pour eux.
2.1. Le chercheur-créateur dans les établissements d’enseignement postsecondaire au Canada 2.2. Le chercheur-créateur et les organismes de financement de la recherche 2.3. Le chercheur-créateur et les lignes directrices sur l’éthique de la recherche 3.1. Définir la pratique créative 3.2. Définir la pratique créative en tant que recherche Une définition de la recherche qui pourrait être plus facilement acceptée par les artistes affiliés à une université a été produite lors d’un exercice d’évaluation de la recherche mené en 2001 au Royaume-Uni. La recherche y a été définie ainsi :
Plus près de nous, dans sa publication Research Overview, l’Université de la Colombie-Britannique traite directement d’une préoccupation courante des artistes et des autres chercheurs lorsque la pratique créative est appelée de la « recherche ». Plutôt que de voir dans les connotations avec la « recherche » une forme d’abaissement ou de dénigrement de la pratique créative, la définition de l’Université écarte toute fausse dichotomie entre « la quête du progrès de la connaissance » et le « désir proprement humain d’être créateur_» :
Comme à l’Université de la Colombie-Britannique, on peut s’attendre à ce que dans les établissements d’enseignement postsecondaire au Canada, la production artistique et la pratique créative soient encadrées, évaluées et financées comme de la recherche. 3.3. Comprendre les étapes du processus de création en tant que recherche Le processus par lequel émergent ces « produits » de la création suppose habituellement des éléments de recherche qui ressemblent dans leurs grandes lignes à ceux des autres disciplines. Le programme de Recherche-création du CRSH définit clairement le critère en fonction duquel la recherche constitue « un élément essentiel » du processus de création et qu’elle se caractérise par « des questions claires, …dans un contexte théorique au sein d’un domaine littéraire ou artistique pertinent et présenter une approche méthodologique bien réfléchie. » Même si de nombreux artistes affiliés à une université pourraient ne pas employer une telle terminologie pour décrire ces aspects de leur processus de recherche, la plupart se préoccupent de ces questions dans leur pratique créative. Ainsi, la peintre Eleanor Bond est très intéressée au langage visuel de la peinture, mais elle note que son travail a toujours été motivé par des idées :
Ce genre de recherche et d’investigation sera familier aux chercheurs de nombreuses disciplines, mais il faut bien comprendre que la recherche dans les arts embrasse toutes les phases du processus de création : de la recherche fondamentale d’un sujet à la formulation des questions de recherche, d’une hypothèse et d’une approche conceptuelle particulière et/ou d’un processus ou d’une forme d’expression artistique générée de manière organique, jusqu’à l’expérimentation créative. Au niveau de la méthode et de l’approche, l’expérimentation créative ressemble à celle d’un spécialiste de la littérature qui doit analyser et assimiler de nombreux textes afin d’en tirer des intuitions interprétatives. Au niveau du processus de collaboration et des exigences technologiques et spatiales, il ressemble beaucoup au travail d’un scientifique en laboratoire. Ainsi, un danseur fera des expériences chorégraphiques en atelier comme moyen d’explorer ses préoccupations conceptuelles et ses questions de recherche. Afin de comprendre et d’explorer une fascination fondamentale pour le vol, il pourra travailler avec un groupe de jeunes enfants pour les amener à exprimer physiquement leurs attitudes et leurs impressions face au vol. Parallèlement, il pourra travailler avec des artistes du son et des nouveaux médias en vue de créer un environnement scénique qui donnera à l’auditoire l’impression d’un simulateur de vol. Ce processus de création par essais et erreurs pourrait aboutir à un spectacle de danse qui refléterait les intuitions ainsi acquises et qui ferait probablement surgir d’autres questions à étudier par la démarche créative. Le spectacle est lié au processus savant de la diffusion, mais il constitue aussi une autre étape dans le cycle de la recherche. Les réactions de l’auditoire peuvent effectivement fournir des informations supplémentaires et soulever des questions qui, elles-mêmes, peuvent mener à une exploration chorégraphique. Si, comme il arrive assez souvent de nos jours, le spectacle de danse devait évoluer vers un environnement virtuel afin de permettre à l’auditoire d’entrer en interaction avec l’expérience et de la modifier de façon substantielle, l’enregistrement de cette interaction avec les participants permettrait au danseur d’explorer d’autres dimensions de la recherche au-delà du spectacle comme tel. 4. LA PRATIQUE CRÉATIVE DANS LE CADRE ÉTHIQUE AXÉ SUR LES SUJETS DE L’EPTC 4.1. L’impératif moral du respect de la dignité humaine Cela est particulièrement compréhensible à la lumière du fait que leur propre vie et leur expérience constituent pour de nombreux artistes leur ressource la plus précieuse et la plus accessible dans leur travail. Comme nous l’indiquons dans la section suivante sur le consentement, la dimension autobiographique de la pratique créative peut présenter des défis pour les personnes intimement liées au vécu d’un artiste mais, de façon générale, les chercheurs-créateurs entreprennent habituellement les recherches qu’ils considèrent utiles pour des groupes particuliers et l’ensemble de la société, sinon pour des sujets de recherche spécifiques. Peu d’artistes remettraient en question ce que l’EPTC décrit comme les composantes éthiques essentielles de la recherche impliquant des sujets humains : « 1) sélectionner et chercher à atteindre des buts moralement admissibles et 2) se donner les moyens moralement admissibles d’atteindre ces buts ». (p. i.4) En fait, une bonne partie du travail artistique est motivé par l’exploration de ces impératifs moraux. Mais souvent, de telles explorations – comme dans le cas de Good, de C.P. Taylor, de Major Barbara ou Heartbreak House, de George Bernard Shaw, et, plus récemment, de Number, de Caryl Churchill (qui réfléchit à l’éthique du génie génétique et du clonage) – révèlent l’importante variation des définitions de ce qui est « moralement admissible » telles qu’appliquées au fil du temps et dans des contextes culturels donnés. C’est lorsque l’EPTC tente de traduire cet impératif moral en Principes éthiques directeurs et qu’il élabore sur les conséquences de ces principes que les artistes commencent à exprimer des préoccupations au sujet des hypothèses, de la teneur et des répercussions du document. 4.2. Une perspective centrée sur les sujets En décrivant l’un des rares exemples tirés du domaine des arts, la section D de l’Introduction à l’EPTC met en lumière la collaboration qui caractérise souvent les relations entre les sujets et les chercheurs en sciences humaines. L’ouvrage affirme ainsi « qu’il serait difficile d’étudier la façon dont telle compagnie théâtrale aborde une pièce sans obtenir la participation de cette compagnie. » (p. i.7) Bien que, dans cet exemple, les artistes interviennent comme participants à la recherche, le choix de cette forme de collaboration artistique est fortuit parce qu’il souligne le fait que tant les pratiques des chercheurs-créateurs que les relations entre les chercheurs et leurs sujets dans les recherches axées sur les arts – notamment les arts d’interprétation et la pratique artistique en milieu communautaire – ont tendance à être marquées avant tout par la collaboration. Les sujets de la recherche peuvent faire une contribution importante à la conception évolutive d’un projet de recherche, à l’élaboration des questions de recherche, à la forme créative de l’exploration artistique, à sa diffusion publique, etc. Si le cadre de l’EPTC reconnaît clairement ce genre de relations entre le chercheur et les sujets, les sections subséquentes sur le consentement, les personnes vulnérables, la protection de la vie privée et la confidentialité des données, etc. semblent avoir donné lieu à des perceptions différentes parmi certains chercheurs du domaine des arts :
Ce que l’on semble vouloir dire ici est que les procédures de mise en œuvre des lignes directrices en matière d’éthique de l’EPTC pourraient en fait décourager plutôt que de favoriser une relation de collaboration, centrée sur les sujets, entre le chercheur et les sujets de la recherche, pour des raisons qui seront examinées plus en détail dans les sections traitant du consentement, des personnes vulnérables, de la protection de la vie privée et de la confidentialité des données. En outre, l’EPTC semble supposer qu’il est toujours facile de faire la distinction entre les chercheurs qui font partie de l’équipe de recherche et les sujets de la recherche (ou participants à la recherche), qui pourraient jouer un rôle de collaboration dans le cadre du projet de recherche. Cependant, les demandes de renseignement présentées aux services d’interprétation du GER et affichées sur les serveurs de listes des universités semblent indiquer que c’est l’une des questions les plus épineuses touchant les chercheurs-créateurs et les CÉR. Si nous prenons l’exemple des modèles nus, ceux-ci sont-ils considérés comme des sujets de recherche par les chercheurs-créateurs et, d’ailleurs, devraient-ils l’être? Ou sont-ils l’équivalent d’assistants de recherche qui sont rémunérés pour contribuer à l’évolution d’un projet de recherche, mais non les sujets véritables de la recherche? Un CÉR a établi que dans le contexte de la photographie et des autres arts médiatiques, les modèles nus doivent être considérés comme des sujets de recherche, souvent exposés à un risque plus que minimal, alors que pour le dessin aux traits même détaillés, les modèles nus pourraient entrer dans la catégorie des assistants de recherche rémunérés, qui ne courent aucun risque.4. Inutile de dire qu’au 21e siècle, les artistes qui passent librement d’une forme d’art conventionnelle aux nouveaux médias dans une perspective à la fois créative et conceptuelle jugent cette distinction naïve, mal informée et dépourvue de logique. Même dans un domaine comme le journalisme, où la photographie a toujours été considérée comme un instrument de vérité, de réalisme et de crédibilité, la nature problématique de telles hypothèses à l’ère numérique a été clairement reconnue (Wheeler, 2002). On peut penser que le CÉR a considéré le dessin comme une forme d’art plus « créative » que la photographie ou la vidéo, c’est-à-dire un média dans lequel l’artiste peut produire un « autre artistique » qui remplace le modèle nu comme sujet réel de la recherche. L’hypothèse que l’on fait est que de nombreux chercheurs-créateurs ne sont pas tant préoccupés par le sujet humain que par la production d’ « un autre » issu du processus de création, inspiré aussi par l’imagination, le cadre conceptuel de la recherche, le contexte personnel, social et culturel de l’artiste, etc. Un répondant à l’enquête a exprimé cette perception dans l’optique des créateurs littéraires :
Des perceptions semblables émanent de la recherche centrée sur le spectacle. Les acteurs (étudiants ou professionnels) doivent-ils être considérés comme des sujets de recherche ou l’équivalent d’assistants de recherche ? Dans tout projet de recherche, ils joueraient un important rôle de collaboration, mais les questions touchant au remboursement, à la vulnérabilité relative, au consentement et à la protection de la vie privée se posent de façon assez différente selon l’évolution de leur rôle dans le cadre du projet de recherche. Tout au long de leur carrière, les acteurs mettent beaucoup de temps et d’effort à maîtriser les méthodes, les techniques et les processus qui leur permettent d’utiliser leur corps et leur voix pour projeter, imiter et/ou habiter un personnage fictif qui n’est pas eux-mêmes. En dépit des affirmations faites dans les médias, les journaux à sensation et les communiqués de presse par des personnes qui cherchent à se donner une identité publique à l’image de ces personnages, la pratique créative des acteurs ne consiste pas à jouer leur propre rôle. Les acteurs ne devraient donc pas automatiquement être considérés comme des sujets de recherche lorsqu’ils jouent un rôle. Une méthode couramment employée par les réalisateurs lorsqu’ils travaillent avec un acteur pour bâtir un personnage est de les encourager à puiser dans leur expérience personnelle lors des répétitions. Beaucoup de réalisateurs affirmeraient que la façon dont cette méthode professionnelle est habituellement employée n’a pas pour effet de transformer les acteurs en sujets de recherche, mais des éléments tels que l’approche, les objectifs, les questions de recherche, etc. du réalisateur auront manifestement un impact sur ce plan.
5.1. Désaccords entre chercheurs et participants à la recherche et propriété
Dans les rapports de collaboration et de participation entre chercheurs et sujets, où les valeurs esthétiques, les questions de recherche et les pratiques éthiques évoluent et se négocient constamment, il y a un risque élevé de désaccord, mais la notion de retrait est difficile à appliquer dans un contexte où le chercheur et le participant sont réellement des collaborateurs. Comme l’a fait remarquer un répondant à l’enquête, cela est particulièrement vrai dans la production artistique collective ou communautaire :
Alors que la section qui suit souligne les difficultés rencontrées par les chercheurs-créateurs et les participants à la recherche, à qui on impose de produire un consentement formel par écrit, les actions en justice qui défraient la manchette depuis quelque temps, quand des collaborateurs ont tenté d’obtenir la propriété intellectuelle et artistique sur des œuvres d’art, incitent à penser que la documentation (non nécessairement les textes officiels) qui définit des éléments tels que la propriété du produit issu de la création et les avantages financiers découlant de la recherche, les responsabilités pour les décisions d’ordre esthétique, les objectifs communs, etc., pourrait constituer un mécanisme important en vue de maintenir une saine relation centrée sur les sujets entre le chercheur-créateur et les participants à la recherche5. Compte tenu de l’importance pour les artistes et la pratique artistique en général des principes à la base de la législation sur le droit d’auteur, les chercheurs-créateurs qui veulent promouvoir de saines relations éthiques avec les participants à leur recherche doivent protéger leur droit de propriété sur les œuvres d’art qu’ils peuvent avoir créées. Cela s’appliquerait aux étudiants, aux professionnels ainsi qu’aux amateurs :
5.2. Appropriation culturelle Une des orientations majeures de la pratique artistique contemporaine est d’explorer le dialogue intertextuel à travers l’histoire, les divers médias artistiques et les diverses cultures. Quand l’utilisation d’une image propre à une culture constitue-t-elle un vol et quand constitue-t-elle une recherche et une création artistique d’avant-garde? Dans quelle mesure le recours par un chercheur-créateur à un média artistique (comme la vidéo ou la télévision) ou à une pratique artistique (comme les formes théâtrales occidentales) étrangère à une culture autochtone menacée est-elle justifiée? Dans quelle mesure un réalisateur non autochtone peut-il produire une pièce écrite par un auteur dramatique autochtone en faisant appel à des acteurs non autochtones qui prendront la voix de personnages autochtones? Si le travail du comité du GER mandaté pour réviser la partie de l’EPTC encadrant la recherche avec les peuples autochtones fournit des modèles éthiques qui pourraient s’appliquer de façon plus générale lorsque d’autres collectivités ou groupes ethnoculturels interviennent, il est particulièrement important pour les chercheurs-créateurs – autochtones et non autochtones – de faire connaître leur point de vue sur les considérations et pratiques éthiques appropriées dans ce domaine.
6.1. Le modèle de la recherche quantitative À un niveau, le défi est d’ouvrir davantage le document à la recherche axée sur les arts – dans son libellé, sa terminologie et les exemples qu’il utilise. Des répondants ont demandé expressément que l’EPTC renferme une section distincte ou un énoncé de politique distinct pour encadrer l’évaluation éthique de la recherche intégrant la pratique créative. Sur un plan plus fondamental, toutefois, les objections exprimées à l’encontre de l’évaluation éthique et son effet néfaste découlent du fait que le document ne tient pas compte adéquatement des méthodologies et des modèles de recherche émergents qui occupent une place stratégique dans la recherche en art et dans les sciences humaines. Dans certains cas, des prescriptions qui pourraient convenir dans l’optique de la recherche médicale empirique et positiviste deviennent inconfortablement risibles lorsque vues dans la perspective de la recherche axée sur les arts. Une telle position est particulièrement accablante lorsqu’elle émane de l’élaboration des Principes éthiques directeurs, dans la section du document consacrée au Cadre éthique :
Pour un chercheur dont les travaux sont liés au domaine des arts, le nombre de sujets de recherche (élevé ou restreint) soulève rarement un problème, sauf peut-être dans le contexte des études consacrées aux réactions de l’auditoire où l’on devrait naturellement savoir que plus est grande la participation de l’auditoire à une exposition, un spectacle, un visionnement ou une œuvre diffusée en ligne, mieux cela vaut du point de vue de l’artiste. Il n’est donc pas étonnant que les répondants aient exprimé leur frustration devant le fait que « les lignes directrices ont été trop étroitement définies en tentant de traiter des problèmes parfois épineux que soulève la recherche biomédicale » (répondant à l’enquête), les rendant ainsi inflexibles devant des objectifs, des méthodologies et des approches de recherche passablement différentes :
On pourrait faire valoir que c’est l’interprétation des lignes directrices sur l’éthique faite par les CÉR qui pose problème ici (cette préoccupation réelle est abordée dans une section ultérieure), mais il est tout naturel que les CÉR s’inspirent d’un document qui, en dépit de son insistance à faire preuve de souplesse dans l’interprétation, articule des normes et énonce des hypothèses de base inspirées d’un modèle de recherche quantitatif. Comme l’a expliqué un répondant,
6.2. Un modèle de recherche émergente Toutes ces formes de recherche ont au moins une chose en commun – une approche essentiellement exploratoire ou émergente dans laquelle le processus, la méthodologie, les questions de recherche, ainsi que l’identité et la relation avec les sujets de la recherche évoluent de façon organique à mesure qu’avance le projet. La souplesse requise pour composer avec des événements imprévus ou ponctuels, ou des rencontres fortuites avec des personnes, des pratiques culturelles particulières ou des situations sociales ou politiques sont l’essence même d’une pratique artistique féconde. Bien que cela soulève certains problèmes dans le contexte actuel de l’EPTC, il est important de se rappeler que c’est cette souplesse qui permet au chercheur-créateur d’avoir des intuitions particulièrement innovatrices et d’acquérir une compréhension et « un savoir généralisable » pour faire une contribution à la recherche offrant des avantages pour la société dans son ensemble, comme l’évoque l’Introduction de l’EPTC. (p. i.4) Un répondant à l’enquête a exprimé la crainte que « dans son institution, la plupart des gens suivent les lignes directrices de l’EPTC, avec pour effet que la recherche dans certaines disciplines a connu un déclin important ou a changé de cap. » La plupart des chercheurs des disciplines artistiques soutiendraient que les directives actuelles sur les formulaires et les procédures d’évaluation éthique en vigueur au pays sont non seulement difficiles à respecter, mais indésirables dans l’optique des paradigmes de recherche émergents. Par conséquent, le document antérieur du CTSH sur la recherche qualitative devrait être considéré comme beaucoup plus pertinent aux méthodes de recherche de la vaste majorité des chercheurs-créateurs, mais nous ne tenterons pas de répéter cette réflexion ici. 6.3. Conséquences pour la recherche avec des étudiants et l’avenir de la culture canadienne Dans certains cas, les CÉR peuvent aussi bloquer des projets de recherche légitimes d’étudiants dans les disciplines artistiques6. D’autres étudiants et leurs enseignants ou superviseurs écartent tout simplement de leur champ disciplinaire certaines formes établies de recherche axée sur les arts parce que l’obtention de l’approbation des responsables de l’éthique exige trop de temps et est trop complexe. À titre d’exemple :
Dans ces circonstances, l’avenir de la discipline en cause, de la production artistique et de la capacité des chercheurs canadiens de faire une contribution significative au savoir et à la compréhension s’en trouve assombri. 6.4. Liberté universitaire et liberté artistique Les meilleurs artistes sont aussi motivés par un profond sentiment de responsabilité envers l’art lui-même, une recherche sans compromis de la vérité et de l’honnêteté dans leur démarche investigatrice et le fruit de leur création, ainsi qu’une détermination à faire en sorte que l’œuvre d’art rejoigne son auditoire d’une manière et dans un contexte qui enrichiront, au lieu de compromettre, les messages qu’elle véhicule. Comme de nombreux chercheurs des sciences humaines, les artistes s’attendent à jouir de la liberté de contester les normes, d’obliger la société à se voir elle-même et à percevoir plus clairement les enjeux qui lui importent, et de faciliter un partage de valeurs et de significations particulières. Contrairement à la plupart des chercheurs des sciences humaines, les artistes présentent souvent les résultats de leur recherche de façon très publique, et souvent à un niveau d’exécution tel qu’ils pourront transformer l’œuvre en un paratonnerre attirant les réactions imprévisibles du public. Dans bien des cas, c’est exactement le but visé : « Les arts se préoccupent du particulier et ont souvent, à dessein, un caractère perturbateur. Par conséquent, la quête artistique s’oriente habituellement vers le particulier et peut déranger. » (répondant à l’enquête) Même si cela donne des maux de tête aux administrateurs des universités et aux universitaires qui peuvent souhaiter que leurs collègues chercheurs-créateurs soient parfois plus discrets, la nature controversée ou l’impact sur le public d’un projet de recherche ne sont pas des questions entrant dans le champ des procédures d’évaluation régies par l’EPTC. Tout effort visant à entraver la recherche axée sur les arts pour ce seul motif serait en contravention des lignes directrices de l’EPTC et affaiblirait la capacité du chercheur de faire une contribution à la société sous la forme d’une recherche et d’un art plus dynamiques. 6.5. Perception de censure
Comme le souligne Pour que tous puissent s’exprimer, les chercheurs des disciplines artistiques « s’opposent depuis longtemps à toute forme de contrôle, perçu comme de la ‘censure’ ». (p. 10) S’ajoute à cela une politique perçue comme imposant un modèle biomédical de la recherche qui a peu à voir avec les modèles de recherche les plus courants dans les disciplines des arts, une section qui préconise l’évaluation par les pairs des projets qui dépassent le seuil du niveau minimal de risque (EPTC, 1.5), des formulaires de demande d’évaluation contenant des questions et une terminologie tout à fait étrangères à la plupart des disciplines artistiques et, souvent, un CÉR interdisciplinaire sans représentation des arts – voilà une recette propice à la confrontation dans le meilleur de cas et, peut-être même, la dénonciation de la « censure ». Il n’est pas étonnant que des chercheurs-créateurs aient fait état d’une certaine variabilité dans la fréquence à laquelle leurs collègues travaillant avec des sujets humains ont participé à une évaluation éthique. Ceux qui reçoivent une subvention du CRSH ne peuvent évidemment pas se soustraire à l’évaluation, mais si l’on veut que l’EPTC et les CÉR acquièrent et conservent le respect d’une large portion des chercheurs des disciplines artistiques, la politique doit indiquer clairement que le processus d’évaluation ne doit pas constituer une occasion pour porter des jugements sur les goûts du public, les considérations esthétiques, ou pour protéger une institution contre une mauvaise publicité éventuelle. Il y a certes eu des cas où des éléments du processus d’évaluation éthique semblent avoir été utilisés par les universités pour essayer d’imposer des conditions à la liberté universitaire de leurs professeurs.7 Il faut aussi examiner les préoccupations légitimes qui se posent au point de rencontre des droits des sujets humains et des droits des chercheurs-créateurs. Ainsi, un répondant s’est demandé : « Il se peut que des artistes critiquent certaines conditions humaines en les illustrant visuellement (ou d’autres façons); dans quelles circonstances s’agit-il de liberté universitaire et quand cela est-il considéré comme préjudiciable à d’autres? » L’EPTC offre présentement certains repères pour les travaux de recherche qui « peuvent, après mûre réflexion et en toute légitimité, aller à l’encontre des intérêts des sujets de recherche ». Comme pour la critique « des organisations ou des personnalités publiques… », « [D]e tels projets devraient bien sûr être réalisés suivant des normes professionnelles, mais ils ne devraient pas être écartés à la suite d’une analyse des avantages et des inconvénients ou sous prétexte que le chercheur ne collabore pas avec le sujet. » (p. i.7) Ailleurs, l’EPTC fait allusion à « certains types de recherche – notamment les biographies, la critique artistique ou la recherche sur les politiques » – et peut-être les œuvres de création telles que les expositions, les pièces, les films, les romans, etc. – qui
6.6. Préjudices c. avantages et évaluation proportionnelle Cependant, certains chercheurs voient dans l’approche élaborée dans les Principes éthiques directeurs de l’EPTC pour jauger les avantages et les inconvénients (p. i.6) une autre intervention de l’extérieur dans leur processus de recherche provenant des sciences biomédicales : « la prise en compte de la justice et de l’inclusion, des avantages et des inconvénients n’a souvent pas d’application … dans la recherche (axée sur les arts). Je n’ai jamais entendu parler d’un projet de recherche axé sur les arts qui ait menacé la vie ou qui ait même placé un sujet dans une situation préjudiciable. » En fait, la plupart de la recherche artistique avec des sujets humains pourrait probablement être considérée comme ayant un risque minimal et, dans le contexte de l’« évaluation proportionnelle », elle serait donc admissible à la procédure d’« évaluation accélérée » selon les critères énoncés à la section 1, paragraphe C.1 de l’EPTC :
Comme on peut présumer que le processus d’évaluation des critères d’érudition énoncé à l’article 1.5 vise à aider à déterminer les inconvénients et les avantages d’une recherche présentant un risque plus élevé, il semblerait alors approprié de modifier, comme suit, les alinéas 1.5 (c) et 1.5 (d) pour tenir compte de l’application limitée de cette section à la recherche dans le domaine des arts :
La réflexion qui suit au sujet de « la tradition en sciences humaines voulant que les chercheurs publient leurs résultats avant même de discuter avec leurs lecteurs et critiques des qualités de leurs travaux » s’applique tout autant à la recherche axée sur les arts qui est rendue publique et soumise à l’examen public des lecteurs, des auditoires et des critiques. Comme dans la recherche en sciences humaines, dans l’optique des inconvénients et des avantages pour les sujets de la recherche, « il n’apparaît pas justifié de soumettre les projets exposant des sujets à un risque minimal à la censure des pairs avant que ceux-ci ne soient mis en œuvre. » (p. 1.7) 6.7. L’évaluation des critères d’érudition Prenons l’exemple de trois projets de recherche dans les disciplines artistiques :
Il est juste de dire que peu de CÉR pourraient ignorer les questions d’intégrité corporelle dans le premier exemple ou d’intégrité psychologique dans le second et classer l’un ou l’autre projet de recherche dans la catégorie présentant un risque minimal. Des CÉR sensibles aux questions d’appropriation culturelle pourraient même placer le troisième projet au-dessus de ce seuil. Si l’on envisage la possibilité que chacun des chercheurs décide de diffuser les résultats de sa recherche en faisant appel à une combinaison d’imprimés, de galeries en ligne, de vidéos offerts pour diffusion à la télévision ou de CD destinés à la vente libre, il devient clair que la vaste sphère publique dans laquelle évolue la recherche artistique au 21e siècle facilite non seulement une large diffusion des résultats de la recherche, mais confère aussi le pouvoir de causer préjudice à des sujets humains à grande échelle et de façon très publique. Ainsi, comment le chercheur-créateur entrevoit-il les avantages relatifs de la recherche face à une telle capacité démontrée de causer un préjudice? Manifestement, un débat raisonné sur les avantages potentiels de la recherche pour la société et/ou les sujets de la recherche constitue un point de départ, mais en présence de membres de CÉR provenant de disciplines extérieures aux arts, il pourrait être difficile de contenir la tendance à juger des mérites relatifs de la recherche en fonction de prémisses éthiques formées au sein de leur propre discipline ou de perceptions personnelles d’un comportement moral, ou encore de jugements esthétiques. Dans ces circonstances, il pourrait être important de rappeler l’engagement pris dans l’EPTC à l’égard de la justice procédurale – « des méthodes, des normes et des règles justes » (p. i.6) et l’application des Principes éthiques directeurs « en fonction de la nature de la recherche, des normes et des pratiques éthiques propres à la discipline en question. » (p. i.9). Chacun des projets qui précèdent fait appel à des méthodes de recherche établies dans les disciplines respectives, elles-mêmes régies par des procédures d’éthique connexes – dont certaines, comme l’emploi du nu en art, ont évolué au cours de centaines sinon de milliers d’années. Tel que noté précédemment, l’absence de lignes directrices sur l’éthique conçues spécifiquement pour les disciplines artistiques ne signifie pas une absence d’éthique ou de préoccupation à l’égard de la dignité humaine des sujets de la recherche. Cependant, si l’on se place dans la perspective des artistes évoluant en milieu universitaire et dans la culture visuelle et scénique saturée du 21e siècle, les chercheurs-créateurs doivent revoir leur position et les conséquences connexes pour la recherche avec des sujets humains – et documenter celle-ci sous la forme de lignes directrices écrites. Même avec de telles lignes directrices, des chercheurs du domaine des arts seront désavantagés par le processus d’évaluation éthique à moins de pouvoir être exemptés de l’analyse des inconvénients/avantages (y compris l’évaluation des critères d’érudition) menée par les membres du CÉR étrangers à leur discipline. Les préoccupations de cette nature fournissent l’un des arguments les plus convaincants pour que plus de CÉR soient créés afin d’examiner les projets de recherche axée sur les arts en faisant appel à des pairs qui sont eux-mêmes des chercheurs-créateurs. 6.8. Le consentement libre et éclairé C’est au moment de déterminer les cas où une décision ou un «_consentement_» conscient est requis afin de préserver la dignité humaine que surgissent les premières difficultés pour les chercheurs engagés dans une pratique créative. De nombreux chercheurs-créateurs considèrent le processus d’approbation éthique comme étant tout à fait incompatible avec leurs méthodes de création et de recherche : « Alors que l’EPTC sensibilise comme il se doit les chercheurs aux questions de confidentialité des données, de contraintes et de « préjudices » aux sujets humains, il entrave l’interactivité, la spontanéité et l’improvisation qui sont souvent requises dans la recherche en sciences humaines. » (répondant à l’enquête) Pour les chercheurs-créateurs en particulier, la vitalité et la pertinence de leurs travaux découlent d’une observation constante et attentive du monde qui les entoure. Ce sont des collectionneurs chevronnés d’éléments disparates de matériaux culturels – photographies, articles de journaux, phrases entendues dans un ascenseur ou proclamées à grands traits sur des panneaux, objets divers, séquences musicales, vidéos montrant des enfants qui jouent lors d’une fête d’anniversaire, etc. Dix ans plus tard, ou même davantage, le chercheur-créateur pourrait choisir, dans tout ce matériel, un minuscule visage apparaissant dans le coin d’une des photographies – peut-être pour en faire un fonds de scène dans une pièce consacrée à la traite des femmes pour la prostitution en Europe de l’Est. À quel point dans ce processus l’artiste pourrait-il avoir raisonnablement demandé un consentement informé – par écrit ou autrement? Étant donné la nature de ce processus créatif, on peut comprendre que les chercheurs-créateurs se demandent comment on pourrait inclure le consentement libre et éclairé sans en compromettre le caractère essentiel dans le contexte d’une évaluation éthique et, notamment, des procédures de consentement fondées sur des méthodes de recherche plus classiques :
Tout comme la longue gestation des projets de recherche axés sur les arts soulève des difficultés par rapport aux règles de consentement énoncées dans l’EPTC, il en va de même du besoin de spontanéité, de souplesse et de la capacité de tirer une signification et des intuitions de découvertes fortuites. Cela est essentiel à une recherche artistique féconde, mais tout en étant problématique en regard des exigences portant sur le consentement informé.
À partir de cet impératif d’instantanéité et de réalisme, les chercheurs-créateurs ont encore une fois tracé un parallèle avec le journalisme et les motifs pour lesquels cette discipline est exemptée de l’évaluation éthique.
6.9. Formulaires de consentement écrit Cependant, il ressort très clairement des réponses à l’enquête, des autres consultations menées auprès de chercheurs des disciplines artistiques et de la littérature sur la recherche que les attentes de nombreux CÉR correspondent davantage à l’hypothèse énoncée dans l’EPTC à l’effet que « dans notre société, une déclaration signée constitue généralement une preuve normale de consentement. » Pour reprendre les termes de l’EPTC dans la perspective des répondants à l’enquête, même si, pour les chercheurs des disciplines artistiques, « le consentement oral s’avère préférable », en réalité pour la plupart des CÉR « le consentement écrit est obligatoire ». (p. 2.2) Cela est particulièrement problématique à la lumière de ce que l’EPTC décrit comme « le rôle consultatif et éducatif essentiel (des CÉR) pendant tout le processus de consentement libre et éclairé. » En imposant leurs attentes au corps professoral, aux étudiants et aux participants à la recherche (les artistes professionnels comme le public) les CÉR ont le pouvoir d’altérer à long terme les aspirations légitimes et reconnues des chercheurs de ces disciplines, ainsi que les modes d’interaction et les relations que tissent depuis longtemps les artistes avec le public. Surtout, dans les contextes de collaboration où les sujets de la recherche sont autant des participants au processus de recherche que le chercheur-créateur lui-même, les formulaires de consentement créent un rapport hiérarchique non approprié pour la conception et l’orientation de la recherche, des connaissances et du pouvoir, de la responsabilité et de la propriété des résultats de l’exercice de création. Comme il arrive souvent dans les sciences humaines, pour de nombreux chercheurs du domaine des arts, le consentement ne survient pas au moment de la signature d’un formulaire et constitue moins un « processus » qu’une relation sans cesse renégociée à chaque rencontre, répétition et/ou exécution. Dans les domaines tels que la pratique artistique en milieu communautaire ou la création collective, par exemple, le « consentement » peut être démontré quand les participants à la recherche sont à l’origine du projet et approchent le chercheur-créateur, quand ils présentent leur propres récits ou images, qu’ils participent à la définition des problèmes et des questions de recherche à explorer, qu’ils aident à obtenir le financement qui permettra de mener la recherche, ou quand ils se préparent et participent à la diffusion des résultats de l’exercice de création dans le cadre d’une exposition, d’un spectacle ou d’un média électronique. Abordant la question du consentement écrit d’un autre point de vue, nous constatons qu’une telle condition risquerait d’anéantir de vastes segments de recherche importants dans les disciplines artistiques et d’autres disciplines.
6.10. L’observation en milieu naturel, la pratique créative et la dimension publique de la personne Un répondant a invoqué la dimension publique des simples particuliers d’une façon qui pourrait être utile pour déterminer la préséance lorsque les droits individuels peuvent entrer en conflit avec les droits de nombreux chercheurs, non uniquement des artistes :
En d’autres termes, les chercheurs qui travaillent dans des circonstances publiques non contrôlables impliquant des participants volontaires, devraient pouvoir réagir librement et spontanément aux personnes et aux événements qui les entourent, dans les limites de la loi. Cela pourrait constituer un cas où un examen plus approfondi de l’application des principes éthiques dans le domaine des arts pourrait permettre de clarifier les perceptions éthiques pertinentes aux approches des chercheurs de plusieurs autres disciplines. Tant dans l’enquête du CTSH que dans d’autres consultations menées auprès de chercheurs-créateurs, la liberté perçue du journalisme et l’exemption qui lui est accordée dans l’EPTC ont souvent été citées comme un cas pertinent pour au moins certaines formes de recherche axées sur les arts. La liberté de presse et la liberté artistique ont souvent été liées étroitement à l’intérêt public, et la société contemporaine tente de s’adapter à la fusion de la fiction et de la réalité, aux instincts créatifs et journalistiques qui s’expriment dans les « reconstitutions » documentaires, à la couverture de l’actualité 24 heures sur 24 sur fond de feuilleton télévisé, aux histoires et aux images fabriquées dans la presse à sensation (et des publications plus respectables), aux blogues et aux clips diffusés sur Youtube oscillant entre la réalité et la fiction, aux émissions de téléréalité scénarisées, ainsi qu’aux groupes cinématographiques et à l’art tels que le Headlines Theatre de Vancouver qui cherche à faire la manchette tout autant qu’à explorer des histoires qui devraient se retrouver en première page. Certes, les chercheurs des disciplines artistiques partagent souvent avec les journalistes le besoin de réagir rapidement aux événements qui surviennent ou à des personnes qui interviennent dans des lieux publics, et de poser des questions difficiles au sujet de personnalités publiques, du statu quo ou de groupes marginalisés par la société. Pour ce qui est des droits concurrents des simples particuliers et des chercheurs-créateurs, la comparaison avec les journalistes mériterait un examen plus approfondi, mais il importe de souligner que, dans sa forme actuelle, l’EPTC n’accorde pas une exemption générale au journalisme. En fait, la recherche des journalistes affiliés au milieu universitaire n’est pas davantage exemptée de l’évaluation en vertu de l’EPTC que celle des artistes qui évoluent dans ce milieu. La section de l’EPTC qui traite de l’observation en milieu naturel exempte d’une évaluation la recherche portant sur « des réunions politiques, des manifestations ou des réunions publiques, [où] les participants à de tels projets peuvent surtout chercher à se faire remarquer. » (p. 2.4) Cependant, la suite du texte semble indiquer que cette exemption ne s’applique pas à l’étude de tous les participants à une activité publique. En outre, le passage précise que ce type d’observation présente un risque plus que minimal, sauf si elle « ne permet pas d’identifier des sujets et ne fait pas l’objet d’une mise en scène ». Même si l’EPTC reconnaît que la validité de l’observation en milieu naturel dépend du fait que les sujets « sont observés à leur insu » et, par conséquent, n’ont pas signé de formulaires de consentement, l’importance de cette section repose essentiellement sur le souci « du respect de la vie privée, même dans des lieux publics », une préoccupation qui s’amplifie « lorsque les dossiers de recherche permettent, par exemple, d’identifier des sujets, ou que l’environnement de la recherche a fait l’objet d’une mise en scène ». (p. 2.5) Même si la mention ici d’un environnement qui « a fait l’objet d’une mise en scène » est fort probablement inspirée des modes de recherche des disciplines autres que les arts, cette section a un effet paralysant sur les chercheurs-créateurs.
Dans la perspective des chercheurs-créateurs, au 21e siècle, les personnes qui achètent des billets pour assister à une pièce, à un film ou à un concert ou pour visiter une exposition ou un montage dans une galerie, qui s’arrêtent pour observer un artiste à l’œuvre dans un parc, ou qui cliquent sur un site web intermédia pour avoir accès à un jeu/texte interactif, signalent toutes leur consentement à entrer dans le monde hautement performatif de l’imagination et du ‘jeu’ – où leur désir et leur volonté de participer est motivée en grande partie par l’anticipation de l’inattendu – surprises, découvertes, transformations et, voire même la façon dont on envisage la ‘duperie’. Comme l’évoque l’utilisation du terme français « assister à » pour parler de la présence à une pièce, les artistes ne considèrent pas leur œuvre « complète » tant qu’elle n’a pas rejoint un forum public et que tous les spectateurs ou membres de l’auditoire n’entrent dans une relation manifestement publique et essentiellement participative et performative avec l’œuvre art8. Leur participation est encadrée par un rapport consensuel non écrit et conventionnel fondé sur l’hypothèse qu’ils ne subiront aucune préjudice corporel ou psychologique et que leur participation donnera lieu à des ‘expériences’, à une stimulation émotive, à des intuitions, à un divertissement, etc. Si, à un moment quelconque, le spectateur souhaite changer ou rompre cette relation, il a plusieurs options à sa disposition, comme de chahuter ou de quitter la représentation. Envisagé dans ce contexte, il est difficile pour les artistes de voir pourquoi des études qui consignent la réaction d’un auditoire à une œuvre d’art dans un forum public devraient être considérées comme présentant un risque plus que minimal, et pourquoi toute autre forme de consentement éclairé devrait être requise au-delà de la participation comme spectateur. Cela devient encore plus difficile lorsque les artistes constatent qu’une part importante de cette section est consacrée à la légitimation de la pratique universitaire curieusement performative qui consiste à utiliser le processus de consentement informé pour « tromper » les sujets de la recherche. Les membres d’un auditoire décrits précédemment sembleraient mieux informés et préparés à consentir à participer à un événement artistique que les sujets de la recherche dans d’autres types d’études où il n’y a qu’une divulgation partielle ou fallacieuse. Au-delà des circonstances des « études sur la réception de l’auditoire », il y a d’autres pratiques créatives dont les répercussions sur les sujets sont devenues particulièrement importantes pour les chercheurs-créateurs à l’époque postmoderne. Tant dans les arts visuels que dans les arts d’interprétation, on a observé un mouvement vers des œuvres de création plus interactives – par exemple, inviter un membre de l’auditoire à déterminer comment se terminera une pièce ou inclure une séquence vidéo du spectateur, tournée en direct, dans la mise en scène de l’artiste. Dans ce genre d’environnement public créatif où l’on s’attend à des surprises et à des découvertes, le projecteur se tourne soudainement vers le spectateur pour le placer au centre de l’œuvre de création. Cela n’est pas sans ressembler aux brèves séquences de spectateurs montrées à l’écran devant les foules qui assistent à des événements sportifs et qui sont parfois retransmises en direct à des milliers de téléspectateurs. Le malaise général qu’exprime l’EPTC à l’égard des enregistrements qui « permettent une identification ultérieure des sujets » et, en particulier, les photographies « prises dans un lieu public, mais dont le sujet principal est une personne qui ne s’y attendait pas » découle naturellement des mêmes préoccupations que celles que traduit la législation contre l’invasion de la vie privée. Les artistes sont très sensibilisés à ces lois et à la nécessité de les respecter, mais dans le contexte d’événements artistiques présentés en public au 21e siècle (comme ceux décrits précédemment), il serait très difficile pour un spectateur volontaire d’affirmer qu’une telle action était « inattendue » ou qu’elle a été particulièrement « préjudiciable ». (p. 2.5) 6.11. Le consentement en tant que relation continue plutôt que point de départ
Les artistes se sont plaint du fait que les prescriptions relatives à la nature « éclairé » du consentement énoncées à l’article 2.4 de l’EPTC ne font aucune place à la conception d’une méthodologie de recherche obtenue de manière organique et à une relation de collaboration et de participation totales des sujets de la recherche :
Ce qui importe davantage pour la plupart des chercheurs-créateurs est que les participants éventuels (et les CÉR) comprennent la nature et l’objet fondamentaux de l’exploration créative :
Dans le cadre d’une telle approche de la recherche, la durée de la relation entre le chercheur et les participants à la recherche pourrait être particulièrement difficile à prédire car il n’y a pas toujours de début et de fin définis dans un projet de recherche ou une démarche exploratoire. À titre d’exemple, un chercheur-créateur peut travailler avec un groupe de patients atteints d’un cancer à la conception et à la présentation d’une pièce de théâtre visant à explorer la façon dont ces personnes sont perçues et traitées par la société. Les intervenants conçoivent la pièce de manière à ce qu’elle implique des membres de l’auditoire et sollicite leur contribution orale. À chaque représentation, ils acquièrent plus d’information, qu’ils peuvent ensuite intégrer à la pièce. Lorsque des membres du groupe décèdent, le groupe continue à présenter la pièce en y associant de nouveaux membres qui, à leur tour, apporteront leur contribution. Notamment, dans le domaine du théâtre collectif et populaire, où le but visé est souvent la prise en charge sociale, économique ou politique de groupes défavorisés ou marginalisés de la société (par exemple, les travailleurs de la rue, les toxicomanes, les immigrants, les sans-abris, ou les communistes en Amérique centrale) pour qu’ils puissent raconter leur histoire en public, il peut y avoir aussi une obligation morale pour les chercheurs de maintenir une relation à long terme avec les participants à la recherche afin de les aider à s’ajuster à leur nouvelle « conscientisation » au-delà de la durée de l’œuvre de création. 6.12. Les enfants en tant que personnes vulnérables
La question qui se pose est de savoir si les étudiants doivent toujours être considérés comme des sujets de la recherche « qui peuvent être beaucoup plus influencés par divers facteurs – espoir d’atteindre d’autres buts, confiance vis-à-vis des chercheurs – que par une évaluation des pour et des contre de leur participation. » (p. i.7). Il semble qu’au moins un CÉR ait rejeté une recherche impliquant des enseignants, des étudiants et des artistes parce qu’il considérait que les enfants étaient trop vulnérables par rapport aux avantages éventuels des données recherchées et des résultats sur le plan scolaire et esthétique. Ce cas où un CÉR semble rejeter toute recherche caractérisée par un écart de pouvoir « sans égard au bilan pertinent des inconvénients (dans la plupart des cas, minimes, au-delà de la possibilité d’une participation influencée par l’écart de pouvoir) et des avantages (dans la plupart des cas, non pris en considération) » (répondant à l’enquête) semble confirmer les difficultés précédemment évoquées par certains chercheurs des disciplines artistiques lorsqu’ils tentent de faire valoir les avantages de leur recherche. Ce chercheur a aussi souligné les difficultés causées à ces chercheurs en raison du fait que l’EPTC ne fait pas de distinction entre différentes catégories de données :
Même si certains de ces problèmes peuvent être liés à l’interprétation de l’EPTC par un CÉR, nous sommes conscients de la frustration que peut éprouver un chercheur lorsque les lignes directrices élaborées dans l’EPTC ne fournissent pas une base adéquate pour atteindre l’objectif qu’elles visent, soit éviter « d’imposer le point de vue des chercheurs d’une discipline donnée à des chercheurs spécialisés dans d’autres domaines » (p. i.3) La recherche englobant des enfants d’âge scolaire est une composante importante de la recherche artistique parce qu’elle permet de tirer des leçons importantes sur des questions telles que le rôle des arts dans le développement de la petite enfance et les processus par lesquels les enfants acquièrent certaines habiletés artistiques. La possibilité que l’EPTC ou sa mise en œuvre par les CÉR bloque des projets de recherche axée sur les arts qui seraient par ailleurs jugés professionnellement acceptables et souhaitables pose un problème. 6.13. La protection de la vie privée et la confidentialité des données Dans le cas des renseignements personnels détaillés sur d’autres personnes (hors de l’arène publique), les artistes s’efforcent habituellement d’en préserver l’anonymat en modifiant les noms, en fusionnant plusieurs personnages ou en manipulant les images par une autre technique créative. Dans le cas des personnages publics, il y a évidemment beaucoup plus de latitude mais, même là, les répondants à l’enquête ont affirmé que les artistes devraient être conscients du pouvoir que confèrent certaines formes artistiques visuelles et performatives avec lesquelles ils travaillent et éviter d’envahir la vie privée d’un sujet sans raison valable.
6.14. Les sujets secondaires : un aspect important de la protection de la vie privée qui n’est pas clairement abordé dans l’EPTC Un autre répondant a exprimé une préoccupation semblable, mais à plus grande échelle :
Bien que la question s’inscrive dans le contexte de la recherche axée sur les arts avec des enfants, elle est pertinente à tout processus de création où les participants à la recherche partagent des récits personnels qui y mêlent des tierces parties étrangères au projet de recherche, de sorte que les chercheurs-créateurs ont clairement besoin de s’assurer que les tiers – ou sujets secondaires – dont la vie privée peut être compromise soient protégés par des mécanismes tels que le changement de nom ou l’anonymat. Une dernière question ayant trait aux « sujets secondaires », qui pourrait avoir un lien avec le thème de la protection de la vie privée et de la confidentialité des données a été soulevée à propos d’un film de fiction sur la vie de Tommy Douglas, diffusé par CBC en 2006. Le scénariste a choisi de fondre plusieurs adversaires de l’homme politique en un seul antagoniste, James Gardiner. Après la diffusion du film, la famille Gardiner a vigoureusement protesté contre l’image que l’on avait présentée de leur parent, sous les traits d’un homme mesquin et alcoolique. En fait, celui-ci pratiquait l’abstinence et avait à son actif des réalisations notables. À une époque où les gens s’attendent de plus en plus à ce que l’art permette d’imiter le caractère factuel des nouvelles et des documentaires, le scénariste n’a peut-être pas pris une décision esthétique très rigoureuse en choisissant d’interpréter l’histoire avec autant de licence artistique, mais dans quelle mesure cela est-il contraire à l’éthique? Gardiner est décédé depuis longtemps et il serait difficile de le considérer comme un sujet de recherche; toutefois, sa famille a clairement eu le sentiment que le film violait leur vie privée et leur dignité humaine en projetant une fausse image de James Gardiner à la télévision nationale. Dans quelle mesure les chercheurs-créateurs devraient-ils se préoccuper de ces questions, même si elles peuvent échapper à l’emprise de la version actuelle de l’EPTC?
7.1. L’EPTC dans sa forme actuelle et les révisions possibles Au 21e siècle, les chercheurs-créateurs ne peuvent plus se donner l’image de l’artiste affamé et solitaire, vivant dans une mansarde, du 19e siècle. En tant qu’artiste évoluant en milieu universitaire, ils sont de fait directement liés aux grandes institutions éducatives et artistiques au sein de la structure de pouvoir. On peut dire que leur liberté universitaire leur permet de mener des recherches avec la plus grande liberté par rapport à la censure de toute l’histoire de l’art, en bénéficiant par ailleurs de l’accès aux moyens nécessaires pour concrétiser leur art : une rémunération élevée, d’importantes ressources financières, ainsi que des espaces spécialisés et la technologie. La place centrale qu’occupent les arts dans la culture du 21e siècle et la capacité mondialisatrice des nouveaux médias et de la technologie ont donné à l’artiste un pouvoir considérable pour rejoindre des auditoires aussi éloignés que divers et influencer de façon générale l’évolution des valeurs et des croyances du public (voir, par exemple, Watson, 2004). Ce pouvoir des artistes s’assortit d’une responsabilité de participer de façon plus déterminante au débat sur l’éthique du travail avec des sujets humains, mais, comme pour les autres questions qu’abordent les artistes, ils ont un rôle clé à jouer en posant des questions délicates – la plus fondamentale étant peut-être celle-ci : Quel est le meilleur mécanisme pour favoriser le respect et la dignité des sujets humains et une recherche innovante dans toutes les disciplines, au bénéfice de l’ensemble de la société? Les chercheurs-créateurs canadiens ont proposé un large éventail de réponses à ces questions :
7.2. Améliorer les connaissances des CÉR et rendre leurs procédures plus inclusives Il est cependant plus difficile de rejeter d’autres types de plaintes lorsqu’un thème ne cesse de revenir. Certains répondants ont fait remarquer que les CÉR avaient tendance à s’écarter d’une préoccupation strictement axée sur l’éthique pour faire des « commentaires absolument dérisoires qui sortent du domaine de l’éthique pour entrer dans celui de méthodologies qu’ils ne comprennent pas ». (répondant à l’enquête) D’autres ont évoqué le caractère facilitateur de l’EPTC, mais le rôle obstructif des CÉR :
De façon générale, les réponses donnent à penser qu’il y a un fossé important entre les chercheurs des disciplines artistiques et leur CÉR, lequel est perçu comme exerçant « un pouvoir sur les chercheurs des établissements d’enseignement sans consultation, sans conversation, sans avoir accès à l’information, sans beaucoup d’obligation de rendre compte à l’institution et sans recours légitime en appel. » Le recueil croissant de demandes et de réponses sur des points d’interprétation visant la recherche axée sur les arts que compile le GER et la diffusion de tutoriels et d’études de cas sur les questions les plus épineuses liées à l’évaluation des projets dans les disciplines des arts pourraient jouer un rôle utile, mais à en juger par la nature des préoccupations exprimées par les répondants, il semble nécessaire de disposer de repères plus précis pour les CÉR dans ce domaine. À l’heure actuelle, le GER ne supervise pas le travail des CÉR, qui rendent compte uniquement à leur université, mais il devrait peut-être examiner la façon dont il pourrait renforcer, au-delà de leur établissement, l’obligation des CÉR de rendre compte de leur devoir d’interpréter l’EPTC de manière raisonnable en permettant d’en appeler plus facilement des décisions rendues au terme de ce processus. Le premier point à aborder en tentant de dissiper ce climat de « eux contre nous » pourrait se situer aux premières étapes du processus – en rendant les lignes directrices et les formulaires plus conviviaux et mieux adaptés aux artistes. Un survol des formulaires d’évaluation éthique accessibles sur les sites web des universités où l’on retrouve une cohorte importante de chercheurs-créateurs révèle que de nombreux formulaires posent des questions et utilisent une terminologie qui semblent absolument hors de propos et étrangères à quelqu’un qui s’adonne à la pratique créative : « Comment l’échantillon de participants sera-t-il sélectionné? » « Pendant combien de temps prévoyez-vous être en contact avec des sujets humains pour recueillir des données? » « Décrivez vos plans pour la protection des données, ainsi que pour la préservation ou la destruction des données une fois la recherche complétée. » Prendre au sérieux certaines de ces questions d’un point de vue de la discipline pourrait engendrer des complications inutiles et/ou de la confusion à la table du CÉR. Ainsi, comment un artiste doit-il répondre lorsqu’on lui demande : « Un élément de duperie sera-t-il nécessaire dans ce projet? » Les facultés et les collèges des beaux-arts, des arts et de l’éducation et les autres entités où l’on retrouve des artistes ont aussi un rôle important à jouer pour identifier un ou plusieurs « mentors en matière d’éthique » ayant une bonne compréhension de l’EPTC et du processus d’évaluation et susceptible d’aider les membres du corps professoral à se soumettre au processus d’évaluation éthique. Individuellement ou collectivement par l’entremise de l’Association canadienne des doyens des beaux-arts, les facultés pourraient consulter le GER et les CÉR dans un effort visant à produire des modèles de formulaires de demande et de lignes directrices sur l’éthique convenant aux arts, au bénéfice des professeurs et des membres des CÉR, notamment ceux qui évoluent dans des disciplines sans liens avec les arts. Les doyens pourraient aussi encourager les chercheurs-créateurs à participer aux CÉR et les rétribuer justement pour leur participation. Un répondant à l’enquête a indiqué qu’il y avait un problème lorsque :
À la lumière de ces considérations, les facultés ou les collèges abritant des disciplines des arts pourraient établir leurs propres CÉR formés de pairs qui sont des chercheurs-créateurs. De tels CÉR existent déjà (par exemple à l’Université York, à l’Université de l’Alberta, à l’Université Concordia, à l’Université de Toronto et à l’Université McGill). On ne sait pas pourquoi l’article 1.4 de l’EPTC affirme de façon aussi péremptoire que « les CÉR seront créés par les plus hautes autorités institutionnelles et l’éventail des domaines de recherche qu’ils auront à traiter sera aussi large que possible tout en étant compatible avec une charge de travail acceptable. … Il convient d’éviter la multiplication des CÉR ayant une faible charge de travail au sein d’un même établissement. » La rétroaction reçue des personnes du domaine des arts semble indiquer qu’une plus grande participation des pairs de la discipline au processus serait probablement avantageuse et que des charges de travail moins lourdes seraient un moyen d’attirer au sein des CÉR des universitaires activement engagés dans la recherche axée sur les arts. Peu importe qu’il puisse y avoir plus d’un CÉR au sein d’un établissement donné, les chercheurs-créateurs devraient participer à l’examen des projets de recherche axée sur les arts en tant que membres du CÉR, ou d’un comité spécial visant à suppléer le manque d’expertise du CÉR dans le domaine, ou encore en tant que particuliers à qui cette évaluation serait initialement déléguée. L’évaluation de la recherche axée sur les arts devrait se faire uniquement après que le CÉR ait obtenu les conseils d’un membre compétent de la discipline. 7.3. Élaborer des lignes directrices sur l’éthique ou des énoncés des meilleures pratiques pour les arts Dans la perspective des arts, l’avantage le plus précieux de l’EPTC est peut-être de susciter ce genre de réflexion. Comme l’a noté un répondant à l’enquête, « l’EPTC a attiré davantage l’attention sur la recherche éthique dans l’ensemble de l’établissement, ce qui, dans l’ensemble, est une très bonne chose. » Cependant, les répondants ont aussi reconnu le fait que les chercheurs des disciplines artistiques ne sont pas parvenus « à se familiariser avec l’EPTC et ne sont pas en mesure d’avancer des arguments en faveur de leurs pratiques parfaitement légitimes », et que « nous devons faire beaucoup plus de travail pour définir les méthodologies des chercheurs-créateurs. Je ne suis pas convaincu que la communauté des ‘artistes en tant que chercheurs’ ait réfléchi suffisamment à cette question. » Même si une revue de la littérature a révélé que certains chercheurs-créateurs ont écrit sur l’éthique en rapport avec leurs projets de recherche, il semble que très peu d’universitaires canadiens aient considéré le point de convergence de la production artistique, de l’esthétique, de la recherche et de l’éthique axée sur les sujets humains comme un domaine de recherche d’importance même secondaire. Un répondant à l’enquête a noté sous le couvert de l’anonymat « qu’il y avait déjà des lignes directrices bien établies en matière d’éthique dans la plupart des disciplines », ce qui peut être vrai mais, apparemment, non dans les arts. Même si les discussions avec des artistes canadiens ont montré que plusieurs respectent des pratiques d’éthique conventionnelles et mutuellement reconnues, aucun organisme canadien voué aux arts ne semble avoir élaboré de lignes directrices sur l’éthique pour encadrer la relation entre les artistes et leurs sujets humains. Il importe donc que, hors du contexte de l’EPTC, les chercheurs-créateurs articulent les meilleures pratiques d’éthique et les enjeux éthiques importants propres à leurs disciplines artistiques. 7.4. Perspective interdisciplinaire sur les questions d’éthique pertinentes à la recherche intégrant la pratique créative Jusqu’à un certain point, l’intérêt interdisciplinaire pour les arts peut aussi traduire une reconnaissance de la culture contemporaine, visuellement dense et orientée vers la qualité d’exécution; progressivement, cela pourrait suppléer à ce qu’un répondant à l’enquête a appelé une compréhension limitée des perspectives, des approches et des questions de recherche dans les disciplines artistiques par les CÉR interdisciplinaires :
Cet intérêt et cette participation à l’intégration de la pratique créative dans la recherche de disciplines autres que les arts ont incité ces universitaires à s’engager dans le débat sur les pratiques éthiques connexes touchant aux sujets de la recherche. Ce débat met en lumière le fait que, comme l’indique l’EPTC, les principes éthiques pertinents à la pratique créative devraient être interprétés dans l’optique de la discipline qui emploie ces formes et ces méthodes de recherche. Bien que des généticiens ou des scénaristes puissent utiliser dans leur recherche le film comme un support, leurs objectifs et questions de recherche, leurs relations avec les participants à la recherche et d’autres aspects de leurs travaux seront très différents. Ces différences mèneront probablement à l’adoption d’approches différentes en regard des principes d’éthique. Ainsi, considérant l’absence de lignes directrices claires pour encadrer le traitement des « participants à une recherche narrative », Jeff Nisker et Abdallah Daar ont affirmé que puisque « la compréhension qu’a le public de la science génétique provient principalement des médias, mais aussi de romans, de pièces et de films, … il faudrait élaborer des lignes directrices cohérentes pour l’ensemble des médias axées sur la présentation morale des textes traitant de génétique ». Même si elle procède d’un souci légitime de protéger les participants à la recherche génétique et leur famille, l’insistance des chercheurs pour avoir des politiques visant à garantir que ces textes soient présentés « de manière équilibrée » (2005, p. 2) inciterait de nombreux artistes à y voir un appel à la censure et à contester la notion selon laquelle tout texte sur quelque sujet que ce soit devrait avoir des objectifs uniques. Il est donc important que les chercheurs des disciplines des arts se joignent à ceux d’autres disciplines qui recourent à la pratique créative dans leur recherche pour examiner les pratiques et les hypothèses conventionnelles en matière d’éthique dans le domaine des arts, les questions soulevées par l’EPTC et les codes d’éthique des disciplines connexes telles que le journalisme, l’éducation, l’ethnographie, la génétique, etc., afin d’élaborer les lignes directrices sur l’éthique témoignant plus généralement d’une préoccupation pour la dignité des sujets humains qui participent à la recherche intégrant une pratiques créative. L’étude peut-être la plus fouillée et la plus convaincante sur l’éthique appliquée à la pratique créative qui soit ressortie d’une revue de la littérature dans ce domaine embrassait à la fois les préoccupations journalistiques entourant le documentaire, la préoccupation du cinéaste à l’égard de l’influence sur la réaction de l’auditoire et les préoccupations du philosophe qui voudrait que l’éthique examine « la situation du sujet qui perçoit par rapport à l’Autre/aux autres … dans un contexte cinématique. » (Cooper, 2006, p. 17) Parce qu’elles privilégient l’approche descriptive et analytique plutôt que prescriptive en matière d’éthique et à cause de leur exploration complexe des questions d’éthique interculturelles, ces études pourraient faire une contribution importante à la réflexion plus générale sur l’éthique. Ce genre de débat et de réflexion doit trouver sa place dans les publications et les conférences consacrées aux arts et aux autres disciplines – un objectif que pourrait promouvoir le GER par des co-parrainages. La fréquence accrue des projets de collaboration internationale auxquels participent des artistes et des organismes à vocation artistique, les rôles interventionnistes ou activistes que jouent les artistes dans des pays étrangers et/ou la réalité sans frontière des disciplines liées au cinéma et aux médias nouveaux viennent souligner l’importance d’une évaluation interculturelle et interdisciplinaire de l’éthique qui s’appuie sur une compréhension intime des pratiques en matière d’éthique convenant à la pratique créative au niveau national et international, de préférence à une interprétation essentiellement locale de l’EPTC par des non-spécialistes siégeant à un CÉR. Pour que les chercheurs-créateurs soient bien servis, il faut apporter des modifications à l’EPTC et à ses modalités de mise en œuvre au niveau du CÉR, mais il faut aussi espérer que de tels documents inciteront les artistes eux-mêmes à s’associer plus étroitement à leurs collègues des autres disciplines pour aborder les questions entourant le traitement éthique des sujets humains. 8. QUESTIONS ET ENJEUX À EXAMINER 8.1. Le rôle et la nature de l’EPTC en regard de la pratique créative Si elle ne doit pas être encadrée par l’EPTC, quelle sont les raisons impérieuses pour lesquelles ce domaine particulier de la recherche impliquant des sujets humains devrait être exempté de l’évaluation éthique prévue dans la politique fédérale? Quelles lignes directrices et mécanismes de rechange ont été ou pourraient être mis en place pour que les chercheurs soient libres d’explorer la vision esthétique, les perspectives humaines et la critique sociale contemporaine, qui sont autant d’éléments d’une pratique artistique dynamique, tout en respectant les droits et la dignité des sujets participant à leur recherche? Malgré que des répondants estiment que la recherche intégrant la pratique créative ne devrait pas être régie par l’EPTC, il serait être utile qu'ils examinent la question suivante : De quelle façon faudrait-il modifier l’EPTC pour favoriser au mieux, dans les disciplines artistiques, une recherche féconde guidée par des considérations d’éthique appropriées? En particulier, il y a deux approches possibles à cette révision auxquelles les répondants pourraient réfléchir. D’un côté, la version actuelle de l’EPTC pourrait être révisée en détail, section par section, pour mieux refléter la nature de la pratique créative et ses préoccupations particulières sur le plan de l’éthique. Cela pourrait englober l’inclusion d’exemples plus précis ayant trait à la pratique créative, ainsi que des modifications et ajouts pour mieux aligner l’EPTC sur les attentes propres aux disciplines des arts. Alternativement, on pourrait simplifier l’EPTC pour en faire un énoncé de principes généraux applicables à toutes les disciplines, accompagné de chapitres ou d’annexes pour baliser les meilleurs pratiques dans des disciplines particulières. Cela exigerait une reformulation des principes de base pour les rendre plus pertinents aux disciplines des arts, tout en permettant d’ajouter à l’EPTC un chapitre distinct pour mieux guider les chercheurs et les CÉR dans l’application de ces principes à la recherche intégrant une pratiques créative. 8.2. Révisions ciblées à l’EPTC 8.3. Ajouts ou suppléments à l’EPTC 8.4. Mise en œuvre de l’EPTC et les CÉR Au niveau de l’Association canadienne des doyens des beaux-arts, on pourrait tenter d’élaborer des lignes directrices en matière d’éthique pour la recherche intégrant une pratique créative, conçues peut-être comme un prolongement ou une interprétation de l’EPTC visant expressément les arts. On pourrait aussi envisager des lignes directrices plus générales sur l’éthique élaborées indépendamment de l’EPTC, mais en diffusant les deux ensembles de lignes directrices auprès des CÉR partout au pays pour les guider dans l’évaluation des demandes venant du domaine des arts. Au niveau local, les options qui s’offrent pour aplanir les difficultés d’interprétation de la recherche axée sur les arts dans le contexte de l’EPTC englobent la création d’un plus grand nombre de CÉR distincts dans les facultés, les collèges et les écoles où l’on retrouve des disciplines artistiques, lesquels pourraient favoriser un intérêt accru pour les questions d’éthique et une meilleure expertise dans ces domaines. Peu importe que l’on crée un CÉR distinct pour les arts, l’élaboration de formulaires, de procédures et de lignes directrices appropriés à la recherche intégrant une pratique créative serait une autre façon d’améliorer l’application de l’EPTC à ces recherches. Des CÉR ayant une composition plus inclusive, ainsi qu’une plus grande souplesse de la part des CÉR existants quant aux délais et aux prescriptions est une autre possibilité à envisager. 8.5. Encourager la recherche et le débat sur l’éthique et de l’esthétique « Aesthetics and Ethics in Community Arts Projects » www.alloneword.ca Cooper, Sarah (2006). Selfless Cinema? Ethics and French Documentary. Research Monographs in French Studies, vol. 20. Londres, Modern Humanities Research Association and Maney Publishing. Etchells, Tim (1999). Certain Fragments: Contemporary Performance and Forced Entertainment. Londres, Routledge. Pour que tous puissent s’exprimer (2004). Rapport du Comité de travail spécial de l’éthique de la recherche en sciences humaines au Groupe consultatif interagences en éthique de la recherche. Ottawa, Ontario. Lawrenson, Ilean (1999). « Anthropologizing Musical Performance: The Quest for a Rapprochement of Classical Music Production and Practice », thèse de maîtrise. Université Western Ontario. Marranca, Bonnie (2005). « Performance and Ethics: Questions for the 21st Century », PAJ – A Journal of Performance and Art, 27:1:79, pp. 36-54. McEvoy, (2006). « Finding the Balance: Writing and Performing Ethics in Théâtre du Soleil’s ‘Le Dernier Caravansérail’(2003) », New Theatre Quarterly, 22:3:87, p. 211-226. Mienczakowski, Jim (1999). « Emerging Forms: Comments upon Johnny Saldana’s “Ethical Issues in an Ethnographic Performance Text: The ‘Dramatic Impact’ of ‘Juicy Stuff’” », Research in Drama Education, vol .4, no 1, p. 97-100. Nead, Lynda (1997). The Female Nude: Art, Obscenity and Sexuality. Londres, Routledge. Nicholson, Helen (1999). « Research as Confession », Research in Drama Education, vol. 4, no 1, p. 100-103. Nisker, Jeff et Abdallad S. Daar (2005). « Moral Presentation of Genetics-based Narratives for Public Understanding of Genetic Science and Its Implications », Public Understanding of Science, vol. 14, p. 1-11. Roe, Gordon (1995). « An Ethnography of Artists’ Models », thèse de maîtrise. Université Western Ontario. Saldana, Johnny (1998). « Ethical Issues in an Ethnographic Performance Text: The ‘Dramatic Impact’ of ‘Juicy Stuff’ », Research in Drama Education, vol. 3, no 2, p. 181-196. Énoncé de politique des trois Conseils : Éthique de la recherche avec des êtres humains. Éd. 2005. Watson, Mary Ann (2004). « Introduction: Ethics in Entertainment Television », Journal of Popular Film & Television, vol. 31, no 4, p. 146-148. Wheeler, Thomas H. (2002). Phototruth or Photofiction? Ethics and Media Imagery in the Digital Age. Londres, Lawrence Erlbaum Associates. Young, Sandra (2005). « Beyond ‘Hot Lips’ and ‘Big Nurse’: Creative Writing and Nursing », Composition Studies, vol. 33, no 1, p. 75-91. ANNEXE A : ENQUÊTE SUR LA RECHERCHE-CRÉATION DU CTSH DU GER : DU 21 AVRIL AU 10 JUIN 2006 Format PDF
|
||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
|
|||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||